Hello, je sors un peu de mon silence radio éternisé pour retransmettre une chose lue et à lire, tellement en résonance avec mon feeling actuel et mes bavardages récents sur le sujet, que la voilà toute crue.
(Avant ça, une toute petite précision, je me désole que la Clef soit en jachère, ça devrait sans doute s’arranger dans des délais assez brefs (disons). Et je voudrais surtout pointer que j’ai des dizaines de liens et de choses à faire passer, depuis juin, cendres pour certaines déjà refroidies, d’autres encore brûlantes, et que, promis promis, je vais le faire. Celles & ceux qui me voient via la lucarne FB (et par les interstices souvent squattés dans les espaces de l’amie Hélène) voient grosso modo les sujets que j’y cale par facilité – nucléaire, forêts, animaux, humains, le mix classique – mais voilà donc une petite promesse pour les autres.)
Donc cette nuit, un article papier pour prendre des nouvelles d’Anna, et aussi de Van Gogh.
J’ai commencé par le caler en comm’ de “Mon bel animal”, mais le billet est déjà surchargé et ça mérite bien une petite percée à la surface des eaux bleues de blog. Dont acte.
Et alors, ils sont chouettes au Canard (si je puis dire) parce qu’ils parlent quasi chaque semaine de la condition animale dans leur rubrique malbouffe/agro-alimentaire dégueu nommée “Conflit de canard”, et ce mercredi 31 août on a droit à deux autres articles, l’un, superbe comme souvent, de Jean-Luc Porquet à la rubrique “Plouf !” que je vous cale ici pour la beauté de la chose, et l’autre, rubrique “La boîte aux images”, sur une émission sur les rats & autres bêtes de laboratoire.
Un des rares sujets où le Volatile, certes prompt (et professionnellement indépassable) à débusquer embrouilles politiques et malfaçons industrielles, s’engage clairement sans avoir besoin de le dire, mais juste en présentant les choses telles qu’elles se passent, ce qui n’arrive à peu près jamais dans les autres zines. Excepté les Puces de Luce Lapin dans Charlie, peut-être.
Merci le Canard, et donc, l’article de Mr Porquet que je vous copie a la mano. A lire jusqu’à la fin, le rapport avec le présent billet n’est pas évident au début :
DES NOUVELLES D’ANNA
Jean-Luc Porquet, Le Canard Enchaîné, 31 08 2011“Quand son nom revient dans l’actualité, on a comme un choc. On l’avait oubliée. Et en même temps on la savait là, si proche, toujours vivante. Anna Politkovskaïa. L’officier de police qui est soupçonné d’avoir organisé son assassinat vient d’être arrêté. C’est lui qui avait acheté et remis le pistolet aux tueurs. Lui qui leur avait fourni l’adresse de la journaliste. Il avait été chargé de cette affaire par un commanditaire toujours non identifié. Saura-t-on un jour le nom de ce dernier ? Au pays de Poutine, la justice sera-t-elle enfin rendue dans l’affaire Politkovskaïa ? Sa famille et ses amis l’espèrent, mais sans trop y croire. Elle n’avait de cesse de dénoncer “le régime criminel et criminogène” que celui-ci est en train d’édifier sur les décombres du communisme. Elle décrivait les exactions de l’armée russe en Tchétchénie. Elle allait sur place, racontait ce dont elle était témoin, était d’un courage incroyable. Menaces de mort, empoisonnement, arrestations : elle savait qu’un jour elle serait abattue. Elle continuait. C’est donc le 7 octobre 2006, il y a bientôt cinq ans, qu’elle a été assassinée en bas de chez elle.
On feuillette “Qu’ai-je fait ?” (Molio), le recueil d’article publié après sa mort. On tombe à nouveau sur sa prose claire, ce jet d’eau froide qui réveille. Scènes de guerre en Tchétchénie, atrocités, sadisme ordinaire, horreurs sanglantes, complicité criminelle des autorités… Son jugement sur ses pairs journalistes était sévère : tous ou presque des clowns, qui “forment un cirque forain dont l’objectif est de distraire le public”. Tous des propagandistes, qui se plient à la vision de Poutine et répètent “à quel point les nôtres sont bons et à quel point les ennemis sont répugnants”.
Mais c’est vers le texte qui clôt le recueil qu’on revient chaque fois. Il s’intitule “Van Gogh et nous”. Van Gogh, c’est le nom qu’elle avait donné à un chiot trouvé dans un chemin. Il pissait partout. Il avait des calculs urinaires. “Irréversible”, avait conclu le vétérinaire. Ir-ré-ver-si-ble. Pourtant, elle l’avait gardé. “Entre-temps, on s’aperçut que Van Gogh s’accrochait à nous comme à un radeau”. Tout lui faisait peur : à l’approche d’un inconnu, il se cachait derrière elle, ne se sentait en sécurité que dans la voiture. “Nous finîmes par comprendre : il avait peur qu’on le ramasse. Et, dans le passé, c’étaient des hommes qui l’avaient déjà ramassé. Les hommes étaient devenus ses ennemis. De façon ir-ré-ver-si-ble.” Et Anna d’ajouter : “Le monde est devenu cruel à l’égard des invalides (handicapés, orphelins, malades), l’est aussi à l’égard des animaux. C’est naturel, cela ne peut pas être autrement. Lorsque tu as un chien malade au bout de la laisse, tu comprends parfaitement à quel point l’odeur de la laisse nous a rendus féroces.”
Si elle disait aimer plus les gens que les chiens, elle s’avouait incapable d’abandonner Van Gogh : “Je fais avec lui une course d’obstacles pour l’aider à combattre sa peur, je l’entraîne vers d’autres hommes, je prends leur main pour caresser les oreilles de Van Gogh et je le rassure : tu n’as pas à craindre cette main, mon chien…”
Pour Anna Politkovskaïa, rien n’était jamais perdu.”
ça envoie, n’est-ce pas ? Pure émotion à la lecture de ces lignes, dans la droite lignée de la longue conversation dont je parlais en comm’ avec Shambalah, donc (et dont il faut que je te retouche un mot, Hel girl). Et grosse pensée pour notre chat à nous qu’on a, tout vieux et tout flippé (et tout malade des reins en plus de la tête, aussi), notre Flipette égérique à qui ce billet est dédicacé – bon, il est possible qu’elle s’en foute, mais moi j’ai eu un peu l’impression de lire son observation clinique à elle en lisant ça, et une grosse boule au cœur, voilà.
Enfin, et surtout, j’ai je crois rarement vu un exemple si simple et si limpide du concept ici-bas développé du Toutélié. C’est clair, lumineux, et on voit parfaitement, sans forcer, que le respect de l’animal, de l’autre en général, n’est pas l’homogénéisation ni le déni des différences.
Toujours délicat à expliquer, ça, pour moi, mais si bien montré ici que le recopiage en fut tout naturel :)
Ah j’aurais bien aimé le lire un peu plus tôt, cet article, genre hier dans la journée, pour le citer en référence en disant que cela reflétait tellement ma vision des choses actuelle… La férocité. Précisément. On ne pouvait pas être plus précise que ça. Et la persévérance, indestructible, dans le fait de s’occuper d’une pauvre bête, et de soigner les réputés incurables.
Admirative je suis, et j’ai bien envie de lire ce recueil d’articles de mme Politkovskaïa, même si on peut supposer que ça va contenir son lot d’horreurs.
…C’était la lecture de rentrée ! A un rythme indéterminable, de futurs billets en préparation, je vais essayer de vous ficeler.
Prenez soin de vous et un câlin à vos familiers, people :)

YES….
Les incurables, j’en ai un petit lot dans mon bureau. Moi je suis comme Anna, j’y crois. Et ça marche. Encore la preuve aujourd’hui, un qui était ” au bout de là où il pouvait aller” selon son éducateur référent qui le suit depuis 15 ans. Et pourtant, il l’a fait son pas de plus, celui auquel personne ne croyait. Sauf moi. Et lui donc.
