
(Et hop, comme un saut d’oiseau,
les plumes bleues de cette biblio
thématique, incomplète et subjective
forment maintenant un schéma si vaste
que le ‘billet’ devient ‘page’,
comme la métamorphose d’un Pokémon-kami.
Je reprends ici ce nid ouvert aux quatre vents,
et promis à bien d’autres mises à jour,
et j’espère pouvoir y translater aussi les commentaires
qui constituent un véritable record sur la Clef :)
Dans les projets fous :
intégrer les images de couvertures.)
Animal mon frère, dans tes yeux je lis ta peine. Ton regard tragique, celui qui changea le cours de ma vie, celui, lucide et terrifié, lors du dernier souffle à l’abattoir, celui qui me dit “ Mais que faites-vous donc de nous “. Ce regard de sujet conscient, ce regard de bête.
Transmission virale, contamination empathique, de sujet objecteur à sujet re-subjectivé. Objecteur de conscience animale.
Boucle rétro-active, feed-back, la bête me contemple et me voilà saisie. Tenant les barreaux de sa cage abominable, triste et doux le singe regarde mon père, mon père regarde le singe et bientôt il ne sait plus, pour me l’avoir relaté, de quel côté il se trouve.
Impression étrange, étrangère.
Vertige de l’humain. Au début de tout.
(Œil, reflet. Miroir rétinien, fovéen, pour la piste silholienne – le fil, filet de sang, courant toujours sous la surface de l’eau de ma conscience. Fo/Véa, donc, de Léa Silhol, ouvrage rare à tous les sens du terme, pour se pencher par un versant fictionnel, déstructuré mais ô combien réel et archi-texturé, sur la question du regard et de son basculement.ça et le Séminaire XI de Lacan, et la boucle est bouclée.)
Justement, avant toute chose : visiter sans faute, je le redis, le beau Psychopompe pour de – déjà – nombreuses pistes bibliographiques sur le sujet, littéraires aussi bien que visuelles, & informations à vous retourner l’âme ; le tout très bien commenté et analysé, et parfaitement humain.
Je résiste donc à la tentation de vous apporter en ping-back, en boucle aller-retour, chaque billet de ce nécessaire phare. :)
Mais que la belle amie sache que je me souviens de la transmission virale, virtuelle, and so real, dans mon oeil sur Basta! comme sur la couverture (Dieux…) de Nicolino, du regard de cette vache.
Et pour la présente ballade bulleuse (mais où on crève la bulle), j’ai pris la Clef des champs et revisité quelques uns de mes pépiages passés.
Attention grande promenade, prenez un goûter !
Le titre est comme de juste dédicacé – encore et toujours – à la revue dénichée par la belle Hélène, ce numéro de Ravages au dossier intitulé douloureusement et si justement “Adieu bel animal“.
Ce billet pour les animaux, “nos frères dans l’évolution”, est spécialement dédicacé à ma sœur qui toujours aima les animaux, sans réserve mais avec beaucoup de câlins, ma petite sœur inconsolable le matin de la mort du chat (c’est malin je me fais pleurer moi-même !). Petite soeur devenue grande qui prépare actuellement un vaste travail de recherche, que je pense sans antécédent similaire, axé sur l’abord psychanalytique de ce ‘sujet animal’, justement (je le dis très grossièrement, à rectifier).
Il me suffit donc d’attendre tranquillou la belle et bonne biblio qu’elle ne manquera pas de faire pour cette occasion, et de mitonner ce petit BiblioBulle en léger avant-bouche, veggie bien sûr.
Dites donc, dans cette introduction très familiale je n’allais pas omettre ma chère maman, qui m’a enseigné avec raison que les livres changent le monde ! La dédicace s’adresse donc aussi à elle, pour lui dire que dans ce monde que je vais changer pour elle, avec mon blog et ma fourchette (que *nous allons* changer pour elle, on fait les ‘bêtises’ à deux, dans la fratrie ;) ), que dans ce monde, la peur, voilà, la peur est de tous les côtés. Ainsi, elle est aussi du côté de ces males bestes que nous élevons, exploitons, saignons et mangeons. Terrifiantes oui, mais au fond terrifiées.
Et nous allons donc prendre le problème par les cornes, inverser le regard, et foutre la paix au taureau du proverbe.

§
…JE LES AI LUS…
PIG 05049 – par Christien Meindertsma – éditions Flock
Je commence par une référence fracassante, avec ce livre de photos (un peu de texte en anglais) qui vient d’arriver, et qui me met si mal que je dois le cacher de ma vue. Pour en savoir plus, voir et commander, suivre le fil : Un esprit sain hors des murs porcins. Fil qui m’a permis la macabre découverte. Livre de photographies oui, mais pas de “jolies photos”. Pour le dire vite fait, je copie la petite présentation Babeliesque que j’en ai fait hier :
PIG 05049 représente une performance visuelle, esthétique, politique, éthique et sémantique. Ainsi qu’un formidable outil universel (au graphisme douloureusement réaliste) pour militer sans paroles, et fissurer les certitudes des plus endurcis ou des plus indifférents à la cause animale, et/ou à la globalisation.
PIG 05049 était un cochon d’usine. Après sa mort, les morceaux de son corps, comme ceux de milliards d’autres animaux le sont quotidiennement, ont été dispersés dans un certain nombre de produits alimentaires et non alimentaires.
D’une façon toute rigoureuse et d’une sobriété qui le dispute au vertige de la vérité crue, très crue, ce livre photographie les 185 produits, choses, objets, aliments contenant chacun un morceau du cochon numéroté 05049. Cent quatre vingt cinq. Un par page.
Du pâté et des chaussures bien sûr, mais aussi du vin, du film photographique, des pneus, des pinceaux, de l’héparine, des bijoux, des valves cardiaques, de la porcelaine de Chine, de la cire, du pain, de l’antigel, du dentifrice, des saucisses, des bougies, du lubrifiant, de l’insuline, du yaourt, des figurines, des moules en aluminium, du papier peint, des puzzles, du plâtre, des balles, des médicaments, du tiramisu et plus de 160 autres objets.
La couverture est ce qui peut également mettre extrêmement mal à l’aise, douce et rose chair, tatouée, un piercing en plastique jaune numéroté sur la tranche. Engendrer un sentiment à l’image du livre entier et du projet, perfomance militante autant qu’artistique : un malaise profond et durable.
S’il en est pour ne pas se poser *au moins une* question après avoir feuilleté cet ouvrage édifiant et sans égal sur le thème, il en sera, je l’espère, infiniment plus pour ressentir ce basculement, ce décalage du regard, ce truc qui taraude, enfin. Enfin.
BIDOCHE – par Fabrice Nicolino – éditions Les Liens qui Libèrent
Je ne le présente déjà plus ! Un an et toutes ses dents (et un tchat avec des questions de gens ici), ce pavé de rumsteack dans la mare n’est pas seulement un gros succès (mérité) de librairie mais une véritable enquête, un vrai travail de journaliste (le mot est dévoyé) sur l’industrie de la viande, la chaîne agro-alimentaire ou plutôt agro-industrielle, l’histoire de la consommation de viande, les ficelles, les lois, les noms, les aberrations, et par dessus-tout la souffrance en chiffres et en actes. Un pamphlet costaud et qui a les moyens de son énervement, un livre qui, aux dires de l’auteur, est arrivé “au bon moment” (il était temps qu’on se bouge la couenne). Il est déjà sorti en poche. Et je ne sais pas qui peut le lire sans pleurer. Mais ce n’est pas l’objectif premier, plutôt une nécessaire étape d’ouverture de regard et d’esprit, une violente réalité comme un néon de cinq mille watts. L’objectif, il est dit, est de voir enfin “les moutons se lever”. Ne pas oublier d’aller traîner sur Planète sans visa, je ne vous le dirai pas à chaque fois, une énorme quantité d’infos et d’actions à mener s’y trouve !
Mon mot sur Babelio :
Pour un pamphlet, il est plus qu’argumenté. Le principal danger (au sens de modification radicale du regard) de ce livre est que, loin de se limiter à un cri du coeur ou à un manifeste pro-animalier, il constitue une enquête journalistique sérieuse, documentée, fouillée, et passablement édifiante. Avis aux lecteurs ‘sensibles’, il contient des réalités douloureuses à la lecture.
Un ouvrage nécessaire, où s’effondrent un nombre non négligeable d’idées reçues et de conditionnements.
J’avais relié une interview de l’auteur ici :
http://laclefdefa.wordpress.com/2009/10/24/bidoche-par-fabrice-nicolino/
Une autre interview concernant Bidoche est lisible sur l’Ecologithèque :
http://www.ecologitheque.com/itwnicolino.html(Cette lecture ne rend pas automatiquement végétarien ! J’ai ajouté cette étiquette car les thèmes alimentation industrielle et végétarisme peuvent se recouvrir.)
L’AGE DE L’EMPATHIE – par Frans de Waal – éditions Les Liens qui Libèrent
Quand j’étais petite, on tripait en famille sur les expériences éthologiques rapportées par Cyrulnik dans ses livres de psychologie. On aimait bien, il y avait des scènes marquantes. J’ai retrouvé cette même impression, agréable et déconcertante, avec L’âge de l’empathie, en plus sérieux, plus comportementaliste aussi (ça sent la mentalité américaine à pleins gaz), on n’est pas vraiment dans le questionnement philosophique du ‘sujet animal’ mais plutôt dans une approche quasi neurologique, l’observation, l’expérimentation (sans douleur, ça nous change). Les éléphants qui se reconnaissent dans le miroir, et tout. Un abord vraiment intéressant, à poursuivre pour les scientifiques hardcore par Les neurones miroirs, sur l’étude neurologique des capacités d’imitation et donc d’empathie, qui offrent un pont intéressant avec la théorie de l’esprit (ainsi que Comment les neurosciences démontrent la psychanalyse, mais là je m’éloigne encore davantage).
Un avis plus fourni chez L’Ecologithèque. Edit : et une interview de Frans de Waal dans Libé (itw retranscrite si jamais le lien bloque).
