Hello people, il est 6h04 et je ne prescris pas de la bonne humeur mais de la lecture. Il faut lire ce blog. Pas le mien mais celui d’Alain de Halleux, nommé Message in a bottle – carnet de voyage / Fukushima : From the kids of Fukushima to the world. Je l’ai découvert il y a une heure, via un article listant implacablement les dix plus grosses aberrations récentes de la situation japonaise post-catastrophe (ou per-catastrophe puisque cela continue à brûler), qui a fait réagir plusieurs d’entre nous sur le rézosocio que vous savez.
Phase 1 // L’on peut commencer, plus bref et bourré d’infos que vous ne croiserez pas ailleurs, par l’article Que se passe-t-il au Japon sur le Blog de Fukushima, pour saisir un peu à quel point cela nous dépasse, si l’on ne l’a pas déjà lu et pris en pleine gueule.
Où l’on comprendra, entre mille nouvelles hallucinantes, cette histoire sinistre de bonne humeur.
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Phase 2 // Ensuite, je reprends ici le début de nos impressions, juste pour être dans la continuité, et parce que le Message en bouteille fait écho à plusieurs choses, mais c’est un tel prisme…
Alors voilà, mes copines et moi, on lit le truc et on dit ça :
(si les copines en question m’autorisent à CC leurs réponses, je pense qu’il n’y aura pas de souci m’enfin si jamais, tell me girlz, je ferai le tri souhaité)
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Fa — Dévastation. Inrésumable. Et sans voix, alors je fais passer le témoin avec mes mains.
Sur ce, je sèche le boulot (un luxe injuste) et je retourne à mes kanji, vissée à l’idée que les traductions peuvent sauver le mondes – elles -.
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Anne — Sciée par l’article, et par les décisions prises : éparpiller les déchets partout, gné? 0_o Quand au coup d’envoyer la bouffe contaminée dans le tiers monde… Et dire que pour le reste du monde, c’est bon c’est fini on en parle plus :(
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Lullaby — oO sciée aussi… et le monde entier après ça, qui continue de faire l’autruche à coup de non-le-nucléaire-n’est-pas-dangereux… j’en ai mal au coeur, mal au bide, mal partout
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Psyché — *essaye de comprendre comment on peut faire, en haut lieu, faire preuve d’une telle, criminelle inconscience*
*essaye de réaliser ce que ce doit être, en tous lieux, de vivre ou survivre avec les conséquences d’une telle inconscience*
*a le cerveau qui bloque, et le coeur retourné. Error System code.*
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Psyché again — … Et pendant ce temps-là, dans le reste du monde, le grand cirque continue. Je lis à la file ton lien, et celui de Nath’, sur une fuite radioactive d’origine inconnue. Mais touuuuut va bien, nous martèle-t-on en berceuse…
RFI – Europe : Emanations radioactives mystérieuses mais inoffensives
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Fa again, en mode tartine — @toutes : Oui… j’ai fait tourner tellement je n’arrivais pas à en croire mes yeux. En général, une ou deux aberrations par article remuant, ça fout déjà sa petite claque. Mais cette liste-là, ce chapelet d’énormités et de décisions surréalistes, c’est…
Pas de mots, à part recopier, dire et redire ce qu’on a du mal à lire tant c’est énorme… Combien d’aberrations : déplacer des déchets contaminés sur tout le pays, ouaip, et près d’une des zones les plus densément peuplées du monde ; faire passer un seuil de sécurité de 1 mB/L à 300, tac comme ça – comme quoi le mot sécurité ne veut effectivement rien dire – ; ne pas évacuer les enfants alors qu’on sait qu’ils sont encore plus sensibles aux radiations (!!!!!) ; arroser le tiers monde de denrées contaminées (putain ça, aussi) ; filer le fric public pendant que les actionnaires se gavent (avec cette phrase splendidement juste : ‘privatiser les profits, socialiser les pertes’, ou le résumé exhaustif de trois ans de crise mondiale et de trois siècles de capitalisme) ; et ça continue : les cendres, les concentrations qui montent encore ; et pour couronner le tout… PRESCRIRE DE LA BONNE HUMEUR.
Le fait de réaliser, très partiellement et très lentement, que ce pays – mais ç’aurait pu être un autre – que je commence à peine à découvrir, par sa culture et ses spécificités incroyables (géographiques, mystiques, culturelles donc, humaines, tout), en a pour des siècles avant de se relever de cette catastrophe sans nom… L’idée de la catastrophe sans fin, du noyau qui continue à brûler, à creuser, à irradier, comme une Etoile Noire terrestre que nous avons fait grossir encore et encore… oui, moi aussi ça me dévaste.
Et les échos, les ondes de ça (outre ces putains de particules qui traînent en ce moment sans qu’on veuille nous dire d’où elles sortent !) vont jusqu’à mon gros petit livre d’apprentissage des kanjis, que je grignote un peu, par une attraction magnétique difficilement maîtrisable pour cette langue et ce système d’écriture sur lequel je pourrais faire dix posts ; parce qu’en potassant mon truc, là, j’ai l’impression d’être Frodo traînant trois petites semaines en LothLorien, découvrant quasi trop tard un monde-trésor déjà en perdition, déjà * passé *, une excroissance spatiotemporelle merveilleuse au milieu du désastre, et conjuguant dans son coeur un amour immédiat pour la poésie, la beauté de ce monde, avec une mélancolie omniprésente, un sentiment de perte d’autant plus terrible. Je déboule, j’apprends mes trois idéogrammes, je déplie le sens et le code comme un origami, et vlam, les nouvelles du Japon que vous voyez.
Putain mais au moins, au minimum par respect pour les personnes et la terre qui subissent ce qui se passe, comment peut-on ne pas au moins reconnaître ça, comment peut-on OSER prescrire de la bonne humeur ???
(vous comprendrez que c’est sans doute mon statut de prescriptrice qui me fait réagir à ça en particulier. Mais même, même. Peu importe ce que je fais, d’où je viens, qui je suis. Pas de hiérarchie dans la douleur, ni dans les luttes, ni dans les regards ni dans les victimes, bientôt internationales apparemment.)
Bref. Je repense à peu près chaque jour à ces légendaires jardins japonais sur lesquels j’ai pondu mon mémoire. A leurs symboliques multiples, sur le visible et l’invisible… et aux invisibles particules qui contaminent toute cette splendeur minérale, désormais, et qui en font des endroits funestes.
(Je n’ai pas de bonne humeur pour conclure, non – mais je vais quand même voir les Carnets en question en fin d’article.)
Amaterasu ne voulut plus sortir de sa grotte….
Et bien parce que justement, en vertu de cette théorie, déjà, il faut absolument que ça sorte et crève la surface de l’écran et de l’eau des larmes, et puis, face à une telle contamination d’irradiations doublée d’une telle contamination de désinformation officielle et de désintérêt mondial progressif, il est fort besoin en miroir d’une contamination empathique en action. Comme le dit l’auteur du blog, rebaptisé Alan-san, il faut faire circuler le ki !!
Il connaît son sujet, mais surtout, il est bien fait et laisse en pleurs.
Il y explique la préparation de son film que je voudrai voir à tout prix, ainsi que son docu précédent RAS. Les rencontres avec les enfants, les ados, les adultes des zones parfois plus contaminées que Tchernobyl (…et toujours habitées, on n’a pas mécompris, c’est bien ça).
Il reprend un sentiment dont j’ai fait part à l’instant, avec la formule exacte jusque dans sa racine étymologique, parlant des jardins japonais, de Paradis perdu (OUI).
Il dit rapidos pourquoi il trouve, lui aussi, que ça craint salement si Hollande & consorts s’accrochent à cette horreur de nucléaire.
Il parle du shintoïsme, de la perte, évidente, clichesque, et réelle, de ce lien amoureux et respectueux à la Nature. De la ressemblance, sur le mythe, avec les Amérindiens qu’il a vus auparavant.
