…Yamadori en V.O. japonaise. Terme bien connu des bonsaïka, yamadori se réfère à de petits arbres prélevés en milieu naturel, choisis pour leur forme, étrangeté, allure particulière, rempotés puis travaillés en bonsaï. A l’origine ‘oiseau de montagne’ correspond aux hommes chasseurs de beauté, si l’on veut, qui s’en allaient dénicher, et déterrer, ces spécimens très recherchés pour leur originalité voire leurs défauts, modelés par des conditions difficiles, de vent, d’exposition, de situation, donnant des formes impossibles à retrouver sur de classiques sujets semés en pépinière.
Et alors ? Alors j’adore ce mot, voilà tout, pour sa sonorité, son sens, ce qu’il représente, et sa capacité à déployer ses ailes sur mon obsession japonisante qui n’est pas prête de se calmer ^_^
Je viens de clamer précédemment que je papoterais ici moins souvent et donnerais moins de liens – avouons que la grosse charrette précédente fait déjà office d’archives, pour une raison que personne ne peut m’expliquer, il y a toujours une disproportion étonnante entre nombre de visites et nombre de clics sur lesdits liens… bref, cf. papotage antérieur -, et je m’emploie donc ce soir à tapoter/papoter juste de ma pomme, pour le plaisir et les petites et poussantes joies du moment :)
La chose grise, plate et fortement addictive nommée l’ordi, donc, est passée au bloc et devrait revenir avec une nouvelle carte mère, et les données bien conservées dans le disque dur (si j’ai bien retenu). J’attends encore de voir pour y croire, et pour profiter des vacances pour me rattraper sur des big sauvegardes (la faute à une foi aveugle dans la religion du Mac, je crois bien, avant sous PC je sauvegardais tout précieusement, et au passage au Mcbook je me suis complètement lâchée… error !). Mais globalement c’est un gros ouf qui s’annonce ^_^
Sur ce, avant-hier me tombe dans les bras, peu après un bouquin de menuiserie ancienne, un trop joli beau livre bonsaïesque, repéré en mai-juin lors de mon plongeon initial, et intense, dans le monde un peu dingue des arbres en pot. “Bonsaï, la Nature et le Temps“, de l’espagnol Luis Vallejo. Avec des arbres de sa collection, du musée dont il s’occupe, des présents, et tout, et surtout quelque chose qui manque très souvent aux photos de bonsaï, une réelle qualité, une vraie place pour l’ombre, et un fond noir rare mais très pertinent. Bref un super coup de coeur, non pour les aspects techniques, vraiment effleurés et tant détaillés partout ailleurs, mais pour la beauté de la chose et le soin amoureux apporté à chacun. ça se sent et ça ne va pas arranger mes penchants du moment… ;)
(Bonsaï : la nature et le temps – Luis Vallejo – Mengès, 2001)
Cette rupture de jeûne livresque – jeûne partiel, j’en conviens ! – associant bois vivant et bois mort ayant été initiée par un autre livre, d’un autre arbre, qui m’a tapé dans l’oeil sur l’étalage du bouquiniste, un haut format très étroit, illustré de peintures plutôt modernes et tournant autour de contes sur… Yggdrasill, l’arbre des arbres. Pas de hasard, comme on le voit.