LA SOLIDARITE CHEZ LES PLANTES, LES ANIMAUX, LES HUMAINS ainsi que LE LANGAGE SECRET DE LA NATURE – par Jean-Marie Pelt – Livre de poche
Deux bouquins jumeaux, petits mais vraiment denses, et indispensables pour appréhender la base biologique de cette solidarité dont les gauchistes et les décroissants vous rebattent les oreilles (même s’ils ne comprennent pas forcément, tous, ce dont il s’agit vraiment. BREF). Ce célèbre biologiste, et confirmé, développe les nombreux exemples concrets qui renversent complètement la vapeur de nos préjugés : en fait, eh bien non, la Nature n’est pas une jungle horrible où tout le monde massacre tout le monde, mais un ensemble de systèmes très organisés où la compétition est présente mais minime, et où les espèces entre elles s’aident et vivent en symbiose (entre différents animaux, entre animaux et végétaux, etc, c’est infini). La symbiose en règle-prime, donc, et non la guéguerre ou si peu, et puis les mille modes de communication. Vraiment bon, j’aime beaucoup !
LA LIBERATION ANIMALE – par Peter Singer – éditions Grasset
Le livre fondateur du mouvement éponyme. Avant il y avait les réformistes (ceux qui militent pour un meilleur traitement des animaux, plus humain, etc, mais pas pour la fin de l’exploitation animale), avec Singer voilà les abolitionnistes. Ceux qui veulent fiche la paix, *intégralement*, aux animaux. Un truc d’alien, en somme. L’homme relate les débuts de son combat, les incompréhensions totales, puis les visites de laboratoires, les vérités hurlantes ; et voilà que non content de militer pour les bêtes, il philosophe, et pas qu’un peu. Singer pose donc, avec ce livre qui est la bible des abolitionnistes, les fondements philosophiques de l’anti-spécisme, qu’il définit en miroir avec l’anti-racisme ou l’anti-sexisme. C’est une position radicale (on sait sur cette Clef l’attachement très positif relié à l’étymologie de ce mot), qui ne peut qu’aller vers le véganisme, qui a le toupet d’être cohérente, logique, et donc qui énerve tout le monde. Parce que, d’une cela remet salement en question la définition de l’humain – et Singer n’élude pas cette question-là – et de deux, cela emmerde à un point inimaginable les tenants de l’économie néolibérale. Au point que Singer est ciblé comme une des personnalités américaines les plus dangereuses pour la patrie. (En dehors de la patrie ils s’en foutent, c’est qu’un grenier vivrier et humain).
Je dois dire que depuis à peu près un an, je tente en vain de terminer cet ouvrage. Non pas que je ne sois convaincue – au contraire, on l’aura compris – mais à cause de l’horreur pure des expériences décrites sur les animaux. Je n’y arrive pas. Après Earthlings, en plus, c’est carrément l’enfer. Tous les bouquins d’épouvante fictionnelle peuvent aller se coucher, tous. (Sauf King parce que c’est un grand psy !)
Mais je continue de parler du livre et de me pencher sur ses aspects théoriques, parce que cela me semble un vrai pilier de la présente question.
Un entretien sur Arte du monsieur (si le lien marche encore, ce qui est rien moins que sûr), et le site officiel de Peter Singer.
Ici, la traduction de notes dans les Cahiers antispécistes à propos de La libération animale. Bon bien sûr, cela date de 93, il faut se replacer un peu.
LES VEGETARIENS : RAISONS ET SENTIMENTS – par André Méry
Parlons un instant de ces animaux-humains qui prennent habituellement toute la place dans les biblios, et toute la place tout court. Un book lu avant emballage cadeau, il était planqué dans les Feuilles sous le sapin. Qu’en disais-je alors : Un vrai petit bon moment ! Ecrit par un qui s’y connaît, en tant que président d’une grosse asso VG, voilà un panoramique qualitatif et quantitatif. Au menu donc : un regard sociologique, des enquêtes assez surprenantes, et des foultitudes de courants, éthiques, économiques, religieux, écologiques, sanitaires… Là où il est bien montré qu’il y a autant de végétariens que de raisons de le devenir… Et une bonne biblio.
J’en parle ici parce qu’entre temps, j’ai fini par intégrer la véracité d’une statistique incluse dans l’enquête : seulement 6% des végétariens le sont devenus suite à une discussion avec un ami ou une connaissance. Ce qui veut dire : ne pas chercher à en parler pour convertir, le prosélytisme est totalement inefficace. Il est vrai que j’en parlais beaucoup au début de la démarche, mais je pense que j’étais dans la découverte, l’hallucination totale aussi, le syndrome de la caverne (un truc que j’ai inventé, ou plus exactement redécouvert, je vous expliquerai, un jour). Donc ça ne marche pas comme ça, et je ne me fais aucune illusion sur les effets de ce billet bibliobullesque, quant aux conversions VG éventuelles. Aucune illusion. Mais je ne vais pas me taire, non plus. On ne va pas se taire. Oh non.
LA FERME DES ANIMAUX – par George Orwell – éditions Folio
Je disais ça il y a quelques temps : Fini il y a peu, didactique (limite relou) mais à la logique implacable, pour qui sait lire entre les lignes et les sabots. La critique de la domination et le pouvoir montant à la tête, en font une brève et cinglante épopée funèbre du communisme –et de son idéal bien vite transformé en nouvelle dictature semblable aux précédentes. Et dire que j’étais passée toutes ces années à côté de ce parfait classique !
Ce jour, j’ajouterais que ce très nécessaire grand petit roman pose quand même une question cruciale, celle de l’anthropomorphisme. Au point que je me demande s’il n’y a pas, dessous la critique du fonctionnement humain, terré comme un trauma refoulé, la grande absente, la question sous la question, à savoir : la question de l’animal pour lui-même, et non pas de l’animal juste comme équivalent humain, ou autre. Je crois me souvenir que cette question est un peu abordée dans les débuts de l’histoire (la réunion dans la grange). Mais ensuite ? Vaste débat.
A propos, dans le même billet je disais/lisais aussi cela – s’il ne faut lire qu’un livre c’est peut-être bien celui de cet immense poète :
LES METAMORPHOSES – par Ovide – éditions Folio, 1992 (complet, un seul tome)
Encore et toujours, cette bête-là ne se croque pas en un soir, et pour une raison étrange, me suit depuis des années, commencée, recommencée, poursuivie, laissée, reprise… Sa finesse de ton, sa précision de jugement, son empathie contrastant incroyablement avec la cruauté de certaines histoires, ne laissent de me transporter…
Bon. il faudrait un blog entier sur Ovide. Et le mieux est de le lire. De fait, contrairement à mon précepte d’il y a cinq minutes, je vais me taire. ;)
UNE SEMAINE CHEZ LES OURS – par Armand Farrachi – éditions Les Liens qui Libèrent
Ah tout de même, ces chers ursidés manquaient un peu. Armand Farrachi, militant aguerri, déboule dans les forêts de Slovénie et revient avec un récit, que j’ai hâte de découvrir. Outre le fait que cette maison d’édition, LLL, me plaît décidément beaucoup, je suis tombée en amour devant le bleuté de la couverture…
(EDIT : avant de finir d’être alléchée par cette critique, j’ai craqué et commandé la chose, actuellement en cours de dégustation.)
Voir également la critique de Folfaerie, qui a beaucoup aimé.
MAIS JE SUIS UN OURS ! – par Frank Tashlin – éditions L’école des Loisirs, collection Mouche
Ah, voilà un génial exemple d’anthropomorphisme réussi, parce que pas si anthropomorphe que ça, justement. Intermède hilarant, percutant, décolleur d’oreilles, dans ce grand champ d’études souvent très – trop – glauque, pour tous les âges et toutes les humeurs surtout les plus amères, Mais je suis un ours ! est un petit bouquin illustré, célèbre en terres anglosaxonnes, une histoire au dessin savoureux et plein de détails qui tuent, une critique tranquille et définitive de l’absurde monde humain, aux absurdes usines & hiérachies qui se comptent en nombres de téléphones sur le bureau et de poubelles sous la table. Avec, il est vraiment parfait, le petit pic de tristesse solitaire mais bonhomme dont les ours ont le secret. Gé-ni-al.
Mon mot sur Babelio :
Simple et génial, ce bouquin illustré pour petits-et-grands est un grand pot de miel animalier et libertaire !
Grand classique de la littérature jeunesse (mais que j’ai découvert il n’y a pas huit jours), paraît-il, l’histoire de l’ours qu’il n’était pas, traduction approximative du titre original, The bear that wasn’t, fait du bien là où ça fait mal.
Productivisme, temps modernes, absurdité foncière du fordisme et de la hiérarchisation artificielle, manichéisme apparent (jolie Nature bien accordée aux saisons et aux cycles vitaux versus stupide usine moche polluante et pleine d’administratifs crétins et vénères) désamorcé par l’évidence -poilue- en marche, et de grands éclats de rire, rires pas jaunes mais ravis, ravigotés, optimistes même.
Un enchantement et un pamphlet cool et salutaire pour tout le monde !
(Bien sûr, cela marche encore mieux quand on est amoureuse des ours)
Il va me falloir une autre lecture très vite pour savourer les détails savoureux nichés dans les illustrations, dépotantes.
(Et vive les ours, au passage !)
LE COCHON QUI CHANTAIT A LA LUNE, le monde émotionnel des animaux de ferme – par Jeffrey Moussaïev Masson – éditions One Voice – 2011
Envoi spécial via Shambalah, avec un beau titre, ce qui en soi mérite déjà de se pencher sur n’importe quel ouvrage. Signé du même à qui l’on doit “Quand les éléphants pleurent, la vie émotionnelle des animaux” évoqué plus haut. Un peu dans le même esprit que ci-dessus mais concernant les animaux de ferme, édité par One Voice ,avec une présentation complète + achat ici, de quoi nourrir l’âme pour les abolitionnistes (dont je crois bien que je suis, en fait).