Keeping faith.
+ 1 !!! Tu as bien fait d’y croire, tu vois, et ça a même peut-être fait basculer les choses.
Je te réponds, sinon, en privé, dès que possible :)
Merci du fond du coeur pour cet article, qui résonne tellement fort au matin d’une nuit froide.
La férocité : Je supporte de moins en moins la vision et l’usage des laisses. Ne supporte plus de voir les chiens traînés comme des paquets, comme un simple poids au milieu des sacs de shopping. Des objets, et pour ceux qui présentent des cassures, des fêlures, des différences ravalées à la catégorie d’ “anomalies” ou de défauts… quid du respect, de la guérison, dans un monde où l’industrie de consommation nous entraîne à jeter plutôt que réparer ?
“tu n’as pas à craindre cette main, mon chien” – toute une vie de patience pour défaire les leçons de la férocité. Emotion, pour avoir vécu cela, le contact humain retrouvé dans le contact de la main, jour après jour avec une chatte, ma dear old rouquine, éternellement prise dans sa dialectique de la méfiance et de l’affection…
C’est flagrant, dès qu’on lit les appels des refuges : tout animal différent, malade, blessé, ou ‘juste’ affecté de cet ir-ré-ver-si-ble défaut, la vieillesse, a peu de chances d’échapper à l’euthanasie, dans cet odieux système. (Ai même lu je ne sais plus où que le simple fait d’être noir de robe peut s’avérer un handicap, vu la persistance de certaine superstition) Mais de quel droit, bon sang ?
La persévérance, oui. Ne pas renoncer aux êtres.
Et ren-ver-ser la férocité.
(Pensée en lien vers un endroit où l’on travaille beaucoup à cela, le basculement du regard vers plus de respect de l’animal, et une conscience accrue de leur condition d’êtres vivants et, parfois, comme nous tous, de leur situation de patients ayant droit inaliénable aux soins : Boules de Fourrure, le blog d’un véto de campagne qui fait pas mal réfléchir (et pleurer, aussi).
Cet article-là, en particulier, “Banale, banale souffrance”, qui fait très écho à ce qui est dit plus haut sur la cruauté du monde, et finalement, la banalité du mal, banalisation du tort fait aux animaux ==> http://www.boulesdefourrure.fr/index.php?post/2011/06/24/Banale%2C-banale-souffrance )
Merci encore pour ces mots. Pour la persévérance des forces guérisseuses.
(et pour l’envie susciter d’aller écouter plus avant les paroles toujours résonnantes de cette grande dame !)
Une pensée et une caresse pour ta belle petite fey, miss !
Oui, je me doutais que cette phrase te parlerait :)
Pour les noires robes, c’est peut-être moi qui ai parlé des chats noirs qui forment le gros des troupes de la SPA, bicuz non choisis par les ceux qui viennent chercher un chat. Je me souviens d’ailleurs que j’étais là-bas partie avec la ferme intention de revenir avec un matou bien noir de sorcière, et ce n’est que l’affection adorable de la future Bidouille (une mignonne tigrée toute ronde) qu’on était repartis avec elle, tellement il était hors de question qu’elle nous lâche ^_^
N’ai toujours pas lâché l’envie du chat noir, cela dit.
Bon. J’ai une pas très bonne nouvelle, en parlant de ça et en séchant mes larmes suite à la lecture de Boules de fourrure (putain). L’été, Wilson fait souvent son grand absent, il se casse plusieurs jours au moins. Mais là ça fait depuis le début de l’été. Et on sait qu’il y a des sales bagarres entre matous et aussi – surtout – le gros chien d’un voisin un peu plus loin qui, viens-je d’apprendre hier soir, attrape tous les félins qui lui passent sous le nez. Donc pas de nouvelles, j’attends encore son improbable retour, ma grande moitié n’y croit plus, et même si on sait que c’est la vie et, pour une fois disons, une vie normale de chat mâle, ben on a la tristesse dessus…
Je crois qu’il manque même à Flipette, qui s’est bien retapée par ailleurs, comme tu as pu voir. Mercredi soir, en répondant au big questionnaire sur l’engagement pour les animaux, j’étais assise sur les marches devant le poêle et je voyais passer une toute petite souris, discrètement et à fond de train. Et là ce matin elle vient de la choper tout aussi discrètement, j’ai fait sortir le tout, sans commentaire – que puis-je dire, à la fois ça me désole mais je suis bien contente que la chatte soit assez vive pour les choper encore et que j’aie moins de souris ou de mulots qui bouffent l’intérieur des murs… Scène de vie du vendredi.
Pour en revenir à l’article, oui la dame est très impressionnante, et j’ai bien apprécié de l’auteur précise que son amour des bêtes n’était pas motivé par une quelconque misanthropie (cf. notre café philo facebookien, qu’on pourrait recaler ailleurs, je me disais, éventuellement, ça s’y prête si peu ce FB, fin bref). Ce qui m’a impressionnée c’est que mr Porquet, qui en voit passer son lot – je crois que c’est lui qui est rédac’ chef du Sarkophage – et qui pousse sa gueulante bien troussée chaque semaine, souvent sur le nucléaire ces temps-ci, toujours sur des sujets qui le touchent humainement, a été lui-même impressionné par ladite dame. Et tu vois, comme il le dit, moi aussi ce nom vaguement croisé avant m’a juste fait un petit tilt, sans plus, noyé dans l’océan d’infos continues dont mon cerveau ne retient que des bribes, des écumes… Là c’est moins oubliable, de suite. Efficace article.
C’est vrai, cette histoire de laisse, c’est lourd. Depuis la lecture d’Instructions pour sauver le monde, un roman traduit de l’espagnol (je t’en avais dit un mot je crois) de Rosa Montero, qui m’a salement retournée pour cause de scènes en Sierra Leone beaucoup, beaucoup trop violentes, j’ai toujours en tête l’image d’une petite (humaine, d’où l’identification ensuite par prolongement, si je puis dire) au cou attaché à la cheville d’un soldat par un boyau de vache. Je t’épargne le reste de l’histoire, c’est ignoble. Mais bon, depuis ce passage, les laisses, je les vois différemment, ouaip…
(Et je percute ce matin même que le titre de ce journal que je lis quand même depuis des éons est… Le Canard Enchaîné ! Je ne sais pas l’origine de ce nom. Je sais juste que l’hebdo a été fondé pendant la guerre de 14, pour contrer la propagande officielle et parler un peu des morts et du fiasco total de cette immense boucherie, déjà. Faudrait que je wikite)
Caresse transmise à la fey chasseuse ! ;)
Belle journée, dear, à très vite :)
Aw, et justement je croisais (et ne décroise pas) les griffes pour le retour au bercail du vadrouilleur… big big hug, sans chercher à étouffer la légitime tristesse…
(Une vie de chat, oui, vraiment, c’est ce que j’essaye de faire doucement comprendre à ma mère, qui, après plusieurs décès félins par accident on the road ou empoisonnement mystérieux, a de plus en plus de mal à voir nos quatre présentes boules de poil s’éloigner de la sécurité du jardin :-S)
About black cats : ah yes, c’était l’histoire de l’arrivée de Bidouille ! Plus une discussion sur Vegans de Paris récemment sur l’importance d’aller adopter en refuge plutôt que d’encourager le système des animaleries (gah), où la mention du sort des chats noirs m’avait fait un effet non identifié d’écho dont revoilà donc la source :-)
Et yup, tu m’avais parlé d’Instructions pour sauver le monde, avec aperçus bien traumatisants ! J’imagine bien, pour l’effet d’identification… Perso, je me mets toujours à la place du chien que je vois traîné en laisse, qui donc n’est même pas libre de ses mouvements, et restreint en quelque sorte dans sa perception de son environnement (noter le nombre de coups de laisse pour empêcher le chien d’aller renifler quelque chose ou quelqu’un, alors que l’odorat est tellement important. Coups de laisse agacés en plus, genre c’est la faute de l’animal dit ‘indocile’)
(Bon je sais bien que tout n’est pas si simple, que quand par exemple on a un chiot tout foufou et une route dangereuse à côté, on l’attache par souci de sa vie, comme on prendrait un gamin par la main au même endroit. N’empêche que ouaip, ça fait du bien de lire les paroles d’Anna Politkovskaïa, comme un nécessaire rappel de ne pas s’habituer à “l’odeur de la laisse”.)