Il bute sur les verrouillages, les gens qui ne veulent pas parler, ceux qui disent ce qui pourrait faire plaisir, ceux qui militent, ceux qui restent, ceux qui s’en vont. La dame de 77 ans qui veut attendre 30 ans (donc ses 107 ans…) pour pouvoir retourner chez elle. Les fœtus qui ne tiennent pas (Grande Mère… n’écoute pas ça petit ange), les musicos reconvertis en physiciens citoyens, les dosimètres au cou des mômes.
C’est incroyable.
Point fondamental : il part du point de vue de l’enfance. Loin d’être une anecdote ou une pose, cette prise de position, ce choix thématique si l’on peut dire (bien que cela recouvre au final tous les thèmes), est essentielle. Parce que plus proches de la recherche de la vérité, parce que plus exposés, même sans la métaphore, exposés dans le réel. Parce qu’ils ne savent pas s’il seront ‘mariables’. Parce qu’ils ont malgré tout une vie à vivre. Parce que tout passe par là. Parce que, je cite, “il doit bien y avoir un peu de lumière dans ce tunnel si sombre“.
Phase céleste // Une dernière chose, je réalise aussi que mon image de l’Etoile Noire, sortie comme ça des profondeurs de l’insomnie et des consultations de gosses qui rêvent qu’ils sont Luke SkyWalker (en direct de hier), n’en est pas tellement une, d’image. Les étoiles, les vraies étoiles du vrai ciel qui nous transportent tant, ces petits luminaires de la poésie, les étoiles du poète sont des centrales nucléaires.
Noyaux en fusion, par milliards de milliards. Brûlant de toute éternité.
Même le divin Soleil est une centrale.
Et nous on fait de mini-étoiles sur la fine écorce de l’arbre-Terre. On se prend pour des dieux-Soleil. Et elles nous pètent à la gueule, elles trouent et tuent la membrane, et c’est un drame indescriptible – un crime imprescriptible.
(Même impression que dans Vegan heureux ou coléreux, tenez, finalement, je viens juste d’y penser, mais en plus clair et moins confus. Toutélié, encore et toujours)
N’oubliez pas les mises à jour du Réseau Sortir du Nucléaire, toujours au point.
Des tas d’autres liens sur le sujet, sur un gros billet d’automne – je ne désespère jamais, et tant pis si ce n’est qu’une énième… bouteille à la mer ^_^ -, Île de la Bonne Fortune, premier paragraphe.
Et enfin, encore d’autres liens (Basta, Pièces & Main d’Oeuvre, etc) et la carte mondiale des Tchernobyl sous-marins dans un billet du printemps, J’ai mis dans ma valise.
* Extrait – Message in a bottle / Carnet de Fukushima *.みどりごの実桜拾ふセシウムも.Mon bébé ramasse
Des cerises de sakura
Au césium..



Damned, j’ai oublié cette référence indispensable et pour 5,35 euros seulement !
“Nucléaire, c’est par où la sortie ?” – les dossiers du Canard enchaîné – en vente partout – bilan complet de l’historique & situation en France, qui n’y est pas pour rien dans tout ça :
Couverture repêchée chez un écolo breton : Les bouquins de Phil
EDIT… pardon, vosgien, toutes mes excuses !! ^^”
Bouteille ramassée, ouverte, message reçu en plein cœur.
« Je ne supporte pas que les autorités nous considère comme des enfants, incapables de comprendre. C’est un manque de respect. Il faut informer les gens qui dès lors peuvent décider de leur destin en tout état de cause. Certains parents refusent d’informer leurs enfants. Parfois parce qu’ils ne sont tout simplement pas au courant eux-mêmes, mais souvent parce qu’ils croient que les enfants ne peuvent comprendre. C’est une erreur. Les enfants comprennent. »
Oui, ils comprennent, pour peu qu’on leur explique…
J’ai bien aimé la nécessité du retour aux éléments, à la nature, au vent… même si cette leçon de l’atome est bien cher payée.
Merci pour le lien,
Je ne verrai plus jamais les bulles pareil désormais…
“Oui, ils comprennent, pour peu qu’on leur explique… ”
Oh que oui, pas mieux, bien dit. Je trouve aussi que la leçon est cher payée (je me disais tantôt que j’espérais quand même que cette leçon-là, au moins, aurait une chance d’être entendue par les générations ultérieures, vu la gravité du truc)
Plein de bises en plein coeur, à tout vite :)
Lu ce billet, parcouru la bouteille dans les grandes lignes, guetterai ce documentaire et jetterai un oeil au précédents. Mais. Pas vraiment le coeur de poursuivre la lecture ce soir parce que simplement je ne comprends pas. Comment est-ce possible ? Comment on peut *vouloir* aveugler la population, la mettre consciemment en danger. QU’est-ce qu’ils en retirent ? Du pourquoi en tout les sens. Même en ayant conscience qu’ils existent ces gens, ces regs, ces corps qui ont pourris de l’intérieur, je ne les comprends pas (et souhaite ne jamais en être capable) et je ne comprends pas.
Hey Will,
oui, même sentiment, même “mais”, mêmes “pourquoi” en boucle ici aussi.
Je nous souhaite à tous de ne jamais être capables, effectivement, de les comprendre… et je comprends par contre que c’est un peu duraille de tout lire d’un coup, c’est un gros morceau à avaler, non pas question longueur mais question dureté, et hallucinations à tous les étages.
Je ne sais pas comment c’est possible. On a les mêmes questions. L’aveuglement programmé, sciemment, et tout, alors qu’on fait tout pour contrer les systèmes paranoïaques servant les pires regs de la planète, voilà que ce truc entièrement fou arrive là comme ça. Et on croit être habitué-e à tant de choses, ne plus s’étonner de rien, et puis voilà…
Il est courageux ce gars, ce militant, de faire ce reportage. A la fois pour rétablir un peu de vérité – y en a besoin, on aura compris – et à la fois pour traverser ces rencontres et les transmettre, en faire quelque chose de constructif. C’est une belle démarche, on aurait aimé que l’événement qui en est à l’origine n’eût pas lieu, mais voilà, ça a eu lieu, et c’est bien de pouvoir aboutir à un travail de témoignage et pas seulement à ce sentiment écrasant d’absurdité et d’impuissance.
Thx de ton passage et de tes mots. Je guetterai le docu également, et je vais tenter de voir celui de 2006, R.A.S. en attendant !
Lu ton billet en diagonale ce matin avant de partir au boulot. Tout le long du trajet, ça n’arrêtait pas de tourner dans ma tête. Surtout que, faisant le trajet à pied, et quand je ne suis pas dans la lune, j’aime à contempler la Loire (mais elle est tellement basse depuis mai que ça me rend toute triste… ça me fait peur, même de la voir comme ça, presque agonisante. N’était les canards et cormorans, et parfois les corneilles, je m’affolerai davantage. J’espère qu’elle retrouvera un peu d’eau!), les arbres… et ce matin, donc, je les regardais, et je regardais aussi le ballet des voitures, des camions, les travaux. Et je pensais au lien que tu as posté sur FB, qui m’avais fait *mal*, à ton billet lu en diagonale ce matin, qui m’avait toute retournée.
Le monde n’est-il constitué que d’autruches au pouvoir ? Pourquoi, mais pourquoi s’obstiner, s’enferrer dans des systèmes et des mensonges qui enflent et un jour nous péteront à la tête ? Je me demandais aussi, en croisant de jeunes lycéennes insouciantes habillées à la dernière mode, talons hauts & cie, si la jeune génération avait conscience que les choses devaient bouger, qu’il fallait qu’elles bougent, ou si la “déculturation” ambiante portait malheureusement ses fruits amers ? (je mets le terme entre parenthèses, n’étant pas sûr que ce soit le bon mot) Du coup mes pensées ont rebondi à mardi midi, où en allant à la Poste, attendant que le petit bonhomme passe au vert, la petite jeune fille à côté de moi croise un type. Ils se connaissent “bonjour”, bise, et pouf c’est tout – communication terminée. Les 2 se connaissent, ont l’air bien camarades, sont toujours côte à côte. Mais chacun consulte son portable, fait joujou avec un I-machin dernier cri. Et moi de me dire “mais où est passé le lien “humain”, le vrai ?”. Et j’y repensai ce matin. Où est passé ce lien entre les êtres ? Et si nous sommes si coupés les uns des autres, ne serait-ce pas aussi conséquence du fait que nous nous sommes tant éloignés de la Terre, des êtres qui la peuplent ?