Voici la présentation donnée par AVF :
Jeffrey Moussaïeff Masson et One Voice ont décidé de s’associer pour l’édition de la traduction française du « Cochon qui chantait à la lune ». Pour cet auteur de best-sellers, spécialiste de la vie mentale des animaux, comme pour l’association, un seul objectif : contribuer à ce que les animaux soient mieux connus du grand public, pour mettre un terme à leur exploitation. Avec ce livre, l’accent est mis sur les animaux élevés dans les fermes : cochons, vaches, moutons, chèvres, poules et canards. Dans son nouveau livre, Masson fait définitivement tomber les idées reçues concernant les cochons. Leur personnalité, autant que leurs comportements sociaux et leurs préférences alimentaires les font étrangement ressembler à nos semblables. Il décrit des animaux intelligents et attachants, qui remuent la queue comme les chiens lorsqu’ils sont contents et sont capables d’aimer les humains, sans doute bien plus que de raison… Masson raconte aussi comment se comportent les poules lorsqu’elles ne craignent pas l’humain, rapportant notamment le cas de certaines aimant beaucoup se faire câliner… Il relate aussi l’histoire de l’une d’entre elles, particulièrement taquine, qui prend un malin plaisir à faire sursauter un chat. Les poules acquièrent grâce à lui une identité, et s’avèrent, bien plus que des volatiles stupides, des oiseaux sensibles capables de choses surprenantes lorsqu’on leur permet seulement d’exister et de nous faire confiance ! À travers une multitude d’anecdotes, de rencontres et d’observations, Masson lève le voile sur les animaux les plus intensément exploités. Il nous livre ainsi de fascinants témoignages sur les facéties des chèvres et leur grande intelligence, mais aussi de belles histoires d’amitiés entre des moutons ou des veaux et, plus surprenant encore, celles de canards pacifiques et altruistes… Au fil des pages, on comprend que si nous ignorons tant de choses à propos de ces animaux, c’est sans doute parce que nous ne voulons pas les connaître, pour pouvoir continuer à les exploiter – impunément. Car une fois que l’on a ouvert les yeux sur le trésor de leur existence, on ne peut plus les considérer comme d’insensibles machines à produire…
Edit : lu les yeux écarquillés, il est fascinant. A la réflexion il mérite amplement de figurer parmi les piliers des livres sur le sujet, puisque justement il s’attaque aux animaux qui finissent dans l’assiette. Un long article de la version originale sur le forum Arnelae’s Place. Dans lequel je me prends ma petite gifle synchronique du jour (quelques heures après être tombée sur un autre endroit nommé “Synchronicité et sérendipité”, décidément) :
Psychanalyste de formation, Jeffrey Masson a, de son propre aveu, raté sa vocation. “Ce fut une grave erreur de devenir psychanalyste.” Car si la psyché humaine l’intéresse, sa grande passion depuis l’enfance reste le monde animal. Et pour cause. Ce Néo-zélandais croit fermement que le cerveau des animaux leur permet d’éprouver les mêmes émotions que les humains, qu’ils possèdent les mêmes aptitudes à l’amour, la compassion, le pardon, la loyauté, la solitude, l’ennui, et qu’il n’en tient qu’à nous d’établir avec eux des rapports de confiance et d’amitié… et de cesser de les trahir.
THEOLOGIE ANIMALE – par Andrew Linzey – éditions One Voice, 2009 (246 pages – 20€)
Déniché sur un très bon site biblio (voir en bas). Il est dit sur Vegetari1.net qu’il est capital et qu’il va être commenté bientôt. Lecture en cours, ardue mais passionnante et très érudite.
EDIT : Ah, et voici un long article sur les Cahiers (pas du cinéma ;) ).
ANIMAUX ET Cie – par Cécile & Nicolas Guilbert – éditions Grasset
Un autre livre de photographies, noir et blanc celui-ci, au coeur du sujet. Et le parfait revers de la médaille de Wild Wonders of Europe – voir plus bas -, qui exploitait les animaux dans la Nature (et sans l’homme), ici ce sont tous les rapports de l’homme à l’animal qui sont explorés au terme de 25 ans de reportage photographique. Esthétique, cru, émouvant, brutal et sophistiqué, humain et inhumain. Ce qui représente le point exact où nous en sommes. Le terme approprié est non plus animal, mais animalité.
Le reproche que je pourrais faire est celui de certains éléments du texte d’accompagnement, qui après tout ce que j’ai lu par ailleurs, ne va pas bien loin, à mon sens.
LE LION – par Joseph Kessel – éditions Folio
Parce qu’au primaire je lisais ça et je pleurais plus de larmes qu’aucun adulte ne peut en verser. Parce que j’étais (je le suis encore) fan de l’Afrique, et de l’image que j’en avais à huit ans. Parce que c’est un excellent livre. Parce que les romans et la poésie gagneront à eux seuls les combats que tous les essais de sociologie du monde ne peuvent remporter.
Parce que.
(Ah, et aussi, dans la même veine je pourrais caler des Jack London qui eux aussi ont méchamment bercé mes rêves d’aventurière :) )
§
…PAS LUS MAIS PILIERS…
… Les deux livres suivants ont des points communs, et des différences : un peu le même sujet / des têtes de futurs piliers / un qui vient de sortir et un qui va paraître / un qui vient de l’étranger et un qui vient de Toulouse / un que j’ai pas trop envie de lire, et un que ben oui.
FAUT-IL MANGER LES ANIMAUX ? – par Jonathan Safran Foer – éditions de l’Olivier, 2010
Pilier, je ne sais, encore. Mais le bon gros succès du moment, faut croire. Ayant entendu un peu de tout sur l’ouvrage, mais globalement contente – tout de même – que le message puisse passer en version grand public (c’est hyper péjoratif ce que je viens de taper… pardon), je le cite parce que c’est peut-être comme ça que de nouveaux lecteurs ou surfeurs de passage atterrissent ici. Celles ou ceux qui l’ont lu pourront me dire ce qu’ils en ont pensé ! Personnellement, j’ai comme on le voit beaucoup, beaucoup de pain sur la planche, donc je ne vais pas commencer par celui-ci, d’après ce que j’en ai lu ça me semble un peu mou du genou (en fait j’en sais rien). La question est de savoir si l’auteur surfe sur la vague actuelle (je crois que non, que c’est sincère) ou si c’est son succès du moment qui pousse les commentateurs de tout poil à se gargariser de découvrir le sujet de la condition animale, alors qu’ils s’en foutent vaillamment (je crois bien que oui…). Pour cette raison, et sans perdre trop de temps à compter jusqu’au dernier crétin fallacieux qui pondra sa petite interview bien creuse tout en mordant dans son nécrosandwich, je passe directement au suivant.
(Et sur un plan strictement intra-psychique, mon inconscient me susurre au mégaphone que la question-titre, ben, on y a déjà répondu à Samhain 2009, lui et moi. Ouaip. Donc bon.)
Edit de Edit : eh bien, depuis quelques semaines, il y a peut-être dix personnes qui m’en ont parlé, et toutes en bien ! J’attends toujours de me faire un avis propre, mais à la réflexion il pourrait constituer, s’il ne constitue déjà, un excellent outil d’approche grand public, et sans intention péjorative cette fois.
MEMOIRES DE LA JUNGLE – par Tristan Garcia – éditions Gallimard, 2010
Voilà donc un roman, fantastique, simiesque et porté par un bon bouche-à-oreille ! Voyons plutôt le 4ème :
Le narrateur de ce roman, Doogie, est un jeune chimpanzé (Pan troglodytes troglodytes). Le sol du continent africain, dévasté par des guerres, des famines et une vague de pollution chimique, a été laissé expérimentalement en jachère. Partout ailleurs, l’espèce humaine s’est retranchée dans les villes et à l’intérieur de vastes stations orbitales. Un immense zoo près du lacVictoria accueille scientifiques et étudiants afin d’observer la faune préservée… C’est là que Doogie a été élevé, dans une famille de chercheurs, en compagnie de deux enfants : Donald et sa soeur, la bien-aimée Janet. Tout autour, à perte de vue, la jungle de jadis a repris ses droits. Singe génial et attachant, Doogie a appris à parler-à l’aide du langage des signes, d’écrans tactiles et de lexigrammes – un dialecte baroque et rapiécé. Son récit commence alors que Doogie revient d’un long voyage en orbite. Après le naufrage de son vaisseau sur un rivage désertique de la côte africaine, le singe civilisé se retrouve seul, perdu dans la jungle. Pour rejoindre Janet et son foyer d’enfance, il devra affronter le monde sauvage, et se dépouiller peu à peu de sa ” fidélité à l’humain “, quitte à redevenir un animal…
Né en 1981, Tristan Garcia enseigne la philosophie. Il est l’auteur de La meilleure part des hommes, roman très remarqué à sa sortie en 2008.
… Les “piliers suivants” sont suivis de près personnellement, croisés et recroisés et/ou confirmés par Madame Soeur :
L’ANIMAL QUE DONC JE SUIS – par Jacques Derrida – éditions Galilée, 2006
Celui-ci je l’ai offert (devinez à qui ^_^) mais je ne le connais pas encore. Et je me disais comme ça que : Fourni et ventru, le bel ouvrage de philo (et l’un des seuls…) sur la cause animale. Celui, peut-être aussi, se rapprochant le plus d’un abord psychanalytique. J’attends le verdict de la lectrice :P
UN ETERNEL TREBLINKA – par Charles Patterson – éditions Casterman, 2008
Pour un titre provoc, c’en est un. Et pourtant. Assumé et posé sur une hypothèse à étudier très sérieusement : la considération du traitement des animaux, exploités par milliards dans l’indifférence quasi générale, parqués, torturés, massacrés en chaîne et usinés, le traitement des animaux en regard (…au vu des polémiques, j’appuie sur le “en regard” et non sur le “juste comme”) de l’histoire des camps nazis. Parce qu’il y a réellement matière à s’interroger, sur le fait d’avoir traité des humains, des millions d’humains, comme des animaux. Et donc, dans l’antériorité de cette idée, s’interroger sur une de ses causalités : sur le fait de traiter des animaux ainsi. Ceci ne remet pas l’homme au rang de l’animal, il importe de le préciser sempiternellement pour ceux qui font exprès de ne pas comprendre, mais par contre ceci remet en question la violence fondamentale. Ai lu quelques extraits, c’est complexe et on marche sur des oeufs. Mais au final, je pense pour ma part que cette question de la violence fondamentale l’est, elle, fondamentale, pour comprendre et prendre un *certain* recul sur le fonctionnement du néolibéralisme. Je ne pourrai jamais laisser de côté l’histoire des abattoirs de Chicago, les fameux, les premiers abattoirs industriels, dont le dispositif en chaîne de démontage des carcasses (sic), totalement novateur à l’époque, a inspiré deux personnes : Henri Ford (pour la chaîne de montage des voitures)… et Hitler, ou un de ses sbires. Bon. Je ne poursuis pas plus sur ce sujet qui mériterait bien un billet séparé. Et je finis sur l’idée qu’Un éternel Treblinka passe pour un des livres les plus incontournables de la cause animale, et que son influence est majeure.