Un jour plus tard, hier donc, je vais livrer ma petite commande mijotée depuis un moment à ma dealeuse de papier officielle. Beaucoup d’Asie là encore…
un recueil, “Trois pierres cinq fleurs, petit traité sur le jardin japonais” ;
un roman, “Le jardin Yamata“, l’histoire d’un Français qui va bricoler du jardin nippon en pleine seconde Guerre mondiale (Le jardin Yamata – Isabelle Jarry – Stock) ;
un manga politique, oui ! “Le Capital” de monsieur Marx himself, vu comme c’est dur à lire, l’original, je me suis dit que ce pourrait être didactique – merci le Monde Diplo (Le Capital, 2 tomes – Karl Marx – Soleil Manga);
un beau livre plein de miel, je n’en dis pas plus, c’est pour offrir – à quelqu’un que vous connaissez et qui ne lira sans doute pas mon billet d’ailleurs :D ;
un manuel, “Le manuel du Bonsaï“, étant moyennement satisfaite par ce que j’ai en papier jusqu’à présent – le ouèbe est plus riche mais même trop riche en infos (Le manuel du Bonsaï – David Prescott) ;
des nouvelles, “Six récits au fil inconstant des jours“, Chine encore, où l’on voit que dès le titre on est embarqué (Six récits au fil inconstant des jours – Fu Shen – JC Lattès, 2009) ;
et encore d’autres…
Et en préquelle, il me faut confesser quelques craquages toulousains improvisés, très peu avant ça, avec un roman qui promet d’être magnifique, “Les survivants“, Chine du Sud / Thaïlande, chez Actes Sud ; le Lévi-Strauss évoqué chez Hel’, “L’autre face de la Lune“, textes et conférences sur le Japon, par ce grand monsieur (et en moins désabusé que les réflexions parfois amères de Nicolas Bouvier) ; un grand format d’estampes, bouquinerie encore (un bon fournisseur ça aussi) sur le génie Hokusai. Et plein de petits livres posés dans tous les sens au Nid, les travaux en cours font que le bazar est total – mais du coup j’oublie mes découvertes récentes et je les redécouvre tout le temps :D
Il pourrait sembler pratique, et soulageant bien les mille pulsions d’achat immédiat, de tenir une belle et bonne wishlist bien grassouillette comme ma Lettre au Père Pétuel. Oui sauf que… contrepartie très sournoise, au moment de se décider à prendre un ou deux bouquins, je me retrouve à en choisir entre six et dix et faire des choix cruciaux, voire cruels, parmi les centaines de références notées, et ça c’est bien horrible ! Gentiment, mais horrible, un peu. Et cela n’arrange pas, mais pas du tout, le problème grossissant aussi vite des multiples lectures en cours ! (là je bats des records, même si j’arrive à tenir à peu près deux ‘lieux’ assez stables pour avancer : la table du salon (enfin de la zone qui) pour les essais, beaux livres ou trucs techniques ou pratique – là c’est donc le Bonsaï qui est à l’honneur – et le chevet pour les livres que je veux vraiment avancer et terminer – toujours sur Les Barbares, donc, bellement dédicacés par l’auteur et par la procuration de mon ange bibliophile – qui reconnaîtra notre commune addiction plus que sa supposée angélique nature, je le crains ou l’espère ;)
On l’aura compris, le passage à l’heure d’hiver et à la Saison Sombre se fera ici sous le signe des arbres, et de l’Extrême-Orient. Concernant les bonsaï, j’ai très longtemps eu une espèce d’aversion classique, et communément partagée, pour cette pratique que je connaissais ni ne comprenais. Bref je me disais “ils font mal aux arbres et les empêchent de grandir“, je n’avais pas capté, quoi. Même en bossant un moment, et avec une extase, une paix, une curiosité terribles, sur le sujet des jardins japonais pour mon mémoire, je m’arrêtais à la porte de leur complément naturel, les arbres en pot. Alors que pourtant, principes et techniques y sont tellement similaires… Et puis voilà que ce printemps et début d’été, marqué par d’autres semis n’ayant pas pris, il me fallait un truc où me plonger, où me laver complètement de l’ego, où passer au rythme végétal voire minéral, quand le rythme animal n’est plus supportable, à plusieurs titres – le surmenage n’étant pas le moindre. Et c’est ça qui est arrivé, une addiction aussi rapide que prenante, et la vision assez délire d’un microcosme de passionnés intégralement mordus, le genre à bosser des décennies sur un arbre, à faire des croquis architecturaux, à visiter des pépinières de ouf et des jardins mythiques en plein Kyoto, à faire des comparatifs entre des outils plus pointus les uns que les autres, et tout. Et surtout, les arbres, bien sûr, la magie de la représentation, de la perte d’échelle, du vivant à choyer selon son rythme propre, et non selon le nôtre.