J’ai pensé à tout ça – en 20 minutes à pied, je dois dire qu’un tas de réflexions m’ont traversé l’esprit. Je balance tout ça ici en brut, par contre… mais ton billet a mis toute cette chaîne en branle, je me dis que ça peut t”intéresser.
Je me demandais qu’est-ce qui avait pu faire qu’on en soit arrivés à ce point là. A ce point déconnectés les uns des autres, à ce point déconnectés de la Terre dont nous sommes nés, il y fort bien longtemps (cette petite cellule, là), à ce point déconnectés de la Réalité. La réalité qui y est qu’on a oublié la sagesse de nos anciens, celle de ces peuples dits “premiers” qui se battent pour conserver leur culture dans un monde devenu auto-destructeur. Nous nous auto-détruisons. Sommes-nous donc fous?
(petite précision au passage : je dis “nous” pour englober, pas pour mettre quiconque en particulier dedans. Mais je préfère éviter le “on” impersonnel – mon homme a pointé avec justesse le vide et l’impersonnalité de ce terme, et je partage sa pensée – ou le “ils” accusateurs. Après tout, j’ai aussi été dans cette déconnection. Et même tous yeux ouverts, il m’arrive encore de faire des erreurs. bref, c’était pour clarifier un peu la chose).
Et puis, après ce bilan pessimiste où je me disais que le monde avait besoin non pas d’une révolution (comme j’y avais pensé il y a quelques jours après le fameux Non des députés pour mettre la main à la poche en ces temps de crises, où le “Ils n’ont plus de pain? Qu’ils mangent de la brioche!” et une certaine monarchie renversée par la populace m’a traversé l’esprit…). Non. Le monde a besoin d’une Evolution. Un vrai changement, un bouleversement. Du système, des habitudes, de la société. Une évolution vers l’avant.
Et j’ai pensé aux Indignés, enragé d’être trop loin de Paris, ayant envie de me téléporter à la Défense pour brandir moi aussi pancartes et envie d’un monde meilleur.
Car ce matin, je suis arrivé finalement à la porte du boulot dans un tel état de tristesse… ravagée de voir le monde partir à vau-l’eau. De voir ces gouvernements faire n’importe quoi, le fric dominer tout et engloutir toute vie pour satisfaire sa propre gloutonnerie…
J’ai repensé aussi à toi, à Hélène, à tous ceux qui se battent. ça m’a réchauffé le coeur. j’ai repensé à ces peuples qui se battent, eux aussi. A ce reportage vu récemment sur les Lolos noirs viêtnamiens, dont la communauté est si soudée que les portes sont en permanence ouvertes.
Et puis… comme un écho à tout cela, je me suis retrouvée à papoter avec une collègue. Qui a abordé ces sujets là (enfin pas *tous* les mêmes, mais le problème de l’argent dominateur, le problème nucléaire, etc). Ce n’est pas vraiment moi qui l’ait amorcée, cette discussion, mais nous avons discuté pas mal. Et il se trouve qu’elle aussi veut ce changement, cette évolution. Elle aussi n’en peux plus de cet état de fait.
Alors je me suis dit que, peut-être, il y avait beaucoup plus de gens en quête d’évolution que je le pensais et que peut-être, en 2012, ils allaient faire entendre leur voix.
Me voici donc, ce soir, avec le temps de lire à fond ton billet et le Carnet d’Alain le Halleux. Les larmes ont pointé aussi, chez moi. Devant ce témoignage sur le vif, témoignages mutliples. Celui de cet homme parti à la rencontre des Japonais. Ceux de toutes ces personnes. Un carnet où l’Humain affleure à chaque ligne. Oui, j’ai pleuré devant ces citoyens devenus scientifiques pour aider leur communauté. J’ai aussi secoué la tête, affligée, devant les idées reçues, les mensonges du gouvernement.
Et après avoir déballé tout mon ressenti ici, je ne sais pas trop comment conclure…
si ce n’est qu’entre affliction devant le désastre et espoir lumineux devant tous ces hommes et toutes ces femmes (surtout les femmes, au Japon, apparemment) qui se redressent, qui veulent une Evolution. Et une évolution dans le bon sens.
Et retrouver le sens de la Vie. Ne plus jouer aux apprentis-sorciers, tout gonflés d’orgueil et d’illusion de toute-puissance. Mickey, pourtant, tout bourré de fric qu’il est, avait bien montré ce qu’en était le résultat. Quelle ironie !
Retrouver le Lien. Le vrai.
J’en rêve. J’en rêve comme rêvais Saint-Exupéry, mon maître à penser. (je pense me relire très bientôt Terre des hommes, du coup.) Il avait déjà tout compris “Pourquoi nous haïr ? Nous sommes solidaires, emportés par la même planète, équipage d’un même navire” – oui, et équipage d’un *seul* navire. Si la Terre coule, nous coulons avec.
Pourquoi tant de gens se refusent-ils à le voir ?
Enfin… je vais clore là ce long commentaire qui fait un peu “journal perso”, j’espère que ça ne te dérangera pas… (je ne le pense pas, mais ça me fait drôle d’exprimer comme ça sur la Toile des pensées comme celles-ci).
Bises pleines de rêves et d’espoir, à toi, aux Indignés, aux arbres qui jalonnent mon chemin du matin, plantés près du béton, aux oiseaux au vol gracieux, à toutes les petites lumières non-nucléaires qui parcourent la Terre, qu’elles soient bipèdes ou pas, animales ou végétales.
Lulla
Hey Mag’,
Thanx pour tes pensée ! Et tu sais, justement, en parlant de ce lien humain trop perdu dans nos sociétés… c’est *aussi*, et pas qu’un peu, pour ça qu’on est là, planté dans les terres hostiles de La Défense comme une bande de ‘mauvaises’ herbes, bref de plantes sauvages. Pour ça qu’on se mange une réputation de bisounours et de hippies à force de se couvrir le corps de petits coeurs. Pour ça que j’ai vu, au petit matin, un indigné courir après un cadre à cravate pressé-stressé, pour le prévenir qu’il avait perdu quelque chose, qu’il avait perdu son sourire (et c’est con, hein, mais avec cette blague ben le mec il l’a retrouvé, le sourire, l’espace d’un instant…) Les premières fois que j’ai quitté le camp pour aller au boulot, j’ai eu froid dans le métro. Y avait une telle chaleur humaine, une telle attention à l’autre au sein du campement, que je me suis sentie toute paumée dans la masse des visages indifférents, ou en tout cas fermés, blindés contre l’effraction de l’Autre dans les espaces personnels réduits à peau de chagrin. De chagrin, ah oui.
Comme chante la miss Arkana (dont les songs s’entendent beaucoup à La Défense, ces temps-ci, une grande première sans doute pour les tours d’Areva, EDF & co), on doit prendre les chemins du retour, redevenir humains, et même au-delà… retrouver notre place d’Earthlings, en lien avec le tout !
Des bises, et un salut à la Loire, ce beau fleuve tellement résistant à la domestication, et que j’aime tant aussi ! :))
(Je n’ai jamais que dix jours de bourre pour te répondre ^^”)
Bien sûr que ça ne me dérange pas, ton long & beautiful commentaire, au contraire ! Je passe si souvent par de tels moments similaires à ceux que tu décris, je ne peux que tout laisser grand ouvert, les mains, la page, les oreilles, enfn tout quoi.
Très en accord avec le terme d’évolution, peut-être pas si loin finalement du sens initial de révolution (cyclique, comme la révolution terrestre annuelle), de retour non pas à la bougie (les idiots…) mais à une conscience de soi, du soi individuel mais surtout, surtout, collectif et planétaire.