LE SILENCE DES BÊTES ainsi que SANS OFFENSER LE GENRE HUMAIN, REFLEXIONS SUR LA CONDITION ANIMALE – par Elizabeth de Fontenay – éditions Albin Michel, 2008 (le premier est plus ancien)
…Plus ancien mais un des titres les plus célèbres sur ce thème. Alors, il est posé d’usage que Mme de Fontenay aurait une position bien à elle, ni celle du paradigme dominant, ni celle de l’anti-spécisme. Ce qui fait qu’elle se met tout le monde à dos, selon ses dires. Il y a de bonnes interviews en ligne, je vais tenter de les retrouver. Le Silence des Bêtes est réputé être un des plus solides, sur le plan philosophique. Et cette dame-là a eu le mérite peu partagé de porter au grand jour la cause animale, jusque là d’abord assez confidentiel, d’après mon ressenti du moins. Un gage de sérieux universitaire, quoi, qui manque un peu dans le milieu des bêtes, dans l’image que le commun s’en fait, en tout cas.
ETHIQUE ANIMALE – par Jean-Baptiste Jeangène Vilmer – éditions Presses Universitaires de France
Au gorille de couverture aussi éloquent que celui (qui fait très fort) de la photo de tête, l’on se penche ici sur la question très sérieuse et complètement pertinente du droit de l’animal. Droit d’être, droit de vivre, droits de l’asservissement et de la fétichisation (la transformation en objet, si l’on veut), statut moral, question éthique, oui. (Comment ai-je pu l’oublier dans un premier temps, c’est un des plus anciens à me faire de l’oeil, encore lui, depuis que je me sensibilise au sujet !)
… L’on m’a aussi parlé de :
LIBERTE ET INQUIETUDE DE LA VIE ANIMALE – par Florence Burgat – éditions Kimé, 2006
La dame est professeure de fac ; on lui doit un certain nombre d’ouvrages sur le sujet animal, sur le végétarisme etc. Une voie prometteuse :)
La critique des Cahiers (décidément j’aime bien dire ça), dont voici la conclusion (ça a l’air trop chouette) :
En dégageant ces lignes de force, Florence Burgat restitue aux animaux l’épaisseur de leur existence, oeuvrant à les délivrer de cette indigence ontologique dont on s’acharne à les marquer, et qui banalise tous les abus commis envers eux. Pour y parvenir, l’auteure défriche au fil des pages une forêt d’écrits souvent obscurs, parsemés de propositions hasardeuses ou contestables. C’est parce qu’elle nous guide à travers eux qu’on parvient à en retenir les moments d’inspiration, et à saisir que ces étincelles, une fois rassemblées et ordonnées, forment une lumière. C’est pourquoi ce livre qui parcourt tant d’auteurs de façon érudite est aussi une construction profondément personnelle. Florence Burgat est l’architecte qui travaille des matériaux épars jusqu’à révéler qu’ils sont porteurs d’une autre vision des bêtes, une vision qui en finit « avec cette image d’une vie animale tranquille, qui se confond avec la toujours bonne nature et la certitude de l’issue immanquablement favorable que procure l’instinct » (p. 265).
LA CAUSE ANIMALE, ESSAI DE SOCIOLOGIE HISTORIQUE, 1820 – 1980 – par Christophe Traïni – éditions Presses Universitaires de France
En fait celui-ci m’a trouvé tout seul comme un grand. Pas encore dans l’acquisition, mais j’ai vraiment envie de lire des choses historiques sur le sujet. Et puis de bons échos !
SANS L’ORANG OUTAN – par Eric Chevillard – éditions de Minuit
Un roman en zoo, conseillé, mais encore inconnu de ouam, apparaîtrait à la fois drôle et apocalyptique. Je n’en dis pas plus, j’attends les retours !
QUAND LES ELEPHANTS PLEURENT, LA VIE EMOTIONNELLE DES ANIMAUX – par Jeffrey Moussaieff Masson & Susan McCarthy – éditions J’ai Lu, 1991
Trouvé tout seul son chemin aussi, ce qui est logique concernant les éléphants, parmi une très longue biblio déjà égarée, j’avais noté celui-ci. D’autres sont sortis depuis, sur un sujet très similaire, je crois bien. Mais c’est celui-là qui me fait envie et voilà.
Et puis, il faut avouer qu’un article qui commence ainsi pour parler d’un bouquin… Faut pas me dire ça à moi :
Cet ouvrage ne parle pas uniquement d’éléphants.
Cet ouvrage ne parle pas uniquement de tristesse.
Cet ouvrage n’est pas un roman.
CES BETES QU’ON ABAT : JOURNAL D’UN ENQUETEUR DANS LES ABATTOIRS FRANCAIS, 1993-2008 – éditions L’Harmattan, 2009
Celui-ci, je le trouve aussi incontournable que probablement quasi impossible à lire pour moi. (Un peu comme le Dictionnaire horrifié de la souffrance animale, que nous évoquerons tout à la fin). Comment dire, tout est dans l’intitulé. Et pour vraiment se dessiller les yeux, et tenter cet autre impossible qui est d’imaginer la vie réelle dans les abattoirs, il faut aller chercher du côté des témoignages de vétérinaires, notamment dans les Cahiers antispécistes (voir aussi en bas). Une enquête clinique, voilà tout ce qu’il faut pour asseoir la réalité.
§
…JE VOUDRAIS LES LIRE…
L’ANIMAL SINGULIER – par Dominique Lestel – éditions du Seuil
Un de ceux qui m’appellent le plus, et il y en a. Posant la question précise, foncière, après laquelle je cours depuis le début de cette biblio et pour longtemps : qui est sujet. Cette question est développée par un long du livre dans ce billet : Qui est sujet ? Profond tournant du monde, retour et nouveauté, sur le blog Jadislherbe. En voilà le 4ème de couv, attention l’expérience “Vertige de singe” évoquée en introduction nous pend encore au nez :
Notre conception de la différence entre l’homme et l’animal est en train de changer radicalement, à la lumière des recherches les plus récentes. Des questions nouvelles émergent, iconoclastes autrefois, incontournables aujourd’hui : l’animal est-il un sujet ? Est-il une personne ? Contrairement à ce que croient les tenants de la thèse positive ou ceux de la thèse négative, la réponse ne va pas de soi. Se limiter à étudier les animaux à l’état naturel n’est pas suffisant ; il faut de surcroît se pencher – et c’est ce que fait ici Dominique Lestel – sur les communautés hybrides, qui rassemblent des animaux et des êtres humains unis par des intérêts complémentaires. L’expérience la plus étonnante à cet égard est celle des « singes parlants » Si étonnante qu’il n’est pas facile de l’interpréter correctement, ni d’en mesurer les conséquences qui vont bien au-delà du cadre dans lequel elle a été pensée et pratiquée. Entre ces animaux qui deviennent des personnes et nos machines, sophistiquées, qui demain, à force de complexification, deviendront presque des animaux, c’est notre statut même d’homme qu’il nous faudra redéfinir.
HISTOIRE DE LA CORRIDA EN EUROPE DU XVIIIe AU XXIe SIECLE
J’avais dit un mot de la corrida dans le billet Garder ses cornes. Comme pour d’autres, la lecture de ce livre-ci est aussi espérée que redoutée. Je veux parfois éviter de trop me retourner l’estomac, de plonger trop profond dans les marées noires de la pulsion de mort.
Bref. L’ouvrage est commenté sur le blog très fourni Animal mon prochain, et Décitre nous donne les clefs :
Jusqu’au XXe siècle, le sujet était “interdit à ceux qui n’en ont point de charge et ne sont de la profession”.
En conséquence, les amoureux espagnols et français de la corrida, les aficionados, ont rempli des bibliothèques entières de leurs textes, descriptions à vocation littéraire ou touristique, fictions érotiques ou héroïques, toujours du point de vue de l’homme, jamais de celui du taureau. Cette époque est close. L’Histoire avec un grand H, celle des mentalités, des pratiques ludiques et culturelles, les études picturales, littéraires, juridiques, médiatiques passent au crible de l’ardente curiosité de l’auteur.
Elle exploite tous les documents et références relatifs à la corrida, de Canetti à Coluche, de Goya aux publicités, en passant par M. Leiris, G. Bataille, Hemingway et Montherlant, ainsi que les actuels grands traités sur la violence et la victimologie. L’auteur suit les politiques sur les gradins, les électeurs dans les sondages, les aficionados dans leurs déclarations, les “empêcheurs de torturer en rond” aux arènes et aux conseils municipaux.
Si on les interroge, tout et tous parlent, les taureaux aussi.
- Pourquoi courir après les taureaux
- Quatre tercios pour une corrida
- Voyageurs du XVIIIe siècle à la corrida
- ” Donne-nous aujourd’hui notre sang quotidien “
- Les ” fascinantes atrocités ” romantiques (Théophile Gautier)
- Au-delà des Pyrénées et des lois, Séverine et Hugo
- 1928, tout change, en piste et dans les têtes
- ” Sous la caution du prétexte ethnographique ” (M-Surya)
- 1945 : Tout croire pour tout oublier
- La corrida se transforme, la violence se perpétue
- Le choc des éthiques
- Protagonistes versus antagonistes
Historienne des arts et des mentalités, Elisabeth Hardouin-Fugier a travaillé sur l’art mystique et religieux, les étoffes les fleurs et les natures mortes.
Sur les rapports de l’homme avec les animaux, elle a notamment publié un précis historique sur la corrida (avec E. Baratay) et une histoire des jardins zoologiques. Elle étudie actuellement l’entrée de l’animal dans le droit, en particulier allemand (colloque du groupe d’études autrichiennes et allemandes, université de Rennes, 2004) et européen (Le droit européen de l’animal, Les animaux dans le droit européen, Limoges, 2005, et Conseil de l’Europe).
Ils ont l’air bien ses autres livres aussi, hein ?
Je rappelle l’existence de la pétition Non à l’inscription de la corrida à l’Unesco…
Que je vous invite à signer, ainsi que l’intégralité des autres pétitions reliées sur la Clef de Fa, d’ailleurs. (Y a du boulot !)
WILD WONDERS OF EUROPE – par l’association éponyme
Un vrai beau livre d’images extraordinaires… Parce que tout ça manque peut-être un peu de visuel, et qu’il n’est que temps de souligner la beauté inhérente à ce monde, quand même. Que nous ne faisons pas tout cela uniquement pour canaliser nos colères et leur donner une direction (celle de la justice, comme a préconisé l’hexagramme que j’écoute sagement). Mais aussi, et peut-être avant tout, pour la beauté.
(…Vraiment, ce qu’il est beau !!!)
LES DROITS DE L’ANIMAL – par JM Coulon et JC Nouët – éditions Dalloz (logique !)