ça a commencé aussi quand une petite azalée toute spiralée (satsuki) de sept ans déjà pourtant (en fait c’est très jeune mais je ne le savais pas) m’a clairement appelée lors d’un passage dans une jardinerie par ailleurs très standard. Quelques bonsaï étaient là, et surtout elle, et après quinze minutes de tergiversations, rien à faire, il fallait l’embarquer. Depuis je la couve comme je peux, pas encore ça, il me faudrait une serre froide par exemple pour cet hiver qui approche. Et j’ai fait un choix un peu osé car ça semble difficile à garder, rapport à d’autres espèces. Mais elle m’a adopté et est venue nidifier à ce moment précis, donc… Accueil bienvenu et reconnaissant. :)))
Je reprends mon fil en terminant par ce jour même. Un autre passage dans une autre jardinerie, à la recherche de quelque plant tordu ou déficient qu’ils gardent souvent dans les bas-fonds des étagères, histoire de m’entraîner sur des conifères (c’est là que j’avais trouvé mon black bamboo tout renversé par terre, donc j’avais des chances). Et comme les prix étaient vraiment bas, quelques euros le pot moyen, je suis repartie avec un minuscule plant d’érable – ok c’est un feuillu et je crois même que l’étiquette ‘green globe‘ est fausse ! – et tout plein de petites choses aux cheveux en bataille, deux genévriers, un cèdre tout retombant sur lequel je pourrais tenter une cascade, un pin sylvestre, un Golden crest qui ressemble à un if mais vert très vif, et un buis bicolore très prometteur (les deux derniers existent déjà en format plus grand dans le jardin, je soupçonne la jardinière précédente de les avoir pris au même endroit !)… Tout cela ne ressemble à rien pour l’heure mais je préfère me faire la main sur de petits plants tout mal foutus que de risquer de flinguer d’entrée de beaux bonsaï déjà formés.
Un mal fou à me replonger dans des ouvrages de psy ou de médecine, par contre. Je me disais comme ça, avec toutes mes lubies et mes passions, que je pourrais bien plus certainement faire du jardin toute ma vie que de faire de la psy toute ma vie (mais bon, ça me fait bouffer, faut dire). Je ne sais plus depuis quand je n’avais pas ressenti ce bonheur d’apprendre, de découvrir, de parcourir des chemins nouveaux, inconnus, splendides, d’avoir ce rapport au savoir non concurrentiel, non utilitaire, non universitaire (putain, non, alors). Hormis pour l’herboristerie, encore un peu médicale mais domaine dans lequel je prends bien du plaisir quand même. A part ça, je ne sais plus, et pfiou ça fait du bien quand ça revient :)
Une dernière chose, éclairant un peu aussi cette attraction durable et soutenable envers les arts asiatiques en général et le Japon en particulier (qui intéresse énormément de monde, d’ailleurs, mais je ne crois pas que l’air du temps, hélas bien contaminé, là, soit la raison principale de cette attirance). J’ai plongé là-dedans comme on chute en Dorcha, sans diable savoir ce qui pouvait bien m’attendre, et où les rêves sont dépassés par la réelle beauté des choses. Et ce qui me plaît le plus, entre tout, dans tous les arts, c’est de tomber sur les traductions, le puzzle des idéogrammes, en un mot la langue. Parfois j’ai l’impression que je m’intéresse à tout ça, la littérature, le jardin, la céramique, la calligraphie, les haïku, le thé, juste pour avoir une excuse pour lire des mots en japonais, percer des kanji… Ainsi je termine où j’ai commencé, par les Yamadori, les oiseaux de montagne, cette formule qui symbolise à mes oreilles la poésie permanente, omniprésente, obsédante, cachée ou révélée dans la langue japonaise, et donc dans sa pensée profonde.
Alors ? Alors ma raison me dit que je ne vais pas avoir beaucoup de temps par les temps qui s’en viennent, et mon coeur, lui, me murmure que quelques cours par correspondance, ce ne serait pas si mal… (et cela me permettrait, en sus de me faire méchamment plaisir, de persister à me situer dans une perspective de formation continue, mais n’ayant plus rien à voir avec mon boulot officiel – un compromis audacieux, et très plaisant, je dois dire). Ah, ça me travaille…
Petits projets en train de croître, petites boutures en train de pousser… Promesses d’un hiver fertile, d’une hibernation productive. :)
…Et pour la route, un puits de lumière en plein milieu de la maison, qui se met à respirer toute seule (VMC en place), un effet incroyable et des branches pleines de vent au-dessus de la tête !