(Et me suis fait la même remarque du collage ultra-adhésif au portable des petits djeunz que nous ne sommes plus, c’est un véritable doudou et un objet de dépendance assez dingue… tu me diras, je te dis ça depuis mon écran vers le tien, hein. Mais le rapport des ados au portable va encore plus loin, la connexion ne s’interrompt jamais, j’en ai qui ne parviennent pas à ne pas regarder/envoyer des textos en pleine consult…)
Je ne sais pas plus que toi comment on en est arrivés là… mais je constate au quotidien que j’ai encore mes propres lâchetés, mon confort occidental, mes machines qui tournent à l’uranium du Niger et au vampirisme d’Areva, dénoncé mais financé et utilisé par nous autres…
(Hier on s’est aperçus que deux visseuses pro commandées par ma grande moitié ont été monées en Malaisie… et il ne trouve aucun modèle équivalent fabriqué dans des conditions décentes, etc. Tout est à l’avenant)
Un seul navire, oui. Et un grand aveuglement qui se pérennise, malgré notre incompréhension croissante. D’autant que cette reconnexion nécessaire pour la survie de tous et de tout (la reconnexion au monde réel assortie d’une certaine déconnexion de ce monde virtuel aux bases posées sur des idéologies tout aussi virtuelles, comme la croissance infinie, etc, tu auras compris), partout sur la planète des gens la réclament ! N’importe quel peuple premier interrogé (ou qu’on se donne la peine d’écouter cinq minutes) fait actuellement le même constat : perte du sacré de la nature, perte du sens, les ‘petits frères’ comme disent les indiens Kogi, qui marchent sur la tête, suicide collectif insu de lui-même…
Oui on est super nombreux en fait. A ne pas être satisfaits de cette ruée vers le gouffre, à vouloir le changement, à chercher à le provoquer parfois, que ce soit par le choix du contenu de son assiette ou de la dureté de son lit (dédicace @Occupy girl ;) ), à se croire un peu tout seuls, un peu isolés dans une masse ignare et enflée de son égoïsme… et puis à se rendre compte peu à peu que NON on n’est pas seuls, et OUI c’est dans notre intérêt à tous (à tous les 99%, tiens, précisément), et que le fatalisme, le cynisme, cette connerie ultime de ‘rire de tout’ pour de fausses raisons de liberté – la liberté c’est pas de plomber les autres, bordel – et de vraies raisons de haine clivante, enfin toutes ces armes psychiques modernes sont désamorcées, vidées, inefficaces dès qu’on réalise leur source ainsi que leur objectif : le maintien du système inégalitaire actuel.
Ne pas se décourager, donc, jamais. ça ça fait partie des armes, des outils de propagande, utilisés pour maintenir les riches en haut et les autres dans la merde, l’atome, l’amiante. (pinaise, ai vu ce reportage sur l’amiante sur arte+7, bien horrible, ça, aussi, de continuer à refourguer cette merde ultratoxique aux pays pauvres, avec 100 000 morts par an… chaque année…) Le découragement, le fatalisme, la peur, et leur corollaire défensif, le cynisme, le ricanement, la projection paranoïaque… si on cède à ça, on est foutus.
Mais il faut avouer que ça n’y va pas de main morte ! Je parcours en ce moment un blog d’un français vivant au Japon depuis plusieurs années (avec un journal, du texte, une belle photographie) et qu’il dit dans son dernier billet de la désinformation est assez dingue (http://madjidbenchikh.fr/?p=3703).
Bon, je fais long aussi, difficile de boucler la chose en trois lignes… :)
Je ne puis conclure, tu t’en doutes, mais j’achève juste sur le sentiment persistant qu’à mes yeux, la meilleure façon d’appuyer dans le sens du changement, c’est, je radote un peu, vraiment de changer soi-même, et de ne pas vivre dans la peur. Ne pas avoir peur de partager ce qu’on vit, ce qu’on ressent, ce dont on doute, ce qui nous terrasse, ce qui nous donne espoir – ne pas avoir honte de ses opinions, ne pas se taire, ne pas se rasseoir, quoi. Echanger non pas pour convaincre (là réside un point bien décourageant, et rageant, justement, je m’y suis bien brûlé les doigts, de constater que des mois et des années passées à porter le gueuloir en bandoulière, à montrer et démontrer, à longueur de phrases, de blogs, de liens, de discussions enflammées, de manif à se les geler, de tombereaux de pétitions, toutes ces années ne font pas preuve d’une grande efficacité. Je sais bien que de ce point on débouche directement sur la Théorie des Etoiles de Mer, une personne éveillée pour cent indifférents, etc, théorie bien développée et aimée en ces lieux ^_^, mais ce n’est pas ça que je veux dire, même si ça reste bien sûr très vrai.
Ce que je veux dire c’est que je crois de moins en moins que le changement passe par le discours. Ce dernier reste indispensable, évidemment (sinon comment on saurait que 1-c’est la merde intégrale et que 2-on n’est pas seuls à le voir et le déplorer et 3-on pourrait faire kèkchose). Mais juste à l’état de discours, je peux le dire de ma petite expérience personnelle, c’est vraiment peu efficace, alors qu’à l’état d’exemple…
On m’a déjà reproché, il y a quelques années, l’idée que cette histoire d’exemplarité avait des échos religieux, limite. Peut-être, oui, ou pas. En fait je m’en fous bien. Et puis je me dis que ce n’est quand même pas un hasard si des millénaires de religions diverses et variées ont utilisé l’outil de l’exemplarité – dans la théorie sinon toujours dans la pratique, bien sûr -, si ça n’avait pas été efficace. OK ils ont aussi utilisé les armes évoquées ci-dessus, mais pas seulement. Bon là je pars dans un sujet très vaste ^_^)
Alors pour concluredeconclure, je vais te dire Mag, ce qui pourrait me décourager en ce moment, c’est de constater à quel point les actes ne suivent pas les discours. Pour caricaturer, à peu près tout le monde est horrifié par la catastrophe de Fukushima. Et à peu près personne n’est prêt à changer de vie.
Arrêter les massacres industriels, OK, mais modifier considérablement son mode de vie, non, ça marche tellement peu, tellement pas. Moi c’est ça qui me tue, ces temps-ci. Tu vois, on parlait toutes les deux cosméto home-made, récemment ; tu connais le sujet. Et bien depuis des lustres que je tanne tout le monde avec la merde pétrolière qu’il y a dans les produits cosmétiques, j’en arrive au point où les interlocuteurs, proches et de bonne volonté en plus, généralement, sont entièrement d’accord avec mon discours… et continuent d’acheter ces merdes toxiques.
De financer ces pourritures. De tomber dans le piège du greenwashing. Parfois de se réclamer d’un mouvement progressiste, au sens petit à petit, mais alors si on attend d’être prêts, ou de bonne humeur, ou illuminés par un rayon divin, pour faire ces choix cruciaux, on arrivera trop tard, non ?
(Je ne parle même pas de l’argument de ‘faire des économies’ car comme tu le sais, le home-made, le recyclable, le lavable, le en vrac et le bio, tout ça bien mené fait en fait réaliser de nettes économies !)
Le conditionnement est puissant, et visiblement le fait de mettre sous les yeux la structure du conditionnement, de montrer par a+b que c’est une impasse mortifère, ça continue à bloquer.
Je ne parle pas des choix (pourtant c’est au bout du raisonnement, mais restons-en là) qui imposeraient de changer de logement ou de métier, ça va souvent ensemble d’ailleurs. Je parle des choix tout basiques, tout bêtes, qui consistent à acheter un produit propre plutôt qu’un produit crade, pour un prix équivalent. Ou à le faire soi-même, ou à se poser la question de savoir si on pourrait s’en passer, par exemple. Alors bon, bref, vu l’ampleur du blocage autour de moi – après l’on comprend mal que je m’énerve sur des situations de vie quotidienne, mais j’ai vraiment l’impression de hurler dans le vide depuis des années, desfois -, pour ne pas baisser les bras je garde en cap ce truc d’exemplarité. Loin d’être exemplaire je suis, mais disons que j’y tends, vraiment.
