Ce mois étant plein de bonnes résolutions, avant de passer au suivant j’en tente une ou deux. Billet double, une partie calculs savants et une partie craquages du mois ;)

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RECTO

Lors donc, les maths livresques.
En discutant dans le billet précédent, j’ai réalisé l’inflation galopante et débordante des lectures en attente, en retard, en souffrance, dans mes diverses listes – et accessoirement dans mon Nid molletonné de papier. Ce qui aboutit donc au constat que voilà, qui m’a un peu décroché la mâchoire…

- 40 livres en cours de lecture, plus ou moins avancés, plus ou moins laissés un temps pour d’autres, plus ou moins repris, en remontant souvent les pages, d’ailleurs,
– la PAL (Pile à Lire bien connue des bibliomanes invétérés) : plus de 100 livres en attente de lecture, au bas mot – n’ayant pas encore rangé tout ça dans les futurs rayonnages, le comptage devient impossible -, déjà acquis ou offerts, n’attendant que d’être ouverts,
– et la cerise, quasi 260 livres sur ma wishlist, ma Lettre au Père Pétuel (ou LAL, Liste à Lire, donc) gonflant à vue d’œil et se repaissant de toute référence croisée, susceptible de me plaire, sur un tas de sujets fort divers.
– à tout cela je dois ajouter par anticipation les futurs achats imprévus, car d’expérience, je vois bien que je ne craque pas uniquement pour les bouquins déjà notés en wishlist, mais aussi pour des coups de cœur du moment, que ce soit en librairie ou sur des sites d’occasion. L’on pourrait reprocher d’acheter de l’occasion, * aussi *, mais franchement vu le rythme de croisière de ma consommation culturelle, je peux continuer sans scrupules. Et toujours dans l’idée d’agrandir une bibliothèque destinée à être partagée et transmise. :)

Ce qui nous fait donc dans les 400 livres quémandant adoption et lecture. On pourrait même dire 500, pour être plus large sur les nombreux ouvrages que je possède depuis des années, mais qu’honnêtement je n’ai pas forcément lus en entier, voire lus du tout pour certains.

J’ai refait un peu mon classement dans ma sempiternelle Lettre, justement, en essayant le pari impossible de ranger par thèmes, sauf que moult bouquins correspondent à plusieurs thèmes, ou formats, là ça reste à peu près lisible.
Cela m’a permis de constater l’ampleur de mon appétit, et de finir par calculer avec tout ça que si j’avale un livre par semaine, tout compris (achats, en cours, LAL, PAL), j’en ai pour dix bonnes années.
Cinq si c’est deux par semaine. Et sans compter l’inflation livresque. Rêvons ^_^

Je me suis un peu calmée sur les revues, restent dans mon giron habituel mes grands classiques, le Canard, l’Ecologiste, Plantes et Santé (moui), je suis en train de lâcher le Monde Diplo juste après Courrier International, à mon regret pour les deux, ai lâché aussi Silence!, et sur la sellette, les 4 saisons du jardin bio, XXI, plus tout un tas d’articles en ligne que je ne compte pas ici.

Je continue ma petite analyse, ceci implique que même si je lis toujours beaucoup, et je lis toujours beaucoup, je commence à être sérieusement dépassée. En gros, je souhaite plus que je n’achète, et j’achète plus que je ne lis. A ce rythme, les piles montent, les listes s’allongent et ça sent la boulimie, un peu.
Parmi les raisons, un ‘petit peu’ plus de disponibilité pour lire, grâce à un allègement du travail et surtout de conséquentes insomnies – et quand je ne suis pas en train de geeker, je lis -, et puis un salaire qui fut plutôt gros et gras pendant deux-trois ans, ce qui a repoussé bien loin les limites du raisonnable concernant les achats livresques. Disons que je me suis mise à les choper par dix au lieu de par 2 ou 3.

Là en pratique, je vais avoir du-temps-mais-pas-trop, soyons – joyeusement – réalistes, et beaucoup moins de sous, ce qui ne fera pas de mal question achats compulsifs.

EDIT du lendemain : je poursuivrai sur ma décision, toutes voiles dehors, au tendre mépris de la chose marrante quoiqu’un peu terrible que je viens de retrouver, un truc de 2007 nommé les Lecteurs Compulsifs Anonymes. Je m’y reconnais toujours, j’ai tous les signes, et en fait c’est pire – et, bon, l’idée de faire diminuer toutes ces piles y apparaît grandement illusoire. Il existe aussi un groupe FB au même intitulé, mais il compile des références de bouquins, et non des remèdes, je vais donc m’abstenir ;)

Il fallait donc bien que je trouvasse un moyen simple de juguler tout ça, sans poursuivre dans la série junk reader en roue libre, et sans pousser jusqu’à la frustration totale non plus (faut pas déconner). Un moyen qui consiste tout bêtement en ce que je répète en boucle à un certain nombre de familles et individus de tout poil depuis quatre ans, finalement ce n’est pas si compliqué la vie : une limite. Pas trop sévère mais ferme et stable. (C’est-à-dire ne bougeant pas tous les quatre matins, et permettant de se faire plaisir sans se noyer dans l’avidité et la surcharge).