Je renifle la piste tracée par Hel’, qui est revenue plusieurs fois sur ce petit ouvrage qui semble ma foi tout à fait important et central. Je vous laisse vous référer à ce qu’elle en a dit (à éditer – pardon mais je ne retrouve pas ^^”), et je me le note en haut de la liste. Parce que l’approche juridique, si elle n’est pas une des plus lyriques (encore que, desfois), est un des angles majeurs de la problématique du rapport animal/humain, rapport de sujet puis relation d’objet. (Pour une fois je les fais passer en premier). A étudier, vraiment.
(Remarque à la buvette. Ma Lettre au Père Pétuel va se retrouver considérablement augmentée, à nouveau, damned ! Des mises à jour en perspective, des découvertes ainsi que des découverts et un fort besoin de quatre vies supplémentaires pour lire tout ça…)
KALUCHUA – par Michel de Pracontal – éditions Seuil, 2010, 190 p.
Voici qu’il va être ardu de clôturer un jour cette Bulle ouverte, si l’on me pardonne l’image. Je tombe nez à nez avec ma préoccupation du moment, celle qui me hante entre toutes, l’animal si proche de moi qu’il met mal à l’aise en ma demeure, le singe en couverture, ne me regardant pas dans les yeux – pour une fois – mais apprenant quelque chose à son enfant. Le sous-titre vaut celui des plus pointus bouquins d’anthropologie : “Cultures, techniques et traditions des sociétés animales“. L’ouvrage ne s’en tient pas qu’aux primates (et je m’aperçois avec horreur que j’ai totalement omis de parler de Jane Goodall ! Honte absolue à moi), et sans trop tergiverser je recopie in extenso l’article issu de la revue L’Ecologiste n° 33 (que je vous recommande vivement), pour transmettre le turlupinage et le vertige des consciences, et regarder, définitivement, les canards d’une autre manière, ainsi que ceux qui les regardent :
“Kaluchua
“Seul l’homme a une culture”… Voilà une idée remise en cause dans cet ouvrage explorant l’intelligence animale et la capacité chez certaines espèces à acquérir des techniques nouvelles et à les transmettre. Car tout le savoir animal n’est pas inné et immuable. La primatologue Jane Goodall avait déjà montré que les singes savaient se servir d’outils, mais la transmission culturelle est une découverte récente. L’ouvrage se divise en plusieurs courts chapitres présentant des études de cas. Par exemple, le lavage des pommes de terre, découvert par un de ses membres, devenu une habitude acquise dans une troupe de macaques observés au Japon ; ou bien la pratique du casse-noix pratiquée dans un groupe de singes de Côte d’Ivoire, transmise à la descendance et méconnue dans le groupe de singes voisin.
Autre exemple : le chant des baleines à bosse, qui est la parade des mâles, est-il uniquement inné ? 2 mâles sur 82 enregistrés sur la côte est de l’Australie faisaient entendre un chant différent des autres. Non seulement ce chant s’est propagé à l’ensemble du groupe de baleines l’année suivante, mais il a été enregistré deux ans auparavant chez un autre groupe sur la côte ouest !
Quant à la question du langage, des expériences montrent que les singes sont capables d’abstraire et de composer des phrases à l’aide d’un système de jetons en plastique renvoyant à une idée, comme ce chimpanzé Sarah recueilli dans la forêt africaine qui dit “oiseau eau” en voyant un canard. Mais les expériences montrent que les catégories syntaxiques restent limitées, par exemple, dans l’état actuel des connaissances, les singes ne posent pas de questions, contrairement aux enfants. En bref, le chimpanzé n’est pas un humain auquel il manque la parole, mais comme d’autres animaux, il peut avoir une culture !”
…Je passe sur la conclusion de l’auteur de l’article, dont je ne sais pas encore si elle est de son fait ou si elle est issue du bouquin. Cela n’enlève rien à l’intérêt général de la chose. (Et ça donnerait limite envie de se recycler en éthologue les jours de grande fatigue !)
En voici une critique sur L’Ecologithèque.
LE PROJET GRANDS SINGES – par Paola Cavalieri & Peter Singer – éditions One Voice
Découvert et commandé parallèlement à d’autres, toujours sur la pile (poilue) à lire, il comporte un article de Jane Goodall (l’honneur est sauf) est a le bon goût d’être en papier recyclé ; voici le 4ème :
Le Projet Grands Singes est un projet révolutionnaire : étendre les droits fondamentaux de la personne humaine au-delà de notre espèce, pour en faire bénéficier les chimpanzés, les gorilles et les orangs-outans. Pourquoi un tel projet ? De la tribu à la nation et de la “race” à l’espèce humaine tout entière, en passant par l’émancipation des esclaves et par l’émancipation de la femme, la sphère de l’égalité morale s’est élargie au cours de notre Histoire. Selon les auteurs de ce livre, il est temps de franchir une nouvelle étape dans ce processus et de cesser de tracer inconsciemment, selon un critère d’espèce, les mêmes barrières mentales que celles que certains traçaient naguère selon un critère de tribu, de race ou de nation.
Cette édifiante série de 31 essais, rédigés par de célèbres spécialistes de diverses disciplines – éthologues, biologistes, philosophes, etc – remet en question bien des idées reçues. Expériences vécues, observations scientifiques, argumentations juridiques, raisonnements philosophiqueset considérations d’éthique, c’est un tour d’horizon complet de la question des droits des grands singes qui nous est proposé ici.
EDIT de février 2012 : enfin lu et très aimé, je recopie ici ce que j’en dis dans les Livres d’Anagantios :
31 articles sur ce très beau projet de charte de ‘communauté des égaux’, communauté qui inclurait tous les grands singes à savoir : l’être humain, les gorilles, les chimpanzés et les orangs-outans. Il n’est point question ici de donner les mêmes droits à tout le monde – ça n’aurait pas de sens, juridiquement – mais d’élargir la frontière spéciste entre l’homme et les autres animaux, en commençant par là, par une charte prônant le droit à la vie, à la liberté individuelle, à la protection, à l’interdiction de privation de liberté sans crime, à l’abolition de la torture. Déjà un bon programme ! Parfois ardu mais très varié, l’ouvrage aborde, avec des spécialistes, le versant philosophique, éthologique, juridique, etc… Je suis restée un peu sur ma faim concernant les exemples cliniques, mais ils restent tout de même bien fournis et comptent parmi les articles les plus percutants, répondant clairement à la question sur l’accès au symbolique, aux représentations mentales, à la théorie de l’esprit, aux cultures animales…
Je rejoins l’avis de plusieurs auteurs qui estiment que cet ‘élargissement des frontières’ n’est certes pas suffisant ou satisfaisant en soi, mais qu’il peut constituer un progrès, une étape dans la reconnaissance et le respect du vivant dans son intégralité. Une lecture passionnante, qui donne des envies d’aller découvrir et observer ces grands singes qui ont beaucoup à nous apprendre !
§
…PELAGES : REVUES & LABYRINTHES…
Toutes les personnes qui alimentent et animent les lieux suivants, les tisserands des liens ci-dessous sont à remercier du fond de nos cœurs de bêtes !
Voici :
Cahiers anti-spécistes – adresse obligatoire pour toute recherche sérieuse sur le sujet !
Animal mon prochain – j’aimerais bien m’y abonner, mais je ne trouve pas le bouton qui va bien. (et ne me parlez pas de Darwin)
Bibliothèque d’un végétarien – biblio bloguée et commentée sur le gros blog Journal d’un végétarien. Nombreuses mises à jour, par ex., “Confession d’une mangeuse de viande” qui a son petit succès.
Animalia, des animaux et des livres – au volume impressionnant : très nombreuses références pour biblio très détaillée, sommaires, extraits, critiques, revue de presse etc. Une mine !
One Voice – pour une éthique animale et planétaire – un rayonnage où l’on peut acheter en ligne, et qui édite aussi (notamment Théologie animale, et Le Cochon qui chantait à la lune).
Une biblio sans fin sur Cairn – mais je ne suis pas sûre-sûre de la pertinence du lien – je recherche ledit ‘sujet’ dans les lectures là-bas listées.
Petite bibliographie pour la cause animale (seconde partie ici) – celle-ci semble plus proche du sujet et fort intéressante. Deux ou trois titres m’y font de l’oeil, si je puis dire, je les copie pour mémoire :
LES LARMES DU BODDHISATVA – par Shabkar Tsokdruk Rangdrol – éditions Padmakara, 2005 (192 pages – 15€)
L’EGALITE ANIMALE EXPLIQUEE AUX HUMAIN-E-S – par Peter Singer – éditions Tahin Party, 2007 (75 pages – 3€)
En fait je crois bien que je l’ai déjà ce texte, via ma sister.
Et d’autres pistes sur L’Ecologithèque (attention, on y passe aussi des heures), comme par exemple en tête de rayon :
DICTIONNAIRE HORRIFIE DE LA SOUFFRANCE ANIMALE – par Alexandrine Civard-Racinais, éditions Fayard
…je le cite car il a le grand mérite d’exister, que je n’aurai jamais le courage de le lire, et qu’il a dû falloir avoir un sacré courage pour l’écrire.
EDIT : l’article d’Hypathie sur le livre de Carol Adams “THE SEXUAL POLITICS OF MEATS”, au lieu passé par Shambalah dans les commentaires, est *vraiment* à lire, je ne saurais trop vous le conseiller. Je découvre ce site féministe et anti-spéciste ! Moult autres pistes et développements dans une folle succession de plus de 50 comm’, piochez, creusez, et servez-vous !
§
…PLUMAGES : LITTERATURES…
Dans le billet Villes * Bêtes * Orchidées, je parlais d’une interview de Marguerite Yourcenar (“Ce que Marguerite voyait” sur le site Natural Writers).
Alors justement, et pour finir.
Cette BiblioBulle ne serait pas complète sans un lien qui arrive à la fin mais qui est absolument à visiter, un sentier de guerre assez indépassable, la voie royale des livres, bien sûr, la voix mondiale des écrivains antiques ou modernes qui nous parlent encore et encore :
Bibliothèque Virtuelle des droits des animaux
Avec des références de Garcia Lorca, de Plutarque, de Derrida, de Colette, de Sénèque, de Porphyre, de Farrachi et de Lévi-Strauss, et de tant d’autres…
Où il est temps de rappeler, et pas seulement pour les fins de dîner, que des personnes comme Hugo, Zola, Elisée Reclus, ont été farouchement opposés à la corrida. Okay ?