Portez-vous bien,
Bises boutures :-*

Je ne fais que passer sur ma route vers Morphée, mais justement, la présente heure et ses Mystères propres et la toute proximité du rêve poussent à ralentir le pas le temps d’un grand MERCI tout émerveillé pour la cueillette nocturne, le superbe mot doublé de splendides images. Qu’est-ce qu’il est vibrant, ce Yamadori wor(l)d, dis ! ♥
(et une vibration de concert sur la magie de la langue, des langues de par le monde – de par les mondes, même –, qui me font souvent souhaiter de pouvoir dérouler plusieurs vies pour prendre le temps de les apprendre, d’en dérouler les merveilles…
Explorer les diverses formes de la Beauté, en écoutant le feuillage bruissant des sonorités, et creusant jusqu’aux racines mythiques et étymologiques…)
(bon le sujet et l’heure sont propices au lyrisme, mais j’y songe beaucoup en ce moment, dans la coulée de nos discussions sur l’agapé, l’hozho, et mon exploration les yeux brillants des ramifications terriennes de la formule lakota mitakuye oyasin dont on causait aussi je ne sais plus où…
Plus prosaïquement, je me prends comme ça à rêver l’existence d’un Dictionnaire interculturel des mots de la Beauté, coffre à trésors à la croisée des Dictionnaires amoureux de je ne sais plus quel éditeur, et des dicos de mots rares et précieux…)
Bref. Dans ma chambre d’enfance, je m’étais fait une affiche d’une citation, du temps où je dévorais tout Pennac, qui disait quelque chose comme “Il y a toutes les histoires du monde dans une langue qu’on ne connaît pas.” Merci pour l’histoire du soir, m’en vais dormir sur cette vision des chasseurs de beauté :)))
Des bises, et un bruissement d’ailes from Hel’
… Et je retrace mes pas au petit matin, juste pour dire que ces Survivants dénichés m’intéressent sacrément, il me semble bien avoir pilé sur la vaporeuse couv’ à plusieurs reprises au fil de mes errances !
(bien curieuse aussi à propos du livre de contes autour d’Yggdrasill, d’ailleurs !!)
Un salut au passage à l’azalée, adopteuse, adoptée, encore une manière de reconnaître la synchronicité entre deux êtres :))
Et une vibration de concert sur l’appel salvateur du rythme végétal, appel non tant de la forêt, mais de l’arbre, ressenti ici avec une puissance croissant à la mesure de la furie urbaine (sans, bien sûr, être pour autant frappé de la nécessité d’immersion qui fut tienne). Le rythme propre du vivant, que oui. Réapprendre, au sortir de l’univers moderne de plannings aux ‘lignes mortes’, que ce n’est pas ‘ne rien faire’, se poser à sa juste place dans un paysage, et respirer, pousser, tout en patience et attention… :-))
(ce qui vaut aussi, d’ailleurs, pour le rythme du savoir, bien perverti par nos perspectives scolaires où l’on s’acharne à caser, c’est le mot, des programmes dans une année, et point barre. Vive les explorations hors du cursus universitaire, yes !)
Bon, je file, y a un ciel tendrement rosé d’ouate qui m’appelle, là dehors :) Plein de pensées pour tes pousses dans la beauté !
Hey du matin bleu :)
Ben avec plaisir pour les mots-trésors et les rythmes végétalisés :)))
Pour une fois j’avais envie de partager ces jolies choses, et non plus uniquement le côté terrassant des événements qui nous entourent… la petite Satsuki t’envoie également son bonjour !
Pour “Les survivants”, oui j’avoue que j’ai entièrement craqué, et sur la couv et sur son 4ème. J’en dirai plus dès que lu, ça ne saurait trop tarder. Idem pour “Yggdrasill l’arbre des origines”, plus confidentiel certainement, mais à la présentation bien plaisante – et le grand format étroit pour parler de cet arbre-là, rien que pour ça il était ‘appelant’ et ça faisait plaisir de voir un travail de maquettiste/éditeur/imprimeur qui a du sens, symboliquement, et qui ne pond pas des formats strange juste pour que ça ne rentre pas dans les étagères :o)
Lignes mortes du planning, ah, à quel point… J’avoue que mon impatience grandit au fur et à mesure que s’approchent les jours où le planning va être entièrement bouleversé, et bercé par des rythmes, animaux ceux-là, qui seront des lignes et des courbes bien vivantes :)))
(petit avant-goût de la vie domestique ces jours-ci, de fait, car très bientôt en vacances et rythme de boulot, pendant les congés scolaires, scandaleusement proches de la glandouille magistrale, ce qui est très appréciable vu les fatigues accumulées !)