About le duck in chains : alors là, j’ai un vieux relent de cours d’histoire de prépa qui me remonte au cerveau (houlà :D), et si je me souviens bien c’était bien lié à une histoire de censure pendant la guerre, un journal de je ne sais plus quelle mouvance et qui s’appelait précédemment L’Homme Libre était devenu L’Homme Enchaîné pour protester contre cette restriction de liberté, et le Canard qui se créait à ce moment-là a répercuté le binz. (Un truc du genre, mes souvenirs n’étant pas spécialement frais non plus ^^)
About empathie / misanthropie / café-philosophie : yup. Et pourtant, ça m’attriste qu’un tel rappel soit nécessaire, tu vois. C’est une accusation que je vois souvent ressurgir, la haine de l’humanité, quand j’essaye d’expliquer que je pars d’une position de respect de la vie en tout être (la semaine dernière encore, un gars est parti en live dans un délire auto-induit à la seule mention de veganisme, hurlant que ce ne sont que des monstres qui, dans le cas de figure où un chat et une femme seraient là à se noyer sous leur nez, iraient juste sauver le chat. Beuh. J’adoooore me faire traiter de monstre comme ça au (pré-)jugé.) Bon, pour rendre à la vérité ce qui lui revient, ce n’est pas complétement infondé, y a des cas sacrément misanthropes, et d’ailleurs ton point de vue sur fb pointait amha bien le processus.
N’empêche que ça fait chier, cette assimilation de misanthropie. Et là, je me demande avec mes quelques neurones d’astreinte nocturne s’il existerait un terme pour contrer ça, et exprimer l’équivalent de la philanthropie, étendue à l’ensemble du vivant. Un terme qui porte toute la charge hautement positive de ce concept de philanthropie, le mouvement de compassion, d’empathie & d’éthique, d’humanisme – humanisme, philanthropie, punaise ce que notre vocabulaire moral peut être anthropocentré ! –, mais à visée plus vaste. Qui rassemble dans une définition ce qu’exprime Paul Watson (qui dit d’ailleurs s’en être pris plein la poire niveau accusation de misanthropie, entre autres doux qualificatifs du même genre) dans la revue “Adieu Bel Animal” dont on avait parlé, via un article de sa plume qui m’avait fait un effet pas possible (c’était la première fois que j’entendais causer le monsieur) : “De ce jour, je n’étais plus avec l’humanité pour des raisons que moi seul peux comprendre, remplaçant mon amour pour l’humanité par un amour plus grand pour la vie, toute la vie, du microscopique aux grandes baleines. Et, oui, ceci inclut l’être humain, mais pas les philosophies et les cultures arrogantes de l’humanité”
Histoire qu’on arrête de se définir par la négation (‘je suis vegan, non je ne suis pas misanthrope’) – tu me diras, il y a, justement, ‘vegan’, mais 1/ ça limite sacrément la diversité des approches, des parcours, des coeurs amoureux du vivant (cf Anna Politkovskaia, ou un Fabrice Nicolino, et tout plein de gens quoi) ; et 2/ pour le coup c’est le mouvement vers l’humain qui ne me paraît pas assez évident. Enfin, pour nous bien sûr ça l’est, évident, en toutélié mode ^_^ mais si je regarde une déf’ dans le dico, un vegan c’est au sens strict ‘a person who does not use or eat any animal product’ – libre à chacun ensuite de considérer ou non que l’humain est englobé dans son refus de toute forme d’exploitation animale. Exemple concret du jour, tiens, la campagne Air Souffrance : je fais, et ai entendu faire, le lien entre les transports d’animaux de labo, et le transport par cette même compagnie de sans-papiers expulsés ; mais d’autres limitent le combat, et leur intérêt, à la seule cause animale, et promettent de ‘faire de la pub à Air France’ si la compagnie s’engage à ne plus convoyer d’animaux pour les laboratoires – c’est un deal qui ne pourra pas être le mien dans la France de Sarko, ça c’est clair.
Bon je dérive et vais bien finir par me prendre les pattes dans tous ces fils dévidés. Euh, donc, la qestion du nom. Je n’en vois pas d’existant correspondant à ce que je cherche là, mais si ça se trouve, c’est sous mon nez et je me prends le chou pour pas grand-chose ! Quelque chose comme philozoonie, quoi (c’est pas beau mais ça aide à caler ce que je veux exprimer, en s’appuyant sur le calque avec la philanthropie / misanthropie, et l’étymologie grecque zôon = être vivant ^^)
Bon je crois que je vais aller titiller Morphée avant de dire trop de bêtises, la philo sera sans doute plus claire accompagnée de café frais :P
Et pour revenir au sujet du blog, tout de même, oui, un salut à la sensibilité, l’intelligence de coeur du journaliste, et décidément une grosse envie d’aller choper le recueil d’articles qu’il évoque !
Zou je file, sweet dreams to you ! :)
Hey ici aussi :)
(alors donc, là j’espère vaillamment que ma réponse ne va pas sauter, ou disparaître dans d’hypothétiques limbes, comme celle que je te fis à l’instant sur Psychopompe, parce que bavarde je fus et sauvegardeuse je ne fus point ! cela dit, ça revient vite et j’ai toujours la langue bien pendue :PP)
+1 pour la laisse. Et je n’avais même pas capté le handicap supplémentaire de freiner toujours les mouvements guidés par l’odorat, dis donc, tu as raison, les chiens fonctionnent bien plus avec ça qu’avec leur vue qui est pas terrible. Brrr…
(Et pour avoir connu au moins un ou deux chiens parfaitement éduqués et pas traumatisés, j’ai pu constater sans aucun doute que la laisse est complètement inutile si l’éducation du canin est bien faite. Au doigt et à l’oeil, et surtout à la voix, de fait, qu’il obéissait, le beau chien sans collier ni laisse nommé Caramel. ça remonte, mais c’était bien à voir :) )
Thx pour l’historique du duck enchaîné, hey vous avez été deux à me donner la réponse, j’ai une de ces chances sur cette Clef ^_^
(et l’histoire me plaît davantage que l’image un peu premier degré que j’en avais en pensant à la formule)
+1 aussi pour ne plus se définir par la négation, même si ma phrase est en l’occurence une négation. Je pense souvent à ça quand on me renvoie (euh, un peu pour rien vu que j’ai souvent droit à l’expression d’opinions que je n’ai point sollicitées…) sur mon mode alimentaire “vous n’avez pas le droit de ça, de ça et de ça / c’est votre régime / ah nan ça pour vous c’est interdit hein !” Euh, pardon ? Et on peut savoir qui exactement m’interdirait de choisir ce que j’ingurgite ou non, dans l’affaire ? bref, tu connais et la situation et l’argumentaire, je ne le vois certainement pas comme un interdit mais comme une libération, une *autorisation* à prendre ma voie, celle que j’estime juste, et propre, et cohérente, et non-violente, etc. Et donc, une vision positive, oui, oh que oui. Sacrément positive :)))
Pour le véganisme, c’est clair, on avancerait dans la joie, déjà, si on pouvait le définir positivement comme un mouvement de respect total des animaux, un mouvement de libération animale. Mais il est vrai aussi que dans le fait de leur foutre la paix intégralement, aux bêtes, il y a l’idée de non-intervention, de non-violence, d’ahimsa, et donc grammaticalement ou syntaxiquement (je ne sais, chère ^_^) c’est bien une négation. Mais il est de beaux refus ;)
Je te rejoins aussi sur le ‘pas complètement faux’, il semble bien qu’il y en ait quelques uns, des misanthropes qui se réfugient dans la cause animale pour mieux casser de l’humain, ou bien pointer les maltraitances sur animaux comme une espèce de manière, cathartique espérons-le, de pointer les leurs, de maltraitances, celles qu’ils ont subies.