Roulement de tambour, j’ai donc dignement et officiellement décidé, à compter de ce mois de Ruiros 2012 – c’est joli hein les mois celtes, cela signifie le mois gras :P -, de n’acheter que deux livres par mois. Si si. Et d’en lire au mieux un par semaine, ce qui sera difficilement tenable, mais ça c’est moins grave et je suppose que ça peut se réguler, un peu tout seul, plus facilement que la question des achats.

C’est le compromis que j’ai trouvé après avoir passé un long moment à calculer la balance entre ce que je suis susceptible d’ingurgiter, les réserves bien fournies du Nid, la liste de souhaits pas partie pour diminuer – mais pratique quand même pour temporiser et réfréner quelques compulsions immédiates -, et les inévitables nouveautés qui ne manqueront pas de se rajouter, à la lecture de blogs, zines, biblios voisines, coups de coeur des copines, etc.

ça peut sembler beaucoup, ou rien du tout, moi j’avoue que je ne me sens pas de descendre plus bas… Donc je teste ça, j’essaie d’en parler régulièrement ici, ne serait-ce que pour tenir mon petit compteur, et je commence tout de suite ! :)

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VERSO

ça tombe bien, mes dernières commandes viennent juste d’échoir en ma boîte aux lettres (non, ce n’était pas Amazon, mais une ou deux boutiques sur lesquelles je me vis traîner ;) ).
Par contre, évidemment, vu que j’ai pris ma décision * après *  mes dernières commandes, bon ben là il y en a trois, ça ne pouvait pas rater. ^^ »

Je prends donc de l’avance sur Anagantios, où il faudra que je n’en achète qu’un, du coup.

Les choses sérieuses, enfin, les trois petits nouveaux du mois :

LES IDYLLES DU ROI, de Sir Alfred Tennyson & Gustave Doré, éd Terre de Brume
C’est la faute de Lullaby, qui en a fait une très belle chronique sur Fées Divers, que je re-linke tant elle m’a plu, et qui m’a donné trop-trop envie avec cette poésie des mythes celtiques centrée autour de personnages féminins, et illustrée de gravures du grand Gustave Doré. L’objet est une merveille, grand, fourni et je suis bien heureuse d’avoir craqué, en fait. J’en dirai davantage sur le site, Lulla, dès lecture :)

CONTES FANTASTIQUES DE BRETAGNE, Claude Seignolle, éd Terre de Brume, coll. Bibliothèque Celte
Limite j’en voudrais à cet éditeur, tellement une bonne partie de son catalogue est attractive. Beaux choix de textes, belle présentation, romantique mais pas niaiseuse (ce qui mérite d’être souligné dans le fatras de publications celtico-féeriques pas toutes du meilleur goût). Ce qui me rappelle que j’ai toujours plusieurs choses d’Anatole Le Braz qui attendent – dont une vieille édition reliée toute jaunie bien roots. Donc quelques contes, parce que je suis énormément dans les essais et trucs théoriques et que j’ai des envies d’histoires qui me reprennent…

CERNUNNOS, DIEU CERF DES GAULOIS , d’Alexis Charniguet & Anne Lombard-Jourdan, Larousse, coll. Dieux, mythes & héros
Le coup de cœur imprévu ! Une étude bien sérieuse sur cette grande figure celtique très ancienne, qui se lit pourtant avec facilité (je n’ai pas pu m’empêcher de commencer, là aussi), passionnant et très documenté, par un archéologue journaliste et une archiviste paléographe (ça en jette :D). Et dès le début, un hasard-non-hasard, la mention de la plus vieille représentation, néolithique, du dieu Cornu ou de ce qui lui est apparenté (rien n’est prouvé, de fait), dans la grotte des Trois Frères, qui se trouve être située à moins de 30 km de chez moi… Héhé.

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Et sur le chevet…

Voilà ! Sinon, j’ai toujours sur le chevet mes deux Emblèmes que je sirote à petites gorgées, j’ai ressorti pour lecture prochaine – espérons – l’antho « Il était une fée » chez l’Oxymore, que beaucoup ici connaissent bien, et dont Psyché avait si bien parlé dans une chro restée célèbre pour ses crocs et accrocs - j’eusse préféré, dear, que la célébrité ait été dûe à la grande qualité de tes articles, et notamment de celui-ci, qui mérite qu’on s’y intéresse bien davantage que les bisbilles qui s’en sont ensuivies ! A le revoir aujourd’hui, je suis désolée que ça aie pris tant de place, alors que ce qui compte, c’est bien ton article – ainsi que (toujours dans ma néo-période celtisante) le très prometteur essai « Les druides, des philosophes chez les barbares » qui a fait frétiller tout le monde à France Culture. :o)