J’achève ce billet inachevable (et interminable) par le grand Ovide, dont la voix résonne jusqu’à nous dans le livre XV des Métamorphoses :
« Comme il se fait d’horribles goûts, comme il se prépare à verser un jour le sang humain, celui qui égorge de sang-froid un agneau, et qui prête une oreille insensible à ses bêlements plaintifs ; celui qui peut sans pitié tuer le jeune chevreau et l’entendre vagir comme un enfant ; celui qui peut manger l’oiseau qu’il a nourri de sa main ! Y a-t-il loin de ce crime au dernier des crimes, l’homicide ? N’en ouvre-t-il pas le chemin ? Laissez le bœuf labourer, et ne mourir que de vieillesse ; laissez les brebis nous munir contre le souffle glacial de Borée, et les chèvres présenter leurs mamelles pleines à la main qui les presse. Plus de rêts et de lacs, plus d’inventions perfides ; n’attirez plus l’oiseau sur la glu, ne poussez plus le cerf épouvanté dans vos toiles, ne cachez plus, sous un appât trompeur, la pointe de l’hameçon. »
(Où l’on remarquera que la critique de la consommation de viande et de la chasse, et la racine de la violence, s’arrête avant la critique de l’exploitation animale complète ; il est vrai que c’étaient d’autres temps, et que la prémonition était déjà fort belle pour qu’on lui pardonne, entièrement, de n’être pas encore-plus radicale.)
§
Je vous souhaite de bien belles lectures.
Je vous souhaite de voir dans le miroir, dans la rétine autre,
de pleurer toutes les larmes de votre corps, et de garder les yeux ouverts.
Je vous/nous souhaite un doute, un changement.
Permanent.
:)
§
Image de tête issue des Cahiers anti-spécistes et croisée par bonheur ici : En un seul regard.
… Bon, je n’ai plus de salive, à vous ! :)

Pfiou, grosse remise à jour, remise en page et déménagement. Voilà, c’est ainsi bien plus lisible, j’espère.
J’essaie aussi dès que possible, comme promis, de translater les 73 commentaires ici. Mais je manque de temps, je dois aller voter et mah-jongguer, et je crains fort qu’il ne me faille les reprendre un à un, ce qui ne me met pas en joie !
Bonnes lectures à toutes et à tous :)
* CECI EST UN ESSAI *
Je tente de recaler ici les ’74 Comments’ qui prennent la poussière dans le billet d’origine. J’espère que cela restera un tout petit petit peu lisible, et quant à la longueur de la présente page, bah, elle est déjà considérable, donc… Allez je teste.
Edit : bon, c’est impossible, illisible, et on ne peut plus répondre – si jamais quelqu’un par delà l’espace-temps souhaitait rebondir sur un point très précis… J’abandonne ! Je ne regrette pas d’avoir translaté le billet, car lui en devient certes plus accessible, et pour les comm’, tant pis je laisse comme ça. Si plein de temps devant soi (je sais que…) et envie de réagir sur une zone de discussion, ne pas hésiter à copier-coller une partie des anciens commentaires dans votre commentaire actuel pour reprendre un peu le fil… Merci :)
(ce que je suis brouillon aujourd’hui)
(Tiens, je n’ai toujours pas translaté les X commentaires de ce billet, du coup. Il faut vraiment que je m’en occupe…)
Via Nathalie et avant que l’article ne soit réservé qu’aux abonné-e-s, je recopie ‘bêtement’, c’est le mot, une interview de Frans de Waal concernant “L’âge de l’empathie”. Très très intéressant, si l’on supporte quelques descriptions d’expérimentations sur la souffrance d’autrui (ils auraient tout de même pu le prouver autrement, enfin je l’espère), et voici donc :
«L’empathie caractérise tous les mammifères»
Interview
Singe, homme, morale par Frans de Waal
Frans de Waal L’Age de l’empathie. Leçons de la nature pour une société solidaire Traduit de l’anglais par Marie-France de Paloméra. LLL, Les liens qui libèrent, 350 pp, 21 €.
Dans le monde des singes et de ceux qui les étudient (les primatologues), Frans de Waal occupe une place particulière. D’abord, c’est un homme dans un monde de femmes, ou presque. Jane Goodall et ses chimpanzés, Dian Fossey et ses gorilles, Shirley Strum et ses babouins… Ensuite, plus que les autres, Frans de Waal est un théoricien. Livre après livre (la Politique du chimpanzé, De la réconciliation chez les primates, Bonobos : le bonheur d’être singe…), il est allé bien au-delà des observations de terrain. C’est lui qui a longuement et malicieusement décrit les relations complexes, subtiles et troublantes des bonobos, ces singes qui font l’amour au lieu de faire la guerre, à toute heure de la journée et à toutes sortes de partenaires. C’est aussi lui qui a sans cesse comparé les comportements, les alliances, les sentiments même, des singes avec ceux des hommes.
En 1842, revenant du zoo de Londres, la reine Victoria avait déclaré : «L’orang-outan est trop merveilleux… Il est horriblement, douloureusement et désagréablement humain.» L’homme est un singe comme un autre, que cela nous ravisse ou nous horrifie, nous l’avons toujours vaguement su. Les livres de Frans de Waal nous le rappellent tous, mais cette fois plus directement encore, puisque l’Age de l’empathie est explicitement annoncé comme un livre sur les sociétés humaines.
Partant des notions d’empathie et de sens de l’équité, sentiments que, montre-t-il, nous ne sommes pas la seule espèce à éprouver, il s’interroge sur la nature humaine et ses relations avec la société. A un moment, il cite la phrase : «Suis-je le gardien de mon frère ?» Voici la citation complète : «L’Eternel dit à Caïn : où est ton frère Abel ? Il répondit : je ne sais pas, suis-je le gardien de mo n frère ?» (Genèse 4 ;9). La référence indique que de Waal n’est pas seulement un primatologue, mais aussi un protestant néerlandais vivant depuis trente ans aux Etats-Unis. C’est de ce regard sur la société qu’est né ce livre. Quant à la question de Caïn, la réponse de Frans de Waal ne fait pas de doute : oui, certainement, chacun d’entre nous devrait être le gardien de son frère.
Nous l’avons rencontré lors de son passage à Paris.
D’où vient cette réflexion sur l’empathie ?
Tout a commencé il y a trente ans, quand j’ai découvert un comportement dit de «consolation», de réconfort, chez les chimpanzés. Après une bagarre, celui qui a perdu est consolé par les autres, ils s’approchent, le prennent dans leurs bras, essaient de le calmer. Dix ans plus tard, j’ai entendu parler du travail de la psychologue Carolyn Zahn-Waxler, qui testait l’empathie chez les enfants. Elle demandait aux parents ou aux frères et sœurs de pleurer ou de faire comme s’ils avaient mal, et les enfants, même très jeunes, 1 ou 2 ans à peine, s’approchaient, touchaient, demandaient comment ça allait. Ce qu’elle décrivait était exactement ce que j’avais appelé le comportement de «consolation» chez les chimpanzés. C’est à partir de ce moment que j’ai commencé à regarder le comportement des chimpanzés, et des singes en général, en me posant la question de l’empathie.
Vous avez testé l’empathie chez les primates ?
Il y a eu des dizaines d’expériences. Je vous citerai celle où des singes refusent d’activer un mécanisme qui leur distribue de la nourriture quand ils réalisent que le système envoie des décharges électriques à leurs compagnons. Leur sensibilité à la souffrance des autres était telle qu’ils ont arrêté de se nourrir pendant douze jours.
Vous affirmez que cela va bien au-delà des singes.
Depuis quelques années, on a en effet des exemples nombreux et troublants : des dauphins qui soutiennent un compagnon blessé pour le faire respirer à la surface, des éléphants qui s’occupent avec beaucoup de délicatesse d’une vieille femelle aveugle… Je pense que l’empathie est apparue dans l’évolution avant l’arrivée des primates : elle est caractéristique de tous les mammifères et elle découle des soins maternels. Lorsque des petits expriment une émotion, qu’ils sont en danger ou qu’ils ont faim, la femelle doit réagir immédiatement, sinon les petits meurent. C’est ainsi que l’empathie a commencé. Ça explique aussi pourquoi l’empathie est une caractéristique plus féminine que masculine.
Vous dites que cette place de l’empathie doit faire changer nos hypothèses sur la nature humaine, qui n’est pas faite que de compétition.
Nous sommes aussi programmés pour être empathiques, pour être en résonance avec les émotions des autres. Cette résonance est une réaction automatique sur laquelle nous avons peu de contrôle. En revanche, nous avons un contrôle sur ce que nous en faisons. On a tendance à dire que, lorsque les humains agissent «bien», c’est à cause de la culture et ou la religion. Et quand ils agissent «mal», on accuse la nature : «nous nous entretuons parce que nous sommes comme des animaux». Je ne suis pas d’accord. La vérité, c’est que les «bons» côtés de la nature humaine, tout comme les «mauvais», nous les partageons avec les autres animaux, pas seulement l’agressivité, mais aussi l’empathie ou l’attachement.
Vous faites une distinction très nette entre empathie et sympathie.
L’empathie, c’est être sensible aux émotions ou à la situation de l’autre. C’est une réaction automatique, qui est très ancienne. En elle-même, l’empathie est neutre. Elle est souvent associée à des comportements positifs, mais elle peut aussi être utilisée à des fins négatives. Par exemple quand des bourreaux savent ce qui est douloureux pour ceux qu’ils torturent. La sympathie a une composante active : on veut aider celui qui est dans la détresse.
Les psychopathes, dites-vous, sont dénués d’empathie.
Il est sûr qu’un psychopathe a toutes les composantes cognitives de l’empathie : il comprend les désirs et les intentions des autres… Mais il est totalement indifférent à ce qui leur arrive. Parmi les gens que Bernard Madoff, l’escroc de Wall Street, a trompés, il y avait des gens qu’il connaissait très bien, des amis. Il avait toutes les aptitudes pour comprendre leur point de vue, sinon il n’aurait pas réussi, mais il y avait sans doute chez lui une déconnexion émotionnelle.
James Blair, un chercheur britannique, a une théorie sur la manière dont on devient psychopathe. Il pense que certains enfants sont dépourvus de cette “résonance” émotionnelle. Quand ils se disputent avec un frère ou une sœur, si l’autre pleure, ils ne sont pas sensibles à son chagrin. En grandissant, ils apprennent qu’ils peuvent obtenir ce qu’ils veulent en frappant leur frère ou en leur prenant un jouet, sans qu’il y ait jamais de conséquences négatives puisqu’ils ne sont pas sensibles à la souffrance des autres.
Ce livre est-il aussi un projet politique ?