Toujours compliqué, le milieu militant. Et, ah que oui, toujours bien-bien relou de se manger des accusations idiotes de misanthropie mal placées !!
Je crois que je l’ai, ton terme mystérieux. ;)
(c’est mignon philozoonie cela dit, mais si je suis bien ton idée jusqu’au bout, ça n’est pas suffisant non plus, il faudrait y ajouter plus clairement le végétal, et voire aussi le minéral, et même l’invisible, le magnétique, le cosmique, le stellaire… tout le microcosme et le macrocosme, hein, en gros). Donc bon, je te dis un de mes MCPDLV, mots-clefs-piliers-de-la-vie, que j’ai sorti l’autre jour au monsieur-de-l’itw en même temps que la cohérence, la non-violence et l’alterspécisme (ce dernier pondu par moi-même dans un grand élan inspiratoire :D), sans plus de suspense, le terme auquel je pense, auquel je * prie *, très fortement et très souvent, autour duquel je tourne comme un papillon autour d’un mât lumineux, c’est… Agapè.
L’agapè grecque, l’amour universel, total (et non l’interprétation de ‘grâce chrétienne’ qu’en ont fait des psys lacaniens que j’avais écoutés en conf’, qui me semblait déjà une réduction du concept initial). Un truc sans limites, ni d’intensité ni de nature.
A mon sens, peut-être un peu mystique et non documenté linguistiquement, Agapè c’est l’amour total, indistinct, ou plutôt réunificateur des distinctions, une espèce de retour à l’indifférencié, très proche du Tao en cela, dans ma petite conception personnelle qui n’hésite pas à marier en boucle Occident classique et Orient antique.
Agapè, la plus haute forme de l’amour, la plus vaste, la plus entière, après les étapes plus personnalisées d’Eros et de Filia… Le retour à l’indifférencié, donc, mais pas forcément le retour à l’absence de sens – là doit certainement résider la distinction de fond entre pensée grecque et pensée taoïste, enfin peut-être. L’acceptation de la totalité.
Au niveau sensoriel, je relie beaucoup ça à un concept freudien, le sentiment océanique. Ou cette sensation, éphémère et hautement mystique, d’effacement de la frontière entre soi et non-soi, cette dilution bienheureuse dans la sensation du monde, ce truc de fou.
(Evidemment, on parle là de quelque chose de transitoire et partant d’une personnalité tout à fait bien constituée, càd ayant à la base un sentiment soi/non-soi bien calé, hein. Parce qu’une absence absolue et originelle du sentiment de soi – ou du sentiment de continuité d’exister de Winnicott, c’est kif kif -, c’est carrément l’enfer et ça s’appelle l’autisme. Dans les suites de ça, juste un peu plus tard, un sentiment de soi brisé, fragmenté, parcellaire et tout mal foutu, c’est plutôt la psychose, et c’est l’enfer aussi. Fin du passage psy-chiant, c’était juste pour préciser ma position exacte par rapport à cette idée de sentiment océanique vs les formes pathologiques de dépersonnalisation ou d’a-personnalisation, disons.)
Bon. Je n’ai pas le terme ultime, encore heureux. Peut-être que personne ne l’a. Mais celui-ci, Agapè, je peux te dire que c’est mon terme à moi, mon pilier, mon asymptote. Vala :)
Bises alterspécistes ! :)
PS. Un salut intégral à la citation watsonienne, nickel et pas mieux :)))
Yo, you :)
“il est de beaux refus”, que oui ! Des non qui sonnent comme des oui, comme dit la chanson. Mais je crois qu’au coeur, la définition, le nom qu’on va chercher dans le feu, il y a une force d’affirmation, une énergie active, pas seulement réactive (même si il y a une part de ça, yup), pas seulement en miroir de ce que l’on refuse (parce qu’un miroir, ça a des cadres).
Comment dire ? Il y a des moments où j’ai la sensation que l’on multiplie comme des réflexes d’assiégés, comme si on était une enclave s’efforçant de résistant à la toute-puissance de l’empire social. Et qu’on dépense une énergie folle à parer les accusations, les préjugés, les visions restreintes et restrictives. Alors que voilà, le mouvement qui me porte, ce n’est pas le bras levé en bouclier défensif, mais le pas sur la route, la foulée vers l’horizon. Ce dans quoi je me sens lancée, ce n’est pas la construction de murs pour bloquer le système, mais le choix d’autres routes, et l’espoir qu’elles nous sauront nous mener loin, hors du dit système. Là où il n’est pas besoin de se positionner en négatif de normes qui ne nous vont pas, parce qu’on est dans la création d’autre chose.
Ne pas être une vitrine (comme disait ce chouette salutaire article linké par IV), sous & pour le regard statique de voyeurs bien assis sur leur popotin et leurs préjugés.
Ne pas être une vitrine. ‘Juste’ être. Mais être pleinement, être vraiment, véritablement, être soi, d’une telle force, d’une telle évidence, que la trame du réel en vienne à se restructurer pour nous accueillir. Be the change, pas pour la vitrine ou la propagange, mais pour la force d’affirmation, et la contagion – be the chrome. Et puis, fondamentalement, pour rien ; pour tout ; pour tous. Pour soi. Be. La beauté de ça.
Et donc, se nommer. Sans se définir par rapport au système renié, parce que c’est encore lui donner ancrage et réalité.
(houlà je suis bien partie en live, hein ? Ca ne fait pas trop avancer le schmilblick, on va dire que ça fait du bien, de temps en temps, un bon coup d’énergie, une décharge de foudre en mode ‘blast the system’ ^-^)
Thanx pour le gros mot (le grand mot). :)))
Oui, tu as raison, philozoonie ça ne voit (et embrasse) sans doute pas assez vaste (quoique, tout dépend de ce que l’on met dans la conception du vivant, disons qu’en se calant sur l’esprit grec en tout cas cela pose des limites) (et pis c’est pas bô, enfin j’aime pas trop, bref c’était juste une esquisse, et vu que je dessine comme mes pieds… :D)
Agapè, donc. Je l’avais peu croisé, et rarement entendu sans vibrations chrétiennes (… tellement dur, parfois, d’échapper aux répercussions des relectures chrétiennes sur les notions fondamentales des philosophes grecs…)
C’est beau, dans cette compréhension. :-)
Assez vaste pour tout embrasser.
Et tu sais à quoi ta perception me fait penser, d’un coup ? (bon ok, ça tient un peu de l’obsession ^_^) A Frontier. A une fraternité qui dépasse de si loin les relations normées des regs qu’ils en flippent ; à Shade, à la cité à l’essence infusée de son ‘amour trop vaste pour être jamais dit’ ; à “la perspective immense, entière, d’une cité qui ne cesse jamais d’étreindre ses enfants, les vivants et les morts”.
L’acceptation de la totalité, oui. Ca fait sens – et quant au sensoriel… well, je ne savais pas que cela s’appelait ainsi, le sentiment océanique. Le nom embrasse merveilleusement bien l’incroyable sensation, dis ! :) (Et c’est d’autant plus parlant pour moi qui suis dans un rapport au monde très élémental – et que dans la conscience d’une connexion avec le vivant, il y a cette conscience de partager un rapport sensoriel au monde, et, à travers ce rapport, une joie de vivre. Impossible de voir un morceau de viande dans l’oiseau dont le vol m’apprend la sensation de l’air sur les ailes, le mouvement vertigineux du ciel à la terre ; impossible de voir un ‘pet’, une possession, dans le félin dont la félicité me réapprend à savourer l’instant suspendu, le bonheur pur de zoner au soleil sur un coin de roche chaude.)