ça paraît loin du nucléaire tout ça, mais en fait on est dans la même discussion, hein :)
Allez je vais ouvrir au chat ;)
Plein de bises et de pensées forestières, miss Libellule, surtout n’hésite jamais à te lâcher de la sorte et à le partager, c’est un véritable baume, et une flamme, de lire des comm’ comme ça, tu sais. De sentir la bascule, le regard empathe, d’entendre le cliquetis du puzzle qui s’est mis en place, de t’entendre décrire ton feeling de, comment dire, du sentiment de la totalité ? Peut-être, oui. On en veut encore :)
(ne t’excuses pas pour le retard, ton mail est encore en attente de réponse depuis si longtemps que j’en rougis de honte ^^” puis bon, je sais bien que le Temps n’en fait qu’à sa tête ;))
Bien d’accord avec toi, une évolution sans pour autant retourner en arrière, mais (pour te paraphraser) une évolution vers l’avant, vers l’Autre, vers une conscience “globale” (au sens totale, du tout-est-lié, absolument pas au sens économique du terme, bien sûr !).
Et d’accord avec tout le reste, aussi !!
Je ne te comprends que trop bien pour ce qui est de l’importance de l’acte – de l’exemple. Le discours est important, l’exemple aussi. J’ai pu le voir à quelques occasions.
Et je te comprends aussi pour le décalage discours/actes si décourageant… je ne vais pas reprendre tout ce que tu as dit, mais c’est tout à fait ça! Comme un conditionnement, un truc qui fait que devenir consomm’acteur ne se fait pas ou trop lentement. Pourquoi parfois, le retrait des oeillères fait tout changer (en actes comme en discours), et pourquoi dans de nombreux autres cas, ça ne fait aucun effet ?
Je ne saurai l’expliquer.
L’exemple, comme tu le dis, saura peut-être déjouer ce piège du “conditionnement”. Je l’espère fort, en tout cas ! Mais quand je vois que petit à petit, apparaissent ici, une nouvelle boutique de cosmétiques bio (sans green-marketing dedans, du vrai bio! Avec une toute petite étagère d’HV toutes simples, je m’y fournit juste pour encourager la commerçante), là dans un hyper le rayon bio qui prend de plus en plus de place (bon, faut encore lire les étiquettes, de l’huile de palme se cache parfois sournoisement dedans…), ou encore les nombreux achats de livres sensibilisants à la question (du nucléaire, de l’industrie agroalimentaire, du home made naturel, etc) qui se font à la BM (c’est pas moi!! c’est les collègues qui les ont pris), et qui sont lus par des gens, je me dis que les graines sont lancées. Reste plus qu’elles ne germent, pour de bon, dans les actes de gens.
Sur cette petite conclusion pleine d’espoir, plein de bises des bords de Loire !
Hey,
un gros merci pour ton § plein d’exemples reboostants et de ton regard positif – mais pas aveuglé. Ton image est la bonne, les graines sont lancées, c’est vrai :)))
(tiens, je viens de retrouver la fin de la citation de Saint-Ex’, qui rebondit bien sur le Lien, mais aussi sur l’échange & l’enrichissement mutuel via les différences, sur le respect de l’autre : “Et s’il est bon que des civilisations s’opposent pour favoriser des synthèses nouvelles, il est monstrueux qu’elles s’entredévorent.”
bises en échos)
(Et un grand merci pour cette citation sublime :)))
Ma PAL en gémit sous le poids, mais St-Ex est dans mes ‘à lire à tout prix’ !)
Petit conseil si tu démarre par “Citadelle” : à lire par petits bouts ;) Chaque paragraphe (ou presque) prête à réflexion, à méditer. C’est une suite de pensées d’un même narrateur. “Terre des hommes” suit une sorte de fil rouge, a une histoire, même si ici et là de petites réflexions comme celle citée ici se glissent. Il est plus digeste à avaler d’une traite que Citadelle, qui lui doit se déguster à petites bouchées ! ^^
(et je ne sais pourquoi, en matière de lecture, les métaphores culinaires s’en viennent si facilement… dans le même temps, c’est une sorte de nourriture de l’esprit ! ^^)
OK c’est bien noté ! J’ai hâte de reredéfaire les piles en vrac de bouquins éparpillés (ou plutôt ultracompressés) pour les ranger bientôt, et avec la joie des collectionnites, dans une bibli digne de ce nom, et de remettre la main sur cette Citadelle que je mettrai en haut de la PAL ! Je crois que j’ai les deux, mais là bien sûr, c’est un peu impossible de vérifier sans démonter la maison ^_^
…
Ce haiku est terrible. Il dit tout. La beauté contaminée et pourtant persistante, l’enfance menacée et pourtant vivante, la douleur et l’inquiétude d’un parent démuni d’un monde meilleur à offrir…
Terrible.
L’enfance. Yes. Il fallait le faire ce docu, c’est l’intelligence du coeur qui s’exprime là.
Suis en train de lire Howard Zinn, tu sais. L’Histoire populaire des EU. Il pose une question toute simple au début, jamais assez posée pourtant : comment, mais *comment*, peut-on louer, légitimement, le progrès, en passant par pertes et profits, pertes surtout, vues comme un mal nécessaire, les gens qu’il a broyés sur son passage ? Est-ce que ce ne serait pas à ces gens seuls d’en juger, et de décider si leur sacrifice vaut le coup ? Il parlait là des Amérindiens qui ont tant souffert dès l’arrivée de Christophe Colomb (et la position dominante chez les historiens, de dire juste au passage que ouaip, c’est moche, mais bon, la naissance des Etats-Unis, quoi, wouhou ! ><), et de tous les vaincus de l'Histoire, mais voilà…
Les enfants, donc. Encore un point de vue souvent oublié lors des événements historiques, à part s'il faut une photo choc pour tabloïds avides. Tu t'en souviens maybe, j'avais déjà été complétement retournée par une vidéo de road trip dans les territoires désertés de Fukushima, questionnant le sort des animaux abandonnés. Parce que tout ça leur tombe dessus, comme tous les événements humains qui bouleversent la planète, et qu'ils ne peuvent que le subir. Me disais alors que la terre du nucléaire, c'est pire qu'un no man's land, un no earthling's land. Et pourtant, la vie y poursuit son cours…
Et les enfants, alors. Pas le coeur de brasser tout ce qui m'a touchée, dans ce reportage. Tout. Tous, à leur manière individuelle. La colère, la perte de repères face à la dissolution des liens sociaux, la maturité soudaine… Echos rapides d'un autre bouquin, La saison de la colère, de Claude Ecken, qui dit justement les sentiments d'un ado grandi dans un monde post-catastrophe climatique, une Camargue partiellement sous les eaux, et en révolte contre ces adultes dont l'inconscience passée l'oblige à vivre comme il vit. A payer le prix de conneries qui ne furent pas accomplies de son temps.
L'enfance. J'essaye d'imaginer quel sera leur paysage, extérieur, intérieur.
Je compare, un peu, avec ma propre enfance au paysage dominé par les tours d'une centrale, même sans danger sensible. Les questions, que je n'ai pas souvenir d'avoir jamais formulées, pourtant présentes. La position (que je t'avais racontée) tournée non vers les adultes, mais vers les animaux, dans l'idée que *eux* sauraient identifier le danger bien avant que les humains n'émergent de leur train-train et réagissent. Et un autre truc, une terreur, ressurgie à la lecture des lignes du reportage sur l'invisible, la menace que nos sens ne peuvent pas percevoir, contre laquelle notre corps ne peut nous préparer : j'ai toujours dormi dans un lit en hauteur, mon perchoir, mon refuge, accessible aux seuls chats et à moi-même. Pendant très longtemps, il y eut des matins où je n'osais pas poser le pied par terre, descendre le dernier barreau de l'échelle : j'avais lu une bd où des personnages traversent une étendue désertique dont le sol est chargé de composants qui transforment tout en sel, et les gens ainsi se statufient progressivement. Ce truc me *terrifiait* positivement, et je restais dans mon lit un bout de temps, à me demander si le sol au pied du lit était sûr. Je pense aux enfants de Fukushima à la mesure de cette terreur personnelle d'enfance, à la mutation de la peur en leur psyché, autre effet de l'atome… Argh.