Il contient une réflexion sur les sociétés humaines, et la manière dont certains politiques utilisent la biologie pour justifier leurs idées. Beaucoup de conservateurs, surtout aux Etats-Unis, justifient une société extrêmement compétitive en disant que la nature est compétitive et qu’il est bon de vivre dans une société qui imite la nature. C’est une interprétation abusive : oui, la compétition est importante dans la nature mais, on l’a vu, il n’y a pas que ça. Au moment où je finissais le livre, la crise économique a éclaté. C’est intéressant, parce qu’elle est une illustration de ce qui a mal tourné dans cette société si compétitive. Aux Etats-Unis, le raisonnement était : si on laisse faire la «main invisible du marché», une expression d’Adam Smith, tout ira bien. Nous avons vu que la main invisible n’a pas fait grand-chose pour nous aider. Du coup, il y a maintenant aux Etats-Unis une réflexion sur les bases de la société, la nature humaine, la solidarité…
Vous dites qu’il est temps de réhabiliter Adam Smith.
Adam Smith a écrit deux livres. La Richesse des nations, que tous les économistes connaissent. Et Théorie des sentiments moraux, que tous les philosophes connaissent, et où il parle de «sympathie». Il affirmait qu’on ne peut bâtir une société uniquement sur l’activité économique et qu’il faut prendre en compte ce que sont les hommes. C’est lui qui a écrit : il y a dans la nature de l’homme des principes «qui le conduisent à s’intéresser à la fortune des autres et qui lui rendent nécessaire leur bonheur, quoi qu’il n’en tire rien d’autre que le plaisir de les voir heureux».
Une chose est déconcertante dans la politique américaine, c’est la référence continuelle à la biologie et à la religion.
Les conservateurs américains aiment faire référence à l’évolution, mais toujours dans le sens qui les arrange : «nous sommes faits pour la compétition, il y a une lutte pour la survie». Par contre, ils ont beaucoup de problèmes avec la vraie évolution darwinienne, il n’y a qu’à voir le succès du créationnisme.
Quant au Nouveau Testament, ils y font continuellement allusion, tout en ignorant les références à la compassion. Cela dit, il y a maintenant aux Etats-Unis un nouveau mouvement de prédicateurs «alternatifs», qui affirment qu’il est temps de retourner aux sources de la Bible et de mettre l’accent sur la compassion. Par exemple, disent-ils, un système de sécurité sociale qui couvrirait tout le monde, serait une chose chrétienne.
Vous évoquez la réticence des chercheurs à parler des émotions animales : leurs raisons seraient moins scientifiques que religieuses.
La psychologie vient de la philosophie et la philosophie vient de la théologie. Dans les départements de psychologie et de philosophie, il y a toujours eu une forte tendance à mettre l’accent sur la distinction homme/animal. On est tout le temps en train de s’y demander quel est le propre de l’homme. A la différence des biologistes, pour lesquels l’homme est un animal. Pour moi, c’est intéressant de regarder les psychologues : ils essaient toujours de tracer cette ligne de séparation et ils ne sont d’ailleurs jamais contents. Ils ont d’abord dit que la spécificité de l’homme tenait à l’usage des outils, puis à la culture… Au fur et à mesure que leurs arguments tombent, ils en proposent d’autres. Mais je ne pense pas qu’ils trouveront, parce que toutes les grandes capacités, comme la moralité, se divisent en petites capacités, présentes chez les animaux. Dans la morale, il y a de l’empathie, qui existe chez beaucoup d’animaux. Il est peut-être vrai que la morale, telle qu’elle existe chez l’homme, ne sera jamais trouvée chez un autre animal, mais ça ne veut pas dire qu’il n’y en ait pas certains éléments ailleurs. Les différences sont moins absolues que les gens ne le croient.
En parlant des trois religions monothéistes, vous remarquez qu’elles sont nées dans le désert, dans des pays sans singes…
Les religions occidentales sont nées dans le désert. Dans le désert, à quel animal l’être humain peut-il se comparer ? Au chameau ? L’homme et le chameau sont de toute évidence très différents. Il est donc très facile de soutenir que nous sommes complètement différents des animaux, que nous ne sommes pas des animaux, que nous avons une âme et que les animaux n’en ont pas. Quand on lit le folklore de nos sociétés, les fables de La Fontaine par exemple, on y rencontre des renards, des corbeaux, des cigognes, des lapins… mais pas de singes. Alors que les folklores asiatiques sont pleins de gibbons, de macaques… En Inde, en Chine, au Japon, il y a toutes sortes de singes. Le développement des civilisations s’y est fait en compagnie des primates, c’est à cette sorte d’animaux que les Asiatiques se comparent. Du coup, la ligne de séparation n’est jamais très nette. Dans le livre, je raconte que, lorsque, pour la première fois au XIXe siècle, les habitants de Londres et de Paris ont vu des grands singes, ils ont été choqués, dégoûtés même. Dégoûtés en voyant un orang-outan ? Ça n’est possible que si on a de soi une idée qui exclut l’animal. Sinon, on voit un orang-outan et on se dit : si ça, c’est un animal, alors peut-être que moi aussi je suis un animal. Aujourd’hui, bien sûr, c’est différent. Les gens se sont habitués à l’idée qu’ils sont des grands singes et à se voir eux-mêmes comme des animaux. Jusqu’à un certain point, en tout cas, en dehors des départements de philosophie.
Merci d’avoir sauvegardé l’article, repéré par le même réseau de résistance ^_^
En aparté (quoique pas tellement, ou pas du tout, en fait) : même ressenti, même malaise sur la nature des expérimentations, ça pose un grave souci d’éthique (surtout alors qu’il s’agit, justement, de faire tomber certaines barrières mentales humain / animal – non seulement ça coince sur l’éthique, mais c’en devient limite contradictoire dans le principe, rétroactivement – chais pas si je suis claire ?)
Et je ne peux m’empêcher de repenser très fort aux dernières pages de Bidoche qui m’ont fait grande impression, quand il évoque, via Vinciane Despret, les recherches de Thelma Rowell sur les moutons. Expérimentation ? nope, observation, patient apprentissage de la lenteur. Impressionnée j’étais… c’est ça, idéalement, à mes yeux, la recherche scientifique à l’âge de l’empathie.
“Apprendre à regarder les moutons se lever”, plutôt que leur balancer des décharges électriques pour expérimenter ce qui les fait lever.
(Bon, et puisqu’on est dans l’expérimentation animale, une bonne grosse pensée aux parisiens qui iront battre le pavé aujourd’hui pour manifester contre les compagnies pratiquant le transport d’animaux de laboratoire ==> http://www.airsouffrance.fr/
Je serai au boulot au moment de la manif’, mais totalement présente par le coeur !)
Une belle journée à toi, miss :-)
Hey toi :)
Très claire sur la contradiction, oui. J’ai pu ressentir un peu de ce feeling à la lecture de “L’âge de l’empathie”, pas seulement dans l’itw, feeling tout mélangé puisque le monsieur fait également état d’un grand nombre d’expériences – nommées telles – qui sont effectivement des observations cliniques – formule que j’aurais utilisé de préférence -, où ce qui est recherché, observé et analysé n’est pas la réaction à un stimuli de souffrance mais la réaction à bien d’autres choses, d’autres situations, le comportement animal face à, par exemple, un miroir (les éléphants sont hyper forts à ce jeu, ce qui pose à nouveau, bien sûr et vu de l’angle psy, la question du stade du miroir et du sujet ^_^), face à plusieurs choix possibles devant telle situation.
Il m’est avis que le fait qu’utiliser la douleur comme critère de base ou étape nécessaire, est non seulement, tu l’as dit, assez aberrant sur le plan éthique, mais qu’en plus cela constitue un biais. On peut considérer que les résultats sont faussés, quand on veut voir et comprendre un comportement animal, à partir du moment où on place l’animal dans un état d’angoisse, de stress, d’agressivité, de panique, bref, sur le plan émotionnel et même endocrinien et physique, le pire état psychologique possible pour faire des tests dignes de ce nom.
C’est pareil pour les humains. On a des batteries de tests psychométriques ou autres, et l’on sait bien que stresser à mort la personne testée avant le test, voire lui balancer de vieilles décharges électriques si elle a le malheur de se planter – ce qui arrivera immanquablement dans pareil dispositif -, c’est la meilleure façon d’aboutir à un résultat biaisé, faux, inutilisable, un non-sens. Donc bon.
Wai, le rapport des attitudes moutonnières (si l’on pouvait nettoyer ma formule des préjugés anthropomorphes qui y sont tenacement collés !) dans “Bidoche”, et de la manière de les appréhender, a constitué une des découvertes les plus fascinantes. C’est une belle fin, et c’est juste génial :)
Merci pour le lien vers la manif ! Je ne pourrai bien sûr pas y être cet aprème, mais je vais voir ça, et voir s’il y a une pétition ou autre. Belle journée à toi aussi (je devrais normalement trouver un moment ce WE pour les épistolaires choses que tu sais :) )
Edit : ah oui voilà, il y a une lettre à faire à Air France KLM !
Edit de Edit : lettre envoyée et personnalisée. La lettre-type était un peu sèche dont j’ai augmenté et argumenté quelque peu. (avec même un imparfait du subjonctif, ils ne peuvent pas refuser, là !)
Alors voilà, si l’on veut s’en inspirer éventuellement, je leur ai écrit ça :
“Madame, Monsieur, Cher représentant d’Air France-KLM,
Je vous écris pour vous faire part de ma déception et de mon mécontentement : votre entreprise continue de transporter des animaux destinés aux laboratoires, et ce malgré le fait que l’opinion publique, dans une appréciable majorité de 80%, et un monde scientifique grandissant jugent l’expérimentation animale inefficace, inacceptable et inutile.
Les animaux sont soumis à une souffrance extrême dans des expériences cruelles et sans intérêt. Ils peuvent subir, entre autres, des actes chirurgicaux invasifs sans anesthésie, des inhalations forcées de gaz nocif, des gavages de produits chimiques et l’injection de poisons. Il s’avère par ailleurs que l’utilisation de la toxicologie cellulaire comme alternative scientifique à la torture animale s’avère une voie d’avenir, non seulement sur le plan éthique, bien sûr, mais également sur le plan médical, puisque les récents et moins récents résultats de pharmacovigilance internationale ont mis au jour que les scandales médicamenteux les plus frappants (comme le thalidomide, le distilbène) étaient dûs à un report sans fondement des résultats des expérimentations sur une espèce animale à l’espèce humaine. Or des espèces différentes réagissent différemment, et les résultats scientifiques analysés sur une espèce dite ne sont pas valables sur une autre espèce, même aussi voisine de nous que celles des primates supérieurs.