Et le soleil appelle, justement. Un salut, et une belle journée à toi ! :))
“Let your children name themselves, and claim
themselves as the new day, for today we are
determined to be the channelers of these
changing frequencies into songs, paintings,
writings, dance, drama, photography, carpentry,
crafts, love, and love.
We enlist every instrument: acoustic, electronic,
every so-called race, gender, and sexual preference,
every per-son as beings of sound to acknowledge
their responsibility to uplift the consciousness
of the entire fucking WORLD!”
(Saul Wiliams, Coded Language)
(Bon tout de même, je me colle à mon courrier qui attend, mais qui attend dans la beauté à ce que je lis :) )
Sur le sentiment que tu décris, d’avancer, d’être le changement et pas juste une simple opposition d’assiégés ou de réfugiés (c’est vrai qu’on vit dans ça, et c’est vrai qu’on a parfois du mal à se sortir de ce mode de pensée, tant le réel de l’assiégement matériel et mental nous encercle de partout…), complètement en phase avec toi. :)
Tu sais, ça me fait beaucoup penser à plusieurs itw entendues, avec des écrivains et penseurs africains notamment, qui se plaignaient un peu de la persistance du discours de colonisés ou d’anciens colonisés, de leurs contemporains, et qui souhaitaient vraiment, maintenant que l’indépendance était là et bien là depuis les années 60, un peu politiquement (quoique avec la Françafrique et autres embrouilles, c’est à se demander) et si peu économiquement, la colonisation économique Nord-Sud continuant de plus belle, bref qui souhaitaient réellement que ça aille plus loin, que la pensée même se dégage du carcan de la colonisation et puisse poursuivre sa propre voie, de façon autonome et adulte – ceux-là, dont je ne retrouve pas le nom ce qui m’embête bien parce que c’était passionnant, voyaient en effet, quelque part dans le discours des peuples ex-colonisés, la persistance d’une position infantilisée (d’ailleurs c’était précisément le moyen et le but de la colonisation, d’infantiliser tout le monde en leur expliquant que les ‘bons pères’ allaient leur apprendre la vie et les civiliser un coup, à ces sauvages qui connaissaient même pas Mozart et le ‘progrès’ industriel mangetout), d’une plainte éternelle contre le méchant, l’autre, un truc assez projectif en fait, même si historiquement parfaitement justifié, et donc, ils espéraient plutôt un passage vers un mode de pensée et d’action plus adulte, plus autonome donc, où chacun pourrait prendre sa part propre de responsabilité. Moi ça me plaisait énormément comme position, comme chemin, et sans pouvoir, à ma grande honte, caler de noms des personnes, hommes ou femmes, que j’ai entendues s’exprimer sur ça, je pense que c’est dans la droite lignée de la pensée d’Aimé Césaire, nom inoubliable pour le coup, et que nous ferions bien d’écouter davantage.
Et donc, pour dire que ton feeling rejoint à mon sens beaucoup celui-ci :))
Pars en live, pars en live, surtout n’hésite pas, on n’est là que pour ça, living, vivre, et on a peu de temps, donc vas-y fonce, ça fait un bien terrible et en plus ça fait plaisir à entendre, ça réchauffe bien :)
Ah bah oui, Frontier, bien sûr. Les vivants et les morts. Comment ne pas y penser :)))
(Note from deux obsédées des LS books aux foultitudes de lecteurs de Clef, hormis les consoeurs déjà salement accros telles Magali ou Anne ^_^, qui doivent se demander à force, ce que c’est que cette cité de Frontier dont nous parlons tout le temps : les clefs, pour le coup, se trouvent dans le recueil ‘Musiques de la frontière’ de madame Silhol Léa, que je vous invite à lire sans me décourager, (et qui est sans doute plus accessible que d’autres de ses bouquins, celui-ci étant très très ancré dans notre monde actuel, pour ainsi dire) tellement les thèmes lancés à toute blinde là-dedans sont proches et en résonnance avec tout ce dont nous causons, la miss Hell, et moi-même, à longueur de billets et de flammes qui se cherchent une route. ;) )
Sur le sentiment océanique, les psys officielles ici passantes pourront t’en dire davantage que moi, qui n’ai qu’une connaissance superficielle de la chose, et sans doute assez poétique (comme beaucoup de choses en ce qui concerne les thèmes psy, d’ailleurs, que je ne creuse plus en profondeur à cause d’intérêts autres qui me tirent bien plus fortement vers eux, mais thèmes dont j’ai probablement une vision plus esthétique que scientifique, au fond. Enfin bref). Un concept qui m’a intensément plu dès que croisé, en tout cas, ouaip. :)
Et, thanx for Saul & for our souls, toujours désaltérante, cette source-là :)))
(je continue maintenant ou plus tard sur d’autres sentiers communs !)
Merci pour ce très bel article. A force à force, je me dis que le souci pour les animaux va finir par être considéré à sa juste valeur et cesser de passer pour de la sensiblerie mal placée.
Pour la canard, j’ai trouvé ça sur wiki :
“Son nom est une référence au journal L’Homme libre, édité par Georges Clemenceau6, qui critiquait ouvertement le gouvernement de l’époque. Ce « canard » dut alors subir la censure, et son nom fut changé en L’Homme enchaîné. Par parodie, Maurice et Jeanne Maréchal décidèrent donc d’appeler leur journal Le Canard enchaîné.”
et surtout ça :
“Sa devise inventée par H.-P. Gassier en 1915 est : « Tu auras mes plumes, tu n’auras pas ma peau ». !!!
L’article dans son ensemble vaut le coup d’œil, on apprend plein de choses passionnantes ( http://fr.wikipedia.org/wiki/Canard_encha%C3%AEn%C3%A9 ).
Et merci aussi pour les boules de fourrure… L’adulte que je suis est très en colère à sa lecture, la petite fille en moi qui rêvait de devenir vétérinaire est en larmes.
“Le monde est devenu cruel à l’égard des invalides (handicapés, orphelins, malades), l’est aussi à l’égard des animaux.” J’ai envie d’ajouter, et aussi des enfants.
Je découvre toute une littérature sur l’abolition de l’enfance (abolir l’idée que les enfants sont inférieurs aux adultes, idée qui justifie la violence éducative). Je cogite sur toutes ces bribes de violence verbale, de cris, de mépris, entendues ça et là, dans la rue, au restau, partout, de la part d’adultes (souvent les parents) sur des enfants… La tâche, là aussi, est immense… La férocité à l’égard des enfants est partout. Cette prise de conscience assez récente est aussi violente pour moi que l’éblouissement provoqué par la prise de conscience il y a presque 2 ans maintenant de la violence généralisée à l’égard des animaux.
Et pour rajouter de l’eau au moulin du Toutélié, ça me rappelle Alice Miller et le très bel article de Nancy Huston paru dans le Monde lors de son décès (qui n’est plus disponible gratuitement sur le site du Monde mais là oui ) :
http://www.everyoneweb.fr/WA/DataFilespsydecode/Bourreaux.htm
Et je rejoins à 2000% l’idée que ça ne signifie pas abraser les différences (et en l’occurrence parler à un enfant comme à un adulte), mais bien respecter ces différences, les prendre pour ce qu’elles sont, et ne pas s’en servir pour justifier un rapport de force et donc la violence, quelle qu’elle soit.