Toutes les semaines, mes pensées s'envolent vers le Japon. Quand je fais mes courses, méditation toujours devant le rayon des produits japonais, devant lequel poussa, terrible excroissance, une carte comparant zones contaminées et origine des produits proposés à l'achat, et un fascicule d'information sur les tests de contrôle des aliments. Ce n'est qu'un petit bout de rayon, j'ai le choix, moi, pour l'instant, d'acheter autre chose – et mes pensées volent vers ceux qui ne l'ont pas, ce choix, ceux qui se balladent avec des instruments de mesure autour du cou, ceux qui se ruinent à importer des produits pour pouvoir veiller à la santé de leurs enfants.
… Pas de conclusion (… comment conclure, avec toutes ces blessures encore ouvertes, tous ces coeurs en fusion ou fission…) Une fleur de cerisier, en ultime pensée…
Vais lire Zinn, aussi, c’est décidé. (et vais étayer la PAL en conséquence) ‘Une histoire populaire des Etats-Unis’, donc, dont tu parles et qui promet d’être aussi ‘pilier’ que dévastatrice, et aussi ‘La bombe, de l’inutilité des bombardements’, référence que je viens de retrouver en triant tous mes journaux, dans une chro élogieuse du Caneton, et tu sais, qui me fait beaucoupbeaucoup penser à Mike Davis, tu te souviens…
Oui je me souviens de ce choc face aux bêtes sacrifiées, c’était ça hein : http://psychopompe.wordpress.com/2011/06/25/no-earthlings-land/
…N’ai pas pu tout voir, d’ailleurs, les petites lâchetés se cachent là aussi, dans les paupières qui se ferment par réflexe, les survols de titres d’articles que l’on pressent trop durs…
Je disais ce matin à Mag’ mon retournement de la veille sur ce blog parlant de la désinformation… (j’ai mis le lien juste au-dessus).
Il n’y a pas que ça.
(Pardon c’est encore plus plombant mais il faut bien le dire) Il y a que les deux hypothèses des scientifiques, à l’heure actuelle, sur les risques du noyau toujours en fusion, sont… bon, je ne cherche pas de superlatifs, voilà : première possibilité, que le noyau continue à fondre, à s’enfoncer – il a déjà traversé la cuve selon toute probabilité – et pollue la nappe phréatique souterraine, d’où une pollution massive des océans. Déjà c’est pas glorieux. La seconde est le risque, dont je ne soupçonnais même pas l’éventualité jusque là, d’une réaction nucléaire dans la nappe… ce qui donnerait une explosion, dixit, qui équivaudrait à 50 ou 80 fois Hiroshima ; qui détacherait le littoral ; qui provoquerait un tsunami d’une force telle qu’il traverserait le Pacifique.
Et j’ai oublié le reste, ainsi que la partie la plus technique de l’explication. Je suis restée sur ça. Sur cette hypothèse ‘la plus dure’. Et m’extrayant de la fascination funèbre pour le vide, le trou, si happante, je ne peux que couper court à toute tentative de m’expliquer, via la radio ou n’importe quel média voire élection, que le nucléaire c’est pas si mal, que la bougie, que les emplois gnagnagna. Non, il faut stopper, c’est tout. C’est tout.
Ah, je pense aussi aux denrées japonaises en faisant les courses ! Aux Japonais qui achètent du riz chinois, parce que non contaminé, aux algues inconsommables pendant combien de temps, etc.
Oui il est beau ce haiku, beau et terrible, tu as complètement raison. J’y repense très souvent, il me fait monter les larmes aux yeux, ce bébé c’est tous les bébés, cette enfance ce sont toutes les enfances, et ceci est un crime impardonnable. On voudrait la justice – et la réparation de ces dégâts sans nom.
(Bordel, et à propos de bébés, on n’a même pas le temps ni la force de digérer ces infos écrasantes sur la santé future des bébés japonais, qu’on se prend dans la tête coup sur coup, blam, le doublon de l’enquête de Nicolino sur les biberons désinfectés à l’oxyde d’éthylène (gaz moutarde) depuis des décennies dans les maternités françaises, et reblam l’info sur les jouets pour bébés remplis de phtalates – interdits – ou de leurs substituts – pas encore interdits puisque jamais évalués -, à la transformation en nitrosamines au contact de la salive (!!), et moi je repense à la célèbre Sophie la Girafe, que j’ai eue, que ma sister a eue, que mon elfe-nièce a je crois bien, et que l’elfe en route aurait failli avoir dans peu de temps si je n’avais pas lu ça… Cernés de toutes parts, et après (ou plutôt juste avant) je me suis prise quelques réflexions sur les cadeaux en plastique, en pas bio, en polaire, etc, que je serais ‘bien obligée d’utiliser’ vu leur statut de cadeaux ! Je résiste intensément à la tentation de caqueter écékikavaitraison…)
Vu aussi cette enquête partagée sur Planète sans Visa, avec la réflexion qu’il nous mettait là sous le nez le signe, éclatant et écoeurant, qu’on avait dans nos sociétés perdu tout sens, je ne dis même plus d’éthique parce qu’on a bien compris que celle-là était passée dans la colonne pertes du bilan capitaliste, mais tout sens commun, parce que bon zeus, quelle espèce, quel peuple irait empoisonner sciemment *ses propres petits* ??
Faut vraiment remettre les pieds sur terre, là, ou sinon la reconnection au monde se fera sur le mode du big crash.
C’est bien la sensation que tu décris, on est cernés. L’air, l’eau, la terre, les matières, les aliments, partout le constat, et sinon le soupçon, de pollution, contamination, empoisonnement. On parlait du casse-tête de l’alimentation en Japon, et il y a peu voilà que le CI balance un autre pavé dans la mare frelatée (dans la marre, ai-je d’abord tapé), avec un dossier sur les scandales alimentaires à répétition en Chine, et une carte du littoral où l’on voit qu’il n’y a plus, sur cette pauvre côte, plus un seul coin réellement préservé, sûr, sain. Et je repensais à ce que disait ce sacré perso que devait être Edward Abbey, dans Désert solitaire – il parlait de l’eau et des rivières, mais ça s’étend, en continuité, à la terre et à l’air :
“En tout état de cause, lorsqu’un homme ne peut que craindre de boire l’eau des rivières et torrents de son pays, alors ce pays ne vaut plus qu’on y vive. Il est temps de partir, de trouver un autre pays ou – au nom de Jefferson – de *faire* un autre pays.”
(comme ça peut s’étend, aussi, d’un pays à la terre entière, avec cette différence qu’on ne peut partir et changer de planète. Temps donc de faire un autre monde.)
(et je vois bien la réflexion sur les cadeaux empoisonnés – expression qui prend tout son sens, là – entre autres résonances particulières, et particulièrement touchantes, de ces infos sur les courbes actuelles de ta route. Y a bien des choses à changer, là aussi, des conventions à gommer, se libérer de la pression sociale du cadeau, et revenir, peut-être, à la vraie valeur du don, et à l’intelligence du coeur. Sacré chemin, encore – et sacré bout de chemin.)