Et je veux bien lire ton Dico magique, moi, là. Quelle belle idée !! Et quelle vastitude du sujet, aussi… Le genre de plongeon multi-mythes qui peut prendre des années, et t’emmener très loin, tu sais, ça. Bon, c’est le genre de voyages, intérieurs et extérieurs, que je te souhaite ardemment et en toute confiance… ;)
Et tu ne crois pas si bien dire, je reviens un instant sur les arts tradi japonais, en parlant des ‘mots de la Beauté’, eux ont poussé le sentiment esthétique tellement loin qu’ils ont des concepts transversaux, reconnus dans tous les arts, des principes fondamentaux absolument cohérents et d’une… beauté, justement, admirable, j’en ai touché un très très bref mot dans le mémoire, à propos du wabi sabi, de l’ombre et de la lumière, du formel et de l’informel (et aussi du semi-formel parce que ce sont des dingos de la classification, quand même), tout ça…
Voilà précisément ce que je me disais ce matin, en bavant encore un peu devant mon beau livre de bonsaï photographiés comme des stars mystérieuses, le feeling que je pouvais avoir en promenade devant de grosses racines noueuses, des bases de tronc moussues et imposantes, et pour elquel je n’aurais pas imaginé qu’il y eût un terme spécial… Et ben pour les bonsaï ainsi que les arbres de jardin, les japonais parlent du nebari ou neabari, la base du tronc et les grosses racines, et ce dernier fait l’objet d’une attention et d’un soin spécifiques, avec la recherche de ses qualités particulières, et tout… Où je découvre que j’ai photographié des dizaines de nebari et que je ne savais même pas leur ‘entité’ propre, leur individualité en quelque sorte. Eux se sont tant penchés sur ce feeling tout simple et tout perturbant, d’être inexplicablement remué par le dessin d’un tronc, qu’ils ont nommé, et la chose et le sensation (fu zei, je pense, si je peux superposer cette formule pour les paysages aux plus petits sujets).
Cela ne doit bien sûr pas faire croire que le Japon est un paradis terrestre exempt de défauts (et de modernité d’ailleurs), que ce soit maintenant ou dans le Japon traditionnel, il y a de quoi tousser, mais c’est vraiment cet aspect-là, d’amour de la Beauté et * forcément * comme une relation évidente là-bas, d’amour de la Nature, qui me parle avec intensité.
Et toute une philosophie de vie qui découle naturellement, c’est le mot, de la technique, là par exemple Luis Vallejo parle d’une petite forêt de hêtres – une dizaine de troncs disposés, avec force élégance et techniques bien précises, sur une plaque d’ardoise – tous ressemblants pour l’homogénéité, mais tous uniques pour éviter l’effet ‘plantation de reboisement’ qui nous fit hurler dans la semaine, et il dit cette phrase toute bête : “L’individualité n’est rien sans le groupe”. A voir la forêt évoquée, on saisit d’instinct ce qu’il veut dire, sans grand discours, non en démontrant mais juste en montrant, comme ça, et vlam c’est évident. And he made my day :)
Je bavarde moi !! Allez, j’abrège un peu, je finis sur les langues, ah oui, ce que ce serait bien, un temps illimité pour arpenter tous les langages, toutes les histoires, toutes les racines… Le japonais, donc, mais aussi l’italien et le chinois sont celles qui m’attirent le plus, à la fois pour leur beauté formelle et pour le gros stock littéraire correspondant – j’ai depuis des années La Divine Comédie en bilingue, et parfois je me prenais à tout comparer, pour extraire quelques pépites, ou alors lire à voix haute sans rien comprendre, pour la musicalité de l’italien… clichesque mais vrai-esque ;)
Quant au chinois, il m’attire un peu pour les mêmes raisons que le japonais, les sinogrammes et la trame culturelle immense, notamment la poésie ancienne et les traités classiques, et puis, bêtement, le nombre de locuteurs… ce qui m’a beaucoup travaillé pour le japonais c’est le chiffre juste croisé de 120 millions de locuteurs, davantage que pour l’allemand et le double de Français de métropole en fait (en comptant toute la francophonie ça doit faire un paquet, mais comme la plupart des pays francophones hors métropole le sont par suite de la colonisation, ça refroidit un peu), et je ne parle même pas du nombre de locuteurs en chinois… ^_^
Le grec, aussi, est un de mes grands regrets de non-apprentissage. Autant le latin peut me servir de temps à autre, quelques racines deci delà, mais bon, pas attirée du tout par cet enseignement où je me suis salement ennuyée, mais le grec, c’est autre chose…