Ne pas faire des différences des inégalités en somme…
Y a plus qu’à trouver, grâce au même Toutélié, comment renverser la tendance…
Je reste convaincue que ça commence par soi : accepter de voir, d’entendre, de sentir, sa propre souffrance, peut peut-être nous amener à accepter celle de l’autre, quel que soit cet autre, son genre, sa couleur de peau, sa culture, sa religion, sa sexualité, son espèce, son âge, …
Intuitivement, j’ai l’impression que l’acceptation de notre souffrance a à voir avec l’infantile en nous, ce qui expliquerait pourquoi l’analyse peut être un outil -utile mais pas exclusif- dans cette révolution…
Et c’est pourquoi aussi je ne peux me résoudre à cautionner les actions violentes dans le militantisme… Une question à ce sujet dans l’entretien pour la thèse m’a rudement fait cogiter sur cet aspect de la libération animale : indécise, partagée, j’ai répondu que si je reconnaissais que ces actions avaient une portée et des résultats, ça me désolait quand même qu’il faille utiliser des moyens violents pour défendre une cause basée sur le refus de la violence (comme ça me désole de voir que PETA arrive à ses fins, c’est-à-dire à interpeller les gens, avec des campagnes d’affichage ultra sexistes). Partagée toujours je suis sur cette question, le débat en moi ne faisant que commencer !
Pour finir cette tartine (désolée, je suis trop longue !), un lien vers la pensée de Rifkin, qui parle pour l’avenir d’une civilisation de l’empathie…
http://colblog.blog.lemonde.fr/2011/04/20/jeremy-rifkin-une-nouvelle-conscience-pour-un-monde-en-crise-civilisation-de-lempathie/
(et clin d’œil aux jardins et aux racines)
Immense merci sister pour ce lieu si précieux d’échanges.
Et grosse pensée pour Wilson, où qu’il soit…
J’ai aussi du mal avec le sexisme de PETA (je crois qu’on en causait y a pas longtemps, Fa’, mais encore une fois je ne sais plus où ^^’), et ça ne s’arrange pas avec ce que je vois ou entends (le concours de la végétarienne la plus sexy, ou la réservation d’un nom de domaine porno histoire de gagner de la visibilité…) Je ne vois pas en quoi traiter un groupe de personnes comme des objets (ou des moyens d’une cause) pourrait faire avancer la prise de conscience empathe (tout est lié).
Idem pour la non-violence (mais j’ai l’impression – peut-être faussée – que le mouvement est assez sensible à cela dans l’ensemble, et que les cas de violence se limitent au matériel.)
+1 aussi, au passage, sur la force de la prise de conscience des violences à l’égard de l’enfant. Ca m’avait frappée comme la foudre lorsque deux connaissances bossant dans l’édition, et mamans à la recherche d’autres voies éducatives, ont fait passer un lien vers l’Observatoire de la Violence Educative Ordinaire (http://www.oveo.org/index.php) – gros basculement du regard sur la place social et la condition de l’enfant, et qui rend bien des situations ‘ordinaires’ assez insupportables (comme pour le rapport aux animaux, oui…)
Merci, enfin, pour le lien vers l’article autour de Rifkin ! J’ai son book en cours de (lente) lecture, très intéressant (… et instructif pour moi qui n’ai pas tant coutume de voir le monde à travers le regard d’un penseur fondamentalement économiste :D, ça démange un peu sur certains points du coup, l’aspect anthropo-centré, etc. Mais ça vaut le coup d’oeil, clair !)
Hop, je file après ce petit passage. Une belle semaine à toutes ! :)
Hey sister :)
bah je ne peux que souscrire complètement aussi, à la fois pour la violence du spectacle de la violence, justement, infligé aux enfants quotidiennement. Je crois qu’on est devenus si sensibles à ça, à la fois par le travail et par les cogitations en mode veggie, qu’on ne supporte plus du tout ce qu’on se contentait de vaguement mépriser avant. Un exemple concret et récent, ça nous a même un peu pourri les bretonnantes vacances, avec ma masculine moitié, de tomber sur des dizaines de familles de touristes qui emmerdent, pas d’autre mot, les gosses du matin au soir, et qui les traînent à des activités ou des machins dont ces derniers se foutent. Vraiment pas beau à voir. Des claques distribuées sur les plages de galets, des mômes en larmes qui se prennent une avoinée devant tout le monde, et toujours pressé, pressé, faut se dépêcher d’aller à tel truc et d’en profiter passque c’est les vacances et que déjà ça coûte cher, alors merde. Beuuh…
Alors, sur les gosses et leur position sociale, je voulais rajouter, c’est vrai que c’est très dur à voir, et d’autant plus dans les métiers qu’on fait où on croise vraiment les trucs les plus horribles, mais il nous faut garder à l’esprit que, même là, on revient de hyper loin et qu’il y a de sacrées améliorations. Cf une interview de Dolto, pourtant pas si datée, où elle disait tout simplement que si on diagnostiquait tant de problèmes chez les enfants maintenant, c’était du fait que désormais tous les enfants survivent…
ça calme, hein. Et je me souviens qu’au début du XXe siècle, la mortalité dans les services de pédiatrie était de 25% … (avant les antibios certes, mais quand même). Et que la pédopsychiatrie en tant que telle n’a même pas cinquante ans… l’accession des enfants au statut de sujet, un peu après les femmes, les gens de couleur(S), les malades mentaux, est au final très très récente. Et pas bien-bien comprise par tous apparemment ! Bon, on y croit, ça va continuer à s’améliorer, j’en suis certaine.
Et complètement OK, bien sûr, avec le fait de commencer par soi, y compris son propre mode de vie ou (ô combien) son propre rapport à son enfance. Y a de bons canapés qui font ça très bien :P (mais pas que, heureusement il existe plein de moyens de se réconcilier avec soi-même, pour le plus grand bien de tous ^_^), analyse utile mais pas exclusive, donc, ouaip on est bien sur la même longueur d’ondes – ce qui est pratique en soirée parce que quand l’une fait une pause l’autre peut prendre le relais sans problème sur le même discours, écho maternel “mais ta soeur m’a dit exactement la même chose y a trois jours !!!” bah ouais :D
+ 1 enfin, pour la condamnation sans faute, et sans aucune exception, de l’utilisation de la violence pour soi-disant militer. Bon alors déjà, dans des mouvements qui se veulent non-violents, ça fait tache. Il y a même un côté bien absurde quand, racontant de sombres histoires de chasseurs qui laissent tomber les peaux de renard devant la porte, on me répond, par empathie certes mais aussi sans doute pour faire passer quelque part un quotient d’agressivité qui ne sait plus où aller, “bah faudrait leur faire la même chose à ces connards de chasseurs”. L’intention, je la comprends un peu, mais le raisonnement ne fonctionne pas.
Et puis, que ce soit pour les animaux, les peuples, tout ce qu’on veut, on ne peut pas dénoncer ce qu’on dénonce en appliquant ce qu’on dénonce – c’est pour ça, notamment, qu’aucun d’entre nous, du groupe de la mission civile en Palestine, et pas seulement parce qu’on avait signé une charte, n’a balancé une seule pierre lors des manifs à Bi’lin ou ailleurs. On ne peut pas dénoncer la violence par la violence, juste ça marche pas.
Et alors, ouaip on avait un peu parlé de PETA, utiliser un truc sexiste pour dénoncer un truc spéciste, c’est violent mais en plus complètement con !! Cf. la (célèbre) Lettre à René, dans icelle Clef, où au final c’était la même question que je posais, même que j’avions jamais eu ma réponse.
Après, pour la libération animale, tiens j’en parlais au garsdelathèse, tout dépend de ce qu’on appelle ‘moyen violent’ pour faire une action concrète. A mon sens c’est extrêmement clair, je distingue entièrement la notion de morale (disons ici de non-violence) et celle de loi. La loi, je dirais que je me pose pour règle de la suivre tant qu’elle est morale. Si elle est immorale, elle va se faire foutre, la loi. (et on ne manque pas de lois parfaitement dégueu, ça c’est un puits sans fond, bon). Mais la question de la violence, je la soupèse très clairement comme étant la question d’infliger de la souffrance à autrui.