(Pardon je suis toujours à la course derrière mes petits onglets…)
(D’ailleurs je ne te vois plus sur mon sonar, comme dirait l’autre, j’espère que tout va bien et que tu es soit en train de mettre le feu à un certain parvis soit en train de réchauffer la flamme en excursion human mode :) )
Rien à ajouter, en fait, juste pour dire que ‘faire un autre monde’, oui, l’expression s’incruste exactement dans le puzzle. Y a du boulot, oui je suis d’accord ! Mais aussi de belles avancées, comme celle de cette semaine où des militants de Greenpeace sont entrés tranquillou dans deux centrales… une bonne claque, ça, hein, pour les autorités, pour EDF, pour les perroquets du césécurizéeuh, et tout. Je voyais l’asso avec réserve depuis les pointages de Paul Watson et surtout de Nicolino, mais là j’avoue que le coup est réussi :)
Oui, Greenpeace, c’était drôlement bien joué ! (n’en déplaise aux fachos qui pour le coup essayent de déplacer la menace du nucléaire vers les militants, suffit d’un brin de jugeote pour voir où est le danger)
(J’ai aussi des réserves sur l’assoc’, mais bon, comme Nicolino le disait lui-même, cela ne vise pas les militants et les activistes, qui croient et se bougent pour le message écologique qu’incarne toujours Greenpeace)
(… ah, le sonar…
Bé c’est vrai que je suis un peu engloutie par tout un tas de trucs, des emmerdes techniques à répétition au boulot, soucis de santé suite à fatigue accumulée, et puis certaine antho que tu sais entrée dans sa dernière ligne droite la vraie l’hyperactive, plus les actions diverses sur le terrain, et les projets qui piaffent de partout, pfiou. Toujours un peu on the face-place à mes rythmes, mais j’avoue que j’ai un peu de mal à suivre tous les rythmes du web (yeux flambés), d’ailleurs je me disais, ne te voyant plus tant non plus croiser dans ces eaux-là, que tu étais bien du côté de ta 3D très (re)dimensionnée et très (à) trois ;), mais peut-être aussi, du coup, que j’ai loupé des fils !
Tiens le parvis, j’en reviens ^_^ Bon, le campement est passé en mode présence restreinte tandis qu’on se cherche d’autres points de ralliement parallèles, mais wai, on essaye toujours de faire bouger ce bout de béton… Là je reviens d’une chouette action, une assoc’ de permaculture qui s’était proposée de nous rejoindre pour une distribution commune de petites semences bio from Kokopelli & co, assorti d’un topo sur les récentes saloperies législatives que tu sais pour les graines. Une super idée quoi, même si en pratique c’est un peu désespérant de voir à quel point les gens sont fermés et pressés, n’ayant pas même le temps de s’arrêter pour *recevoir* (parce qu’on voulait leur parler, aux gens, leur dire que c’est précieux, une graine – pas distribuer les sachets comme des
échantillons, quoi !)
Bref, tout ça pour dire que je suis pas bien loin, et garde nos bouts de pelote toujours roulant sur la paume de la main, lao gong powa :))
Ah, yes, je comprends, contente d’avoir des nouvelles, et j’espère que tu prends bien soin de ta santé très sollicitée en ce moment, hein :)
(oui c’est vrai ça, je suis beaucoup en 3D voire 4 ou 5 même :D, pourtant toujours arrêtée pour prescription de ralentir sérieusement, mais encore des choses à faire… un peu dans tous les sens)
Question fils, nan, je ne crois pas, je viens de répondre à deux ou trois de tes comm’ ici et sur ton phare Psychopompique, et de me prendre gentiment la tête avec une Bonnie qui exhume des trucs. Bon rien d’urgent (mais pour l’anecdote, et pour un jour de planning particulièrement creux, c’est limite drôle comme situation, je pense qu’au vu de tes activités parallèles ça pourrait te parler ;) )
Bon, bref, surtout essaie de prendre un peu de temps pour te reconstituer, hein, tu sais que ça fait partie de la lutte ;) …Et c’est super cette idée de distribuer des tites graines ! Bien sûr, il doit y avoir un paquet de monde qui ne ralentit pas parce qu’ils ne peuvent pas ralentir, c’est pas dans le code source qu’on leur inculque tous les jours, mais c’est important que ça se fasse, et que ça se sache ; ai parcouru vite fait la brochure via Occupy France (sur la non-violence) et ils parlent de ça plutôt très bien :)
Les bouts de pelote sont patients, no soucy, (d’ailleurs je dois en avoir plusieurs égarés ici ou là, ça se simplifie pas hein :o) ), lao gong powa, oh que oui :)))
Je pense bien fort à ta dernière ligne droite +++++
A très vite, bises en mode Ki-vibz
Fa
Et donc, l’extrait du blog ‘Madgid Ben Chich, Tokyo’ dans son billet ‘Alptraum’ :
==> “Ce que ces scientifiques redoutent par dessus tout, c’est que le combustible, qui a dors et déjà traversé la première cuve selon toute vraisemblance (TEPCO affirme qu’on ne peut pas savoir, mais les scientifiques sont à cet égard catégoriques, certains rejets et certains matériaux, comme le Corium, attestent que cela s’est bel et bien produit), ne continue sa course plus profondément dans le sol. Certains s’arrêtent à ce point et estiment que le risque majeur est une pollution de la nappe phréatique avec à terme des rejets massifs dans l’océan. D’autres vont plus loin et redoutent un syndrome chinois, à savoir la mise en contact du combustible actif et de l’eau d’une nappe phréatique, la création d’une forte pression d’hydrogène et à terme la possibilité d’une réaction nucléaire cette fois totalement incontrôlée, et une explosion d’une force équivalente à 50 à 80 fois Hiroshima. Si une telle explosion se produisait, sa force provoquerait éventuellement un détachement du littoral où se trouve la centrale et sa pulvérisation dans l’océan, avec la formation d’un tsunami qui traverserait le Pacifique.
Je résume, bien sûr, et comme cet accident est unique, sans précédent, les scientifiques ne sont pas unanimes, loin s’en faut. Tous s’accordent pourtant pour dire qu’il est impératif d’évacuer la population sur une distance de 80 kilomètres. Je parle bien entendu de la centaine de scientifiques japonais et internationaux sérieux et reconnus, et non des deux ou trois charlatans enmaffiosés qui continuent à polluer par leur seul présence les plateaux de télévision.”
…
Je connaissais le risque de pollution de la nappe phréatique, et partant de tout le cycle de l’eau, truc de ouf’ qui nous rapproche, de trop près, des romans de sf où les gens ne peuvent plus sortir de chez eux, vivent dans des bunkers parce que le monde extérieur n’est pas safe…
Mais alors, cette autre hypothèse, cette crainte d’une réaction souterraine… pas de mots.
Même position sur le nucléaire, même incompréhension face à ces refus, justement, de comprendre. Il n’y a pas d’accord possible là-dessus, n’en déplaise à ces messieurs-dames du monde politique, tant adeptes du compromis, des calculs pour les élections ou pour l’unité européenne (lu ça je ne sais plus où, que si l’Allemagne persiste à vouloir sortir du nucléaire, ben elle mettrait en danger l’équilibre européen, rapport à la politique énergétique commune. Conneries. Comme s’il était là, le danger.)