Ah et le russe ! Je veux parler russe ! Pfiou j’ai perdu quinze ans à faire autre chose que des langues, moi, parfois je me dis ça :)
Un beau jour sous le ciel rose *
Ah, thx pour les précisions sur l’Yggdrasill-book, avec le titre, et un coup de pouce from google, je découvre qu’il est le fruit des éditions Alternatives, et du coup je vois très très bien le format, leur collection graphique / calligraphiée est absolument irrésistible ! (http://www.editionsalternatives.com/site.php?type=P&id=23 pour les curieux que n’effraye pas la tentation ^^) N’avions point encore vu celui que tu as déniché, mais je me rappelle bien d’un salon du livre où je jouais longuement les suppliciés à la Tantale devant leur table…
Thanx & blessings, aussi, pour les ‘bavardages’, je pourrais t’écouter parler des heures de tes explorations en terres, pierres, terreau japonais ! La relation du ‘nebari’ est très parlante indeed, et me fait d’ailleurs penser, pour rejointer avec les langues, à ce qu’on dit des mots propres à une culture (comme les Inuit et leurs fameuses déclinaisons de la neige), les bellement intraduisibles, expression(s) d’une attention particulière au monde – apprendre ces mots, c’est apprendre un regard, réapprendre à voir, quelque part…
(et je n’ose pas me pencher sur la liste de toutes les langues – ou dialectes ! – qui m’intriguent et m’attirent, c’est sans fond… Le japonais, le russe, oh que oui. L’islandais, auquel je ne désespère pas de me remettre un de ces quatre. Le navajo me fait du pied, ‘fin de la langue, depuis que j’ai trouvé en ligne des documents, un dico, un manuel à l’usage des gosses qui voudraient retrouver leur langue ancestrale (c’est fou, quand même, ce qui traîne sur ce weird wide web o.o). Bref. C’est comme les livres, on sait qu’il y a là de quoi remplir et, plus, animer des vies entières, et c’en est bien ainsi. ^_^)
(Et une vibration de concert pour l’attrait de la musicalité ! Je succombais souvent, en cours, à ce moment où tu te lis – ou on te lit – un texte inconnu, et la beauté transparaît avant même que le sens ne soit sorti de sa relative obscurité – moment de pure poésie, pas loin de la magie…)
Une belle soirée à toi, et en te souhaitant pour les jours à venir plein d’espaces & temps apaisés pour couver, du regard aussi, la courbe de l’horizon… :-)
Oui chez Alternatives ils ont l’air bien, hein ? Souvenance d’avoir noté cet éditeur plusieurs fois dans ma wishlist, sans le connaître, et là de tomber sur ce livre, comme une confirmation secrète :)
Pour continuer à parlotter branches & terreau, oui c’est assez prometteur vu l’ampleur de l’addiction actuelle :D … Et rien que pour la musique de la langue, oui, en plus du plaisir puzzlesque et sherlockhomesque de casser le code, un peu, je me vautre avec délices dans des glossaires honteusement spécialisés, où les types et sous-types de styles sont explicités, les événements biologiques, les mille noms des branches en fonction de leur position, apsect, les espèces botaniques – ce qui rejoint l’autre addiction, mordante et où s’affairent bien des mordus, de la botanique, un peu vaine mais tellement agréable… -, bref je me fais plèz, on peut le dire ;)
un tout beau WE sur les ailes des oiseaux et les plumes de ceux qui en captent le chant :)
Je viens de noter “Le jardin Yamata”, merci pour la référence ;) Et je te comprends parfaitement pour ta passion du jardinage, je la partage ô combien… Je rêve d’aller visiter des jardins japonais, tellement de belles fleurs de nos contrées en proviennent. Bonne continuation ;)
Avec plaisir Isa !
Je donnerai mon avis dès réception et lecture, d’ailleurs tiens, pour le coup c’est une fiche Babelio qui m’a donné l’envie de tenter…
Ici aussi, l’envie de visiter des jardins japonais ‘en vrai’ me tient serrée ;)
On peut se consoler avec la visite virtuelle des jardins de Kyoto (là : http://kyotogardens.org/) mais rien ne vaudrait une vraie rencontre, c’est sûr.
Plus proche de nous, j’ai vu récemment le parc oriental de Maulévrier, très beau et super entretenu, et je rêve de voir le jardin Albert Kahn à Paris (quelques photos vues sur le blog de Psyché). Je suis passée au petit jardin de thé jouxtant le musée Guimet à Paris, vraiment joli… et vraiment minuscule, l’endroit recèle un petit pavillon pour la cérémonie du thé (sur rdv je crois). Après, il y a le grand jardin à Toulouse, je ne sais pas pourquoi il me transporte moins, peut-être la familiarité… ou beaucoup de monde !