Dans le cas des primates, et en évitant tout anthropomorphisme de mauvais aloi (anthropomorphisme dont j’eusse aimé que les auto-proclamés scientifiques s’abstinssent, justement), je ne peux que préciser que l’étude des primates extraits de leur environnement naturel et de leur biome aboutit à des résultats d’observation sans validité clinique. Cela correspond à des études in vitro, hors sol et hors contexte, et qui plus est sur des animaux en état de stress physiologique, et non à des observations in vivo, en conditions réelles, sur des animaux non stressés. Ces deux éléments, pour ne citer qu’eux, biaisent les résultats des expériences commises ; cette précision apportée non pour alourdir par trop mon message, mais pour démontrer l’invalidité de l’argument scientifique dans cette situation.
Pour des raisons médicales que je ne vous détaille pas ici, je puis vous assurer que dans le cadre de mon travail quotidien, l’expérimentation animale ne m’est d’aucune utilité, au contraire. Ni pour les pathologies aigües, ni pour les pathologies chroniques, ni pour la prévention ni pour les traitements curatifs, ni pour la recherche étiologique. Rien de tout cela. Non plus qu’elle n’est utile à la protection de l’environnement ; du reste, vous conviendrez du contre-sens assez massif qu’il y a à présenter la torture des animaux, pour des motifs non nécessaires, comme une protection de l’environnement…
Je ne reviens pas sur l’utilisation des expérimentations animales dans le cadre de l’industrie cosmétique, qui pour avoir mutilé et tué des millions de bêtes, n’a pas fait la preuve de son utilité médicale, au point que de nombreuses entreprises cosmétiques transnationales ont cessé depuis des années l’utilisation de telles expérimentations, et s’en portent fort bien ainsi que leurs clientes ravies.
En résumé, je vous présente ma demande d’interruption de participation d’Air France-KLM au transport d’animaux en vue de les torturer, et je suis certaine que ce point intéressera votre entreprise à plusieurs titres :
- au titre de l’éthique, dont je sais que Air France se soucie assurément,
- au titre de l’opinion publique et de l’image publique d’Air France,
- au titre de la pertinence scientifique,
- au titre de la (vraie) protection de l’environnement,
- au titre enfin de votre libre arbitre, dont je ne doute pas qu’il va se manifester sans tarder à la lecture de ce courriel.
Je vous demande de cesser immédiatement votre participation à ce commerce cruel, et de déclarer publiquement que votre entreprise ne transportera plus d’animaux destinés à l’industrie de la vivisection. Je vous remercie de votre attentive lecture, et de la considération que vous pourrez porter à ma demande, et je vous adresse toute ma confiance afin que vous puissiez porter ma réclamation et votre interrogation à ce sujet, au sein de votre entreprise.
Cordialement,”
signé Dr Moi (ça c’est pour l’anonymat de la Clef ;) )
Hey, elle déchire (des contrats commerciaux, on espère), la lettre du Dr You !
(et thx +++ pour le tam-tam répercuteur de mailing :))
Dr Myself at your service ;)
…Ai été un peu à la louche pour les arguments (et pas trop incisive, peut-être, je ne sais), mais comme on en parlait juste avant, du coup c’était tout frais – et mine de rien, à force, tout ça commence à s’organiser un peu dans ma tête. Un peu, quoi, il reste encore d’immenses zones d’ombre !
Ouaip, avec plaisir pour la répercussion, et puis la question de l’image publique, c’est censé leur parler, tout de même. Au moins ça, même si l’aspect éthique les titille moins directement, même si la finalité est de toute façon commerciale, si ça peut fonctionner, on peut avoir bon espoir ! ça a bien marché pour Revlon, les gros cosmétiques américains qui ont arrêté toute expérimentation animale suite aux actions associatives, et qui ont été les premiers d’ailleurs à suivre le mouvement :)
Ayé, “Faut-il manger les animaux” est entre mes mimines ! :)
Reste plus qu’à le lire ^^
C’est ça :D
…Dis donc, ces temps-ci, chaque article qui aborde le végétarisme (avec plus ou moins d’énormités à l’intérieur, mais bon, c’est comme le tofu, faut s’habituer et laisser mariner) fait référence à Sfoer, d’une part, qui officiellement marche très fort, un tout petit peu à Bidoche (bien trop peu à mon goût, parce que s’il y a un pilier de chez pilier sur le sujet, c’est quand même celui-là), et depuis peu au Iacub, “Confession d’une mangeuse de viande”. Qui semble intéressant même si plus tourné grand public que VG pointu. L’air du temps peut-être, je ne sais pas. Mais je suis bien contente que tout ça sorte un peu du bois, en même temps si le végétarisme et les questions sur la condition animale étaient restées très marginales et inconnues, moi la première je n’en aurais jamais entendu parler, ou je n’aurais jamais eu aucun déclic, donc… :)
Bonnes lectures miss !
Un petit tour sur la Clef, et je vois que la discussion continue ! (Je ne reçois plus les nouveaux commentaires sur le mail, et j’ai été un peu occupée ces 6 dernières semaines par une jolie elfe des bois…)
Donc, si même Psychologies s’y met… il y a de l’espoir :
http://www.psychologies.com/Nutrition/Modes-de-vie/Articles-et-dossiers/Pouvons-nous-continuer-a-manger-les-animaux
Peut-être un petit tour en replay pour un débat qui a dû être passionnant :
http://ce-soir-ou-jamais.france3.fr/?page=emission&id_rubrique=1367
A très vite pour la suite, et dites si vous avez lu le livre de Marcela Iacub, thanx
Coucou,
merci pour la mise à jour ! Oui, plus ça va plus le débat semble s’installer confortablement (ou inconfortablement pour beaucoup, on l’espère) sur la place publique. Ce qui veut dire qu’on va entendre des énormités mais tant pis, le principal est que l’idée fasse son chemin :)
Pour les comm’, je pense que tu es abonnée à l’ancien billet, qui est sur la page principale du blog. Ici j’ai fait une ‘Page’ dédiée où j’ai tout transvasé (sauf les commentaires, donc, j’ai pas encore trouvé comment faire sans tout replâtrer d’un bloc ici), et donc pour recevoir les commentaires actuels, il est nécessaire que tu t’abonnes à ceux de cette page, en cochant le pitit truc en bas. Ouala :)
Plein plein de câlins à la petite elfe boisée ^_^
Une critique qui donne envie d’ouvrir vite ce livre tout juste arrivé dans la boîte aux lettres :
http://www.rpdroit.com/index.php?option=com_content&view=article&id=198:qnous-animaux-et-humains-actualite-de-jeremy-benthamq-de-tristan-garcia-le-grand-chambardement-du-qnousq&catid=68:le-monde&Itemid=94
Ah, Tristan Garcia, oui elle est attractive cette critique ! Tu nous diras :)
Je pense que c’est lui dont m’a parlé Philippe avec l’histoire du singe… attends je regarde quelque part dans la B-Bulle…
Oui voilà : “Mémoires de la jungle”, sorti en 2010, et le monsieur est toulousain (sans rapport mais c’est dans ma fiche-mémoire). A l’air intéressant, et après, à en croire mon coin babélien, un gros gros passage de lecture sur des essais, des manuels, des études, j’ai là un bon retour de vague fictionnel, et une grande envie de lire à nouveau des romans, plus que des contes même, du fantastique… Avec cette approche ‘animalistique’, cet oeil un peu neuf, on y trouve de sacrées choses – tiens, j’aurais pu mettre un peu de Kafka dans ce BiblioBulle, il arrive très souvent que je pense à ce cafard qui met tout mal à l’aise, avec la pomme fichée dans sa carapace…
Animalistique, oui, c’est le mot. Ca me fait penser que je vois “différemment” tous les petits animaux présents sur les vêtements de Mila, il y en a partout !
A priori, le transfert des commentaires a fonctionné.
Je n’ai rien lu de Kafka : où peut-on trouver ce cafard ?
Pour le cafard (et pour en choper un bon), c’est “La métamorphose”, que tu dois avoir en une douzaine d’exemplaires chez maman. Il y a aussi un récit inachevé assez dingo, “Le terrier”, qui m’a fait un gros effet.
Pour les comm’, je pense que tu as dû recevoir l’alerte quand j’ai tout calé, sauf que je les ai virés ensuite pour les raisons ci-dessus (je trouvais ça point lisible et impossible à répondre, en plus ça m’a tronqué les deux tiers donc il fallait le faire en trois fois, bref, la pitite zone, quoi ^_^)
Pour les bestioles brodées, oui je vois très bien ce que tu veux dire ! :)
Sinon, je pensais à ‘animalistique’ parce que je dis régulièrement ‘animalier’ et ça ne renvoie pas vraiment à ce que je veux exprimer.. animalistique, ça sonne plus animiste, et moins docu de la cinquième (qui me manquent beaucoup au demeurant !) :)
Ayé, fini “Faut-il manger les animaux ?” !
J’ai mis un commentaire dans Babelio – qui me laisse frustrée car il y aurait beaucoup plus à dire sur ce bouquin! Mais bon, faut aussi laisser découvrir aux futurs lecteurs, je n’allais pas répéter les arguments de l’auteur tout du long ^^”
Bref. Déjà le titre – pourquoi diable avoir traduit par une question ? La VO était nettement plus claire!
La motivation de l’auteur : en ouverture, il indique ne pas savoir quoi faire, niveau régime alimentaire. Suit son enquête, ses visites (parfois nocturnes, les industriels fermant leurs portes à clé), les témoignages des gens qu’il a rencontré… et l’on voit sa décision – le végétarisme.
Que le livre soit grand public me semble une bonne chose : il décrit sans concession le système américain, pointe des aspects que j’ignorais totalement (par exemple le fait que les animaux confinés et bourrés d’antibiotiques constitue une porte ouverte à l’apparition d’une épidémie type grippe aviaire ou porcine transmissible à l’homme), d’autres que je connaissais. Le tout est dit par un citoyen lambda, qui a étudié la philo qui plus est, ce qui apporte des éclaircissement intéressants, notamment lorsqu’il parle de l’intelligence animale, sources scientifiques citées à l’appui.
Le constat est alarmant – pour ne pas dire monstrueux. J’ai failli vomir sur le livre en lisant le passage décrivant la façon dont les poulets sont tués dans les machineries. J’ai repensé à ce que j’avais lus dans “Les végétariens : raisons et sentiments”. A mon humble avis, Eating animals complète bien ce dernier, il apporte le regard d’un citoyen américain qui pourrait être monsieur et