J’ai repris, depuis le début tellement c’est bon et tellement c’est dense et fourni comme un énorme chêne, le cultissime « Mythologie des arbres » de Jacques Brosse, il faudrait le lire quinze fois celui-là, pour en retenir une partie conséquente, mais c’est vraiment génial – voir aussi un peu dans le même esprit, en moins universel et plus ciblé, mais très bon aussi, « Les forêts, essai sur l’imaginaire occidental » de Harrisson, un classique. Et puis je choperais bien « L’arbre en Occident » et tout un tas d’autres que j’ai listés là où vous savez, bon.
Viens de finir « Mémoires d’un yakuza« , pas de la grande litt mais honnête et curieux pour ce milieu très particulier, et là je délaisse un peu ma grosse période nipponne pour repartir sur des amours de jeunesse, on l’aura compris. Ai aussi lu « Pays de neige » de Kawabata, auteur japonais ultra-connu s’il en est, et je repense souvent à cette lecture un peu étrange, lente et fétichiste, vraiment spécial. Enfin, tout cela reste bien animiste, ou polythéiste, ou écologiste, je ne sais, mais enfin tout ça n’est pas si différent, au final. :)

Voilà, j’oublie plein de notules potentielles sur les livres en cours ou récemment achevés ! Ah, oui, « Les Aristocrates sauvages » chez Wildproject, un beau cadeau hautement apprécié, dans la lignée des Arne Naess, et puis de ma grande moitié, une BD guettée depuis des lustres, « Sillage« , bien plus politique et fine que je ne le croyais, ai beaucoup aimé, et le dessin et la trame.
Un manga tout rouge, illustrant la théorie du « Capital » de Marx, très didactique mais c’est un peu tout.
Et dans les déceptions, aussi, « Le déchronologue« , roman SF à succès qui m’a finalement emmenée un peu nulle part, n’ai pas pu accrocher, et puis un roman plus classique d’Isabelle Jarry sur les jardins japonais, « Le jardin Yamata« , une écriture propre et claire, mais un livre qui comme dit l’héroïne à propos du Japon à ses yeux, « a touché mon esprit mais pas mon âme« , dommage, j’étais bien à fond sur les jardins, moi, en tout cas, de plaisantes descriptions.
Et puis « American Ecolo« , un panorama des énormes contradictions entre mode de vie franchement polluant et militants plus aguerris que partout ailleurs, dans la mentalité bien spécifique US. Bien, mais pas révolutionnaire dans l’âme.

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La tentation pour le mois prochain…

Je l’ai déjà dit sur son blog, tout juste découvert et partagé, mais j’en redis un mot ici car il est vraiment tentant, « Un bûcher sous la neige » de Susan Fletcher, chroniqué par Claire des Bruyères, donc. Je la spamme un peu, et vous avec, mais c’est parce que ça m’a fait plaisir comme rencontre ^_^
Je vais m’armer de patience, de courage et de résolution pour ne pas le commander de suite, et attendre sagement pour différer ma commande. (Ouh, ça promet, cette histoire de limite… :D)

Voilà, je file en slalomant au milieu des piles de bouquins ;)

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Je vous laisse avec cette splendide citation, déjà donnée sur Bab, de Jacques Brosse, dont j’aurai l’occasion de vous reparler dès que (dès que…) j’aurai pu lire ses ouvrages sur le zen et sur maître Dogen, notamment, là c’est donc au début de Mythologie des arbres

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Qui n’a rêvé devant un arbre au printemps ? Qui n’a ressenti son calme épanouissement comme une invite ? Même l’homme moderne, qui a perdu la faculté de s’émerveiller, sauf peut-être et pour un temps devant les inventions nées de son cerveau, ne peut y rester insensible. Mais que l’on imagine que l’humain des temps anciens, vivant au sein de la nature, pour qui l’alliance avec elle n’était point soumission, comme on veut nous le faire croire, mais harmonie, ou, mieux encore, que l’on pratique la méditation, alors une telle rêverie retrouve son utilité première, elle redevient ce qu’elle était, authentique, vitale, elle constitue un mode d’être, le plus authentique, le plus clairvoyant qui soit. Ainsi, au pied de l’arbre, rêve le Bouddha, et il s’éveille du trop humain cauchemar. Durant la méditation devant le figuier sacré, surgit du tréfonds de l’être la compréhension intuitive de l’univers dont l’individu cesse d’être séparé, celle de la place qu’il y occupe, du rôle qu’il doit y jouer, compréhension spontanée, nécessaire et suffisante, que possède tout vivant et qui n’est refusée qu’à l’homme, ou plutôt que l’homme seul se refuse.
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P.S. du monde réel : si je ne vous l’ai pas déjà dit sur TW ou FB (oui je ne sais toujours pas comment gérer tout ça simplement), n’oubliez pas le mail à envoyer, depuis cet article du blog de Fukushima, pour le soutien aux militants japonais antinucléaires, merci ! :)