Donc à des sujets. Pas à des objets.
Je repensais à un truc d’Acrimed, où une présentatrice à la noix et bien vendue aux puissants (je ne sais plus laquelle) reprenait sans cesse dans une itw un syndicaliste qui venait de boucler, avec d’autres ouvriers grévistes, un patron dans son bureau, et elle parlait sans cesse des “violences” perpétrées contre les locaux, et le gars s’énervait à juste titre et disait “mais c’est pas des violences, c’est de la colère, qu’est-ce que c’est, trois ordinateurs pétés contre des vies détruites, elle est où réellement la violence, de quel côté” ou un truc du genre. ça m’avait bien marquée et bien aidée à différencier une action violente ou non.
Donc bref, pour la libération animale, moi je suis OK pour péter des portes, des cadenas et des ordis (mettons, enfin des objets quoi) si c’est le chemin pour ouvrir les cages, récupérer les bêtes et les amener dans un gentil refuge où elles seront soignées et dorlotées. Et je ne suis pas du tout OK pour qu’il y aie des animaux blessés, “y compris des animaux humains” comme le disait la belle formule relevée dans Droits des animaux (je crois). Tout le truc consiste à démonter les structures violentes sans l’être soi-même, et je reconnais que parfois ce doit être sacrément dur. Mais je repense aussi, dans le reportage Arte sur les éco-terroriste (putain ce mot…), avec la fille Ecureuil qui * toute seule * bloque les trains de convois nucléaires, et qui se laisse pêcher par les keufs en disant “mon action est non-violente” et en n’esquissant absolument aucun geste qui pourrait prêter à confusion.
Cela implique en dernier lieu que les milieux militants ne soient pas trop infiltrés par des dingues qui veulent en découdre, et ça c’est moins simple.
Tartine aussi, du coup ^_^
…je regarde bien vite tes deux liens, là je dois aller bosser un peu quand même ^^”
Plein de bises, à tout vite !
Hey, merci d’avoir pris le temps de poser bien clairement ces précisions sur la violence, tu pointes pile ce que j’essayais de dire en parlant, dans une formule trop raccourcie, de ‘cas de violence limités au matériel’.
J’entends trop à mon goût, parmi les éco-militants qui croisent dans les mêmes eaux, de violences verbales à la mesure de celle que tu dis pour les chasseurs. Des souhaits de ‘retour à l’envoyeur’ vouant les bourreaux à toutes sortes de châtiments bien sadiques, des ‘bien fait’ quand un dérapage, à la chasse ou dans l’arène, fait couler du sang, pour une fois, humain. Gros malaise, là.
Mais j’ai, globalement, une tout aussi grosse impression de respect avéré de la vie, dans les actions dites ‘éco-terroristes’. Cf Droits des Animaux, cf Sea Shepherd pourtant tellement critiqué pour ses méthodes parfois bien rentre-dedans… C’est bien expliqué dans Green is the New Red que tu m’avais passé : l’acharnement avec lequel les activistes écolo se font traiter en terroristes est redoublé du fait que leurs adversaires peinent à trouver des cas de violences physiques à leur coller sur le dos (ex cité dans le bouquin : la Foundation for Biomedical Research a publié un Top 20 des actions illégales commises par des éco-terroristes entre 1996 et 2006 ; le bilan ? pas le moindre cas, dans cette liste, de crimes ayant causé d’éventuelles blessures ou la mort.)
Et pour l’anecdote mignonne, j’ai un souvenir attendri de la dernière manif’ Air Souffrance, où l’un des participants avait ramené un espèce de brumisateur improvisé dont il aspergeait un peu tout le monde à tour de rôle, ce qui était très bienvenu quand tu te tapes trois heures sur un trottoir en plein cagnard… et qui pensa à inclure dans sa tournée rafraîchissante les gardes postés par Air France devant ses agences, dont l’un notamment se tapait un de ces coups de soleil qui nous arracha pas mal de moues compatissantes. C’est rien, un détail, mais j’ai trouvé ça très cool (et pas insignifiant, justement, question respect du vivant !)
Et, oui, carrément oui au souvenir de la belle Ecureuil au bout de ses cordages ! :))
Je lis votre échange avec passion.
Ma tartine a disparu, dommage !
Je la reposte à l’occasion… (à moins que tu la retrouves dans les indésirables comme l’autre fois ?)
(Hey à toi et à Psyché,
alors, oui, ton comm était en attente de relecture et je ne sais toujours pas pourquoi. Normalement là c’est bon, il doit apparaître.
Je réponds à absolument tout dès que je peux, ici et ailleurs ! La famille vient juste de repartir, et les travaux et continuer, et la semaine de bientôt reprendre, donc je suis fort à l’arrache, mais une petite semaine de soirées tûut seule devrait me permettre de rattraper tout ça. Moi aussi je lis avec passion tous nos échanges et ça me gratte de prendre le temps de répondre ! Sans compter la FB discuss que je dois reporter ici. Bref, ne m’en veuillez pas du décalage horaire et à très vite :) )
Je viens de lire avec grand intérêt tous ces posts. Et je plussoie(s?) à quasiment tout. Très interrogée sur ce nouveau mot à créer qui rendrait compte de l’amour du Vivant. Dans le Bouddhisme, c’est assez clair: Bouddha, tout simplement. Être Bouddha c’est être dans l’amour du cosmos. S’éveiller à sa nature de Bouddha c’est s’éveiller à l’Amour. C’est être, ici et maintenant, ouvert au perpétuel changement, accueillir ce qui est. Pas de jugement, de préjugés, de barrières, on n’est plus ni réfugiés ni guerriers, on est, avec l’univers. Et, comme tu le soulignes Fa, ça va plus loin que l’aspect sensoriel. Bon je pourrais vous parler de mes récentes expériences bouddhistes, qui m’ont faites un peu parfois flipper, parce que justement quand on commence à dépasser ce stade de félicité, de grâce sensorielle, la perte des limites corporelles est un peu angoissante – je n’ai pas été sans me poser des questions sur le rapport avec la psychose et j’ai repensé à ce que dit Freud du sentiment océanique ( il faut absolument que je relise ça!). Mais une fois la passe franchie… là les mots échouent à témoigner. Tout ce que j’ai pu en dire, avec un sourire béat, était: “je suis en état de grâce, je suis en harmonie avec l’univers”. Et ce n’est ni sensoriel, ni mental….
Donc là, évidemment, la question de la violence me touche au plus près, justement celle des militants non-violents. Parce que, tout le monde l’a bien saisi ici, la violence ne change absolument rien, bien au contraire, elle entretient le bazar – et j’ai justement discuté de ça pendant mon mois de “retraite” avec un anar ancien militant dans les années 70-80 sur Paris, qui avait pu être violent (baston avec des fachos). Il disait que que “l’organisation anarchiste” (lol!) n’était pas viable justement à cause de toute cette violence…. un grand balèze de 60 piges, encore un peu misanthrope, qui cousait son rakusu à côté de moi, afin d’être ordonné bodhisattva après 30 ans de pratique de zazen… L’ironie nous a liés…
Et même si cela vire au poncif par les temps qui courent – afin moi je l’entends souvent, mais je l’expérimente depuis peu! – je le répète après Psyché et Shambalah: changer le monde commence par se changer soi-même. Il n’y alors plus de luttes à mener, il y a juste à être, à se tenir bien droit dans l’existence, pour reprendre une expression que tu avais employée Psyché. Expression qui m’est restée gravée dans l’esprit tellement elle faisait écho à ce que nous disait souvent Michel Lapeyre, de garder la tête haute. Et lors d’un Taisho (petite conférence donnée par un maître zen, souvent pendant zazen) il m’a été donnée d’entendre ça : ” le désir de sauver tous les êtres est ce qui fait qu’on peut se tenir droit pendant zazen.” Cet ancrage, cette assurance, cette confiance, c’est ça qui fait changer le monde autour de soi. Bien plus efficace que la violence, et même parfois que de longs discours, pamphlets…
Alors peut-être pas un nouveau mot à inventer, tout simplement parler d’Amour. Essayez d’employer ce mot dans vos discussions argumentées, ça fond en face…
Rien à ajouter, juste un grand merci pour ce très vibrant et ravigorant témoignage !