Je finis dans la liste des lieux que j’aimerais voir en France par le jardin d’Erik Borja, qui semble être une splendeur, et qu’on voit bien dans ses bouquins (Leçon du jardin zen est * le * livre qui m’a fait plonger dans cet univers…)
Voilà voilà, passions partagées, bonne suite à toi aussi Isa :)
Wouaou, merci pour la magnifique photo et les rêves partagés.
Je vous suis pour le dictionnaire des mots de la beauté…
Les éditions alternatives sont à tomber !
Idem pour les langues/alphabets : le peu de grec ancien appris à la fac m’avait enchantée : non seulement la fébrilité liée à la découverte d’un nouvel alphabet, mais aussi, derrière de nombreux mots grecs, la sensation de “retrouvailles” avec des mots ou racines de la langue française.
Sinon, je me sens attirée par le sanskrit, les langues de l’inde (Ah ! ces alphabets !), l’hébreu (alphabet et sonorités), l’arabe, et …
la langue des signes ! Que nous commençons à pratiquer avec l’Elfe des bois…
Après le portage, l’allaitement, le co-dodo, le continuum… nous voilà arrivés à la langue des signes. On va de découvertes en découvertes grâce à elle, c’est fantastique ! Et sans doute ça ne fait que commencer.
Reste bien au chaud ;-)
Avec plaisir, toujours :)
Ah oui justement, pour le grec ancien, il est en bonne place dans ma liste parce que je me souviens que t’en avais fait un peu et vous en parliez avec papa, vous aviez l’air de vous éclater :P
J’ai oublié aussi le tamazigh, le berbère donc, avec son alphabet trop strange et trop beau et… pour ce que tu sais. Et la langue des signes, ce serait pas mal non plus (thanx à l’Elfette pour la communication directe avec le monde invisible, c’est un privilège rare ça :) ), tu sais, tu pourrais en parler à Emna, elle a fait une thèse passionnante sur la langue des signes comme véhicule d’une culture à part entière (et pas juste comme pis-aller d’un handicap à rééduquer à tout prix via l’appareillage pour normaliser le tout), c’était vraiment génial !
Ouaip on reste tous au chaud, je vous envoie quelques signaux de fumée ;)
* * *
Ah, j’ai oublié dans ma commande livresque que j’ai commandé aussi encore un autre bouquin bonsaïoïde… ça ne s’arrange pas ! Mais ça promet grave, il s’agit du Manuel du Bonsaï de David Prescott et il est présenté par tous comme une big référence, et accessible. Ce qui m’ira bien parce qu’entre les bouquins trop surfaciels et ceux trop pointus, je navigue un peu à vue, là ; heureusement les belles photos ombre & lumière du Luis Vallejo compensent avec bonheur les affreux schémas & photos que je vois par ailleurs dans ma trilogie super technique, souvent inspirée mais graphiquement impardonnable…
* * *
Pour apporter ma petite petite pierre au jardin de la clef: furusato “espace géographique et intérieur à jamais inaccessible car irrémédiablement perdu”. Dans un article du Courrier à propos de ces milliers de “déportés” de Fukushima…
Ah, thanx pour les petits cailloux toujours, toujours bienvenus ! Il s’agit du ‘mot de la semaine’ ? Je n’ai pas encore ouvert mon CI cette semaine (ai dû la mort dans l’âme interrompre l’abonnement, mais je crois que je vais craquer et reprendre… et tant pis pour l’invasion de papier), je pensais justement à cette rubrique que j’aime énormément ; dis donc, ce ‘furusato’ est sacrément bien trouvé et percutant… je dirais même bouleversant, avec ses accents nostalgiques, introspectifs et universels à la fois… Ce sentiment de perte, de deuil impossible, aussi poignant qu’il est autant réel que symbolique…
(Et alors non seulement je pensais, hier encore, à cette petite-mais-grande rubrique qui me manque déjà, mais en plus pour ne pas décider tout de suite de m’inscrire à des cours de japonais par correspondance, pour temporiser j’ai pris une petite méthode d’apprentissage, feuilletée à la nuit… oh pétard ça sent le gros défi, c’est d’une complexité :o) )