About Zinn : vu aussi son book pour le nucléaire. Si j’avais pas été aussi ric-rac financièrement, je serais repartie de la librairie avec trois-quatre ouvrages de lui, je crois bien. Donc là je commence par le gros morceau, par petites bouchées, en m’étouffant un peu à chaque page tournée. En même temps c’est très frustrant, il couvre une matière et une tranche historique tellement vaste, on aimerait bien que le bouquin soit x fois plus gros, pour que l’auteur ait le temps de développer… Bien envie d’enchaîner sur un truc plus ciblé qui laisse l’occasion d’approfondir, et je pense aussi faire ça avec son ouvrage sur la bombe nucléaire…
About blog : ouaip c’était ça. Je comprends bien pour le survol, il y a des images là-dedans que perso j’ai encore du mal à oublier, qui tissent aussi à leur façon l’histoire de cette catastrophe, les troupeaux morts de faim dans les locaux évacués, les habitants partis à la hâte, et dont on ne peut qu’imaginer le crève-coeur en voyant les paquets entiers de croquettes déversés dans la gamelle dans l’espoir que le compagnon laissé derrière survivra, ou les messages suppliant d’éventuels étrangers de passage de prendre soin des animaux…
… Et une grosse pensée, encore, pour les Masaï que mentionnait Nicolino, en songeant à toutes les bêtes abattues puisque désormais impropres à la consommation…
Tu sais quoi, depuis Fukushima je fais beaucoup tourner Jack or Jive dans le player, particulièrement Kakugo et Prayer, qui expriment tant pour moi de cette angoisse terrestre, terrienne, et du besoin de réparation. Mais là, en pensant aux enfants, à l’enfance, et – en crossover de l’un à l’autre de nos bloggesques espaces – à la neige, aux paysages contaminés, c’est le clip de Sigur Ros, untitled #1 (http://youtu.be/P0AZIFmkogY), qui me prend le coeur et me fait monter les larmes… C’est tellement, tellement ça…
Ah +1 pour Jack or Jive, ça a tourné ici aussi, et notamment ‘Farewell to Tokyo’…
Oui je me souviens des Masaï… et dis donc, j’ai ‘bien fait’, si l’on peut dire, de m’en remettre à mon absence de courage pour les troupeaux crevant de faim, et les bêtes que l’on laisse derrière soi… Brrr…
Bon je vais essayer de ne pas achever sur un sentiment si intégralement triste, et tenter de croire à une certaine efficacité de l’action greepeacesque évoquée juste au-dessus :)
(ainsi que de me répéter, comme un petit mantra de plus, les très excellents échos du monsieur-thésard rapport à l’amplification et diffusion importante du mouvement de libération animale, je me raccroche à fond à son analyse, me disant qu’il étudie le coeur du truc !! :) )
C’est terrible ces hypothèses des scientifiques… Terrible parce que probable, terrible parce que, mais merde on parle d’un *pays*, un pays avec des être humains, des animaux, une flore, des pierres, une culture, un *pays* qui risque donc d’être soufflé ou presque, ou irradié… et tout ça à cause de quoi?
De la course au fric.
Je suis à la fois horrifiée (mais je le suis déjà par la désinformation, le non-soutien du gouvernement envers la population) et dégoûtée.
Dégoûtée aussi parce que malgré ce désastre (le second après Tchernobyl… il leur faut quoi pour se réveiller, pour réaliser que le nucléaire c’est la mort ? Un troisième désastre qui rendrait invivable la moitié de la planète ?).. malgré ça, non, il y a toujours des voix pour persister dans “mais noooon ça risque rien le nucléaire”, “y a pas d’autres moyens”.
Ben si, y en a, des autres moyens!
Y a moyen d’user de ressources propres et renouvelables (le vent, les marées, le soleil, autre), y a moyen de consommer l’énergie de façon responsable (si déjà les commerces cessaient de laisser leurs vitrines allumées toute la nuit, non seulement ça ferait un gaspillage d’énergie en moins mais en plus ça ferait des économies – franchement chaque fois que je rentre de nuit, je suis dégoûtée de voir que *tous* les commerces que je croisent ont vitrines éclairées de l’intérieur ET de l’extérieur. Et qu’ils n’aillent pas me rétorquer que c’est “pour mieux vendre” parce qu’en plus ils ont fermés, à ces heures. Et ce n’est qu’un exemple.)
C’est horrible, horrible de continuer à persister dans le nucléaire quand un pays entier est en train de payer le prix fort, et pour des siècles, le prix de cette énergie.
C’est d’autant plus horrible qu’il y eut l’Ukraine avant cela et que personne n’en a tiré de leçon dans les hautes sphères. J’avais lu autrefois La supplication de Svetlana Alexievitch. J’étais jeune à l’époque. Et pourtant je me souviens encore de ces témoignages, bribes de vies brisées par l’atome.
Combien de drames encore, combien de vies brisées, irradiées, crucifiées sur l’autel du nucléaire avant qu’enfin cela change ?
ça n’a pas de nom que de vouloir rester dans le nucléaire malgré tout ça. “criminel”, “inconscience”, tout ces termes me semblent si ternes face à ce que vivent tous ces gens, là-bas, à Fukushima, et encore à Tchernobyl.
OK avec tout !!
…Et même dégoût rageur, les (quelques rares) soirs où je suis ‘à la ville’, devant le gaspillage éhonté d’électricité pour les vitrines, les enseignes, les affiches… Bon sang, c’est pire que les guirlandes, limite. Et puis au final, ça prouve qu’ils ne sont jamais, tous ces magasins, réellement fermés, le temps de pub à imprimer dans le cerveau est utilisé au maximum… beurk, c’est pas une belle société, tiens.
Et un gros +1 sur l’écoeurement face à l’inaudible ‘TINA’ (there is no alternative), cet argument en bois, complètement faux mais qui coupe tout dialogue, consacré par Tchatcher en personne au moment de plonger son pays dans la zone totale du libéralisme le plus débridé. Là on nous sert du TINA sur le nucléaire, très exactement, et c’est lourd parce que 1 c’est lourd et 2 c’est faux effectivement…
Tout ce que j’espère c’est que l’hypothèse la plus cataclysmique ne se réalisera pas. Personne ne veut voir un pays dévasté comme ça. Aucun pays, d’ailleurs… (et ces temps-ci, en parlant de pays dévasté, je songe très souvent au Niger et à la marée noire sempiternelle qui ravage tout, et aux mines d’uranium dans lesquelles on est trempés jusqu’au cou… ark, pas de quoi être fiers du nôtre, de pays, entre le déni, la pub sans honte pour cette nécrotechnologie et les magouilles en tout genre… ma remarque fait un peu populiste mais la réalité dépasse la fiction, fût-elle de comptoir !)
J’espère de tout coeur aussi que cette horrible hypothèse restera du domaine de l’hypothèse… mais le simple fait qu’il y ait cette hypothèse prouve, une fois de plus, le danger du nucléaire.
(Pardon je suis en retard sur mes réponses mais je ne vous oublie point ^^”)
En vitesse, je relaie cet article @Mediapart, visiblement traduit à la hache et à l’arrache mais qui vaut quand même son pesant de cacahuètes neutroniques, concernant la censure médiatique complète autour de Occupy Tokyo, largement axé anti-nucléaire, anti-mensonges officiels, etc.
C’est là :
http://blogs.mediapart.fr/edition/japon-un-seisme-mondial/article/201111/fukushima-occuper-tokyo-des-manifestations-de-ma
et ça fait peur de lire “Pour paraphraser journaliste indépendant japonais, M. Uesugi, « Au Japon, le contrôle des médias est pire que la Chine et semblable à l’Egypte . ” Un exemple scandaleux de ce black-out des informations a été une démonstration récente de plus de 60.000 personnes à Tokyo, qui a été jamais mentionné par les nouvelles grand public japonais à tous . ”
(traduction pourrite, donc, et newz pas terrible non plus :S)
Et puis aussi celui-ci, depuis Basta!
Je ne commente pas…
http://www.bastamag.net/article1963.html
…Mais je joins la phrase de conclusion :
À Fukushima, la vie ressemble à un jeu de roulette russe où les victimes ne sont pas ceux qui appuient sur la gâchette. Eux jouissent, pour le moment, d’une impunité totale.
A nouveau Basta! (je continue mes archivages / partages de liens ici, c’est plus pratique pour moi, enfin pour l’heure), où l’on voit que ce n’est pas si impossible, impensable, infaisable, de changer de cap :
“Japon : 85% des réacteurs nucléaires à l’arrêt”
http://www.bastamag.net/article1985.html
Et zou la tite phrase qui marque :
“Et face à l’accumulation de problèmes, les réacteurs restants pourraient être stoppés prochainement. À ce rythme, le Japon sera sorti du nucléaire avant le printemps.”
(et on n’a pas entendu dire que 120 millions de Japonais étaient retournés à la bougie depuis mars 2011… donc s’ils peuvent arrêter * tous * les réacteurs sans paralyser la marche du pays, on peut tous le faire, non ?)