(Aparté : ai avancé dans la lecture du book de Rifkin sur la civilisation de l’empathie, qui est passionnant et suscite tout à trac plein de réflexions en vrac… Il pose quelque chose qui m’a marquée, sur la vraie liberté qui implique de manifester sa vulnérabilité, ce qui n’est pas, comme il dit, manifester une faiblesse, mais “s’ouvrir à la communication au plus profond de l’échange humain” (bon, on l’a déjà dit, mais perso je pense au-delà de l’échange humain, sans frontières spécistes ni même cosmiques). Et il expose en un grand chapitre l’importance, justement, de l’enfance dans l’éveil empathe d’une personne… (et là encore, je suis sûre qu’on aurait bien besoin, socialement, collectivement, d’une prise de conscience de l’importance de l’éveil à l’empathie interspéciste. Je vois souvent exposée l’idée que les gosses sont amoraux, cruels, du genre arracheur d’ailes de papillons – souvenir d’une lecture d’enfance qui m’avait, je m’en rappelle, laissé en malaise, “Les Malheurs de Sophie” où les animaux, abeilles, poissons rouges & co, subissent toutes sortes de misères. Je le vois autour de moi, les parents qui regardent avec attendrissement leurs gamins courser les pigeons – ils feront quoi le jour où leur tendre progéniture verra la bestiole paniquée se jeter sous les roues d’une voiture ? –, aller emmerder crevettes et étoiles de mer pendant les vacs à la mer, etc ad nauseam. Alors qu’il y a dans l’enfance cette capacité d’émerveillement que les adultes ont perdue en route, cette curiosité et cette attraction pour tout ce qui bouge, qui fait que la moindre présence animale dans un jardin les interpelle. Qu’est-ce que la terre pourrait devenir, quels changements ne pourrait-on accomplir, si les adultes travaillaient à réapprendre de leurs enfants la célébration du monde, à leur enseigner en retour le respect de tout ce qui éveille leur curiosité. Bon, ça semble tellement évident, et pourtant qu’est-ce que j’y rêve ! :)))
Bon, je vais essayer de répondre à toutes, mais ça va sans doute partir dans tous les sens vu le nombre de chemins amorcés et de perches tendues !
L’agapè semble bien désigner ce qu’on entend toutes par respect/amour du vivant. C’est heureux que la langue grecque fasse le distinguo (eros/philia/agape) là où le français ne le fait pas, même si, et je suis d’accord avec Amarige, parler d’amour, déjà ça calme. Sinon je pensais aussi à l’équanimité, mais ce n’est pas tout à fait ça qu’on cherche il me semble. Agape/amour correspondent mieux.
Je réagis sur ton expérience Amarige, parce que j’ai une amie qui médite beaucoup et qui a vécu beaucoup d’expériences comme celle que tu décris. Elle dit d’ailleurs que ce n’est pas toujours aisé de revenir dans notre réalité quand on a vécu de tels états… et que ça peut être très déstabilisant si on n’est pas accompagné.
C’est magnifique de vivre de tels états, et très sympa de nous faire partager ces expériences, même si c’est difficile de trouver les mots.
Je ne suis pas très assidue dans la méditation, et pour l’instant je n’en suis qu’à expérimenter ce lieu de calme qui *est* au fond de soi, quoi qu’il arrive, ainsi que notre grande, immense liberté, là où nous pensons être contraints de ceci ou de cela.
Mais je pense avoir à peine frôlé une ou deux fois ces états, notamment dans des moments de contact avec la nature ou des moments passés avec l’Elfe des bois. Impression de faire un avec tout, avec chaque être, chaque brin d’herbe, et en même temps avec l’ensemble. Ce sont des moments très ressourçant où le temps s’arrête, où l’éternité nous ouvre ses portes… Freud a parlé du sentiment océanique, mais disait s’en méfier je crois (!), à vérifier.
Avec Petite Elfe (si je mets son prénom, je suis grillée !), ce sont des moments de tétée ou à la regarder dormir, où j’ai l’impression non seulement de ne faire qu’un avec toutes celles qui vivent les mêmes choses avec leur enfant/leur petit, mais aussi où je pense très fort à toutes celles qui ne peuvent pas être avec leur bébé et à tous les bébés qui ne peuvent pas être dans les bras de leur mère… Ces impressions ont commencé pendant la grossesse, notamment les toutes 1ères fois où je l’ai sentie bouger.
Merci Hel pour le lien vers l’oveo : les exemples au travail (côté patients mais aussi collègues !) et dans la vie quotidienne ne manquent pas… Alice Miller avait raison, il y a un énorme travail à mener de ce côté-là. Et merci pour Rifkin, ça me donne envie d’y plonger assez vite ! Cette idée de la vulnérabilité, c’est exactement ce que je voulais dire dans le post précédent quand je disais “ça passe par accepter notre propre souffrance”, sans avoir trouvé mieux que ce terme de “souffrance”. Vulnérabilité oui : si je suis au clair avec la mienne, alors je peux accepter, comprendre, accueillir, respecter celle de l’autre. Et là encore c’est lié au sexisme ordinaire (on ne pleure pas quand on est un homme).
Hel, tu parles d’émerveillement et de célébration. Petite Elfe nous fait vivre ça aussi chaque jour, et c’est une grande chance de pouvoir tout (re)découvrir avec ses yeux à elle.
L’idée de contemplation me travaille pas mal ces temps-ci –et si j’avais eu le temps de proposer des T-shirts pour L214, j’en aurais fait un « On touche avec les yeux ». Ca me fait penser aussi au titre d’un livre de Théodore Monod que j’ai vu passer ces jours-ci : “Révérence à la vie”.
Emerveillement, contemplation, célébration, révérence… On partage ?
“Emerveillement, contemplation, célébration, révérence… On partage ?”
YES ! :)))
Petitefa m’a déjà longuement entendue brasser le sujet, mais voilà, un des chants sacrés les plus fondamentaux pour moi qui me considère comme (grosso modo) une agnostique mystique, c’est un cycle de chants navajo, un truc immense qui s’étend sur plusieurs nuits et vise à mettre en oeuvre, en danses et en paroles, la guérison d’un patient, sur le principe d’une harmonie retrouvée avec l’univers – et cela passe par ce merveilleux concept, ce merveilleux mot qu’est le Hozho, la voie de la beauté : équilibre du monde et de l’humain, de la beauté et de la santé.
(voie convergente, quelque part, vers l’Amour et l’Agapè :))
Depuis que j’ai rencontré l’hozho, à travers cette cérémonie, cette ‘Nuit des Chants’ connue de l’Occident par de seuls fragments, c’est là le rythme sur lequel j’arpente mes routes, l’esprit qui imprègne chaque pas et que j’essaye de diffuser à travers mes marches : la beauté.
“dans la beauté je marche
avec la beauté devant moi je marche
avec la beauté derrière moi je marche
avec la beauté au-dessous de moi je marche
avec la beauté au-dessus de moi je marche
avec la beauté tout autour de moi je marche
accompli dans la beauté
accompli dans la beauté
accompli dans la beauté
accompli dans la beauté”
C’est le mouvement qui me porte sur la route – et c’est le mouvement qui me porte vers les autres, le partage de cette beauté. Alors, oui, OUI, on partage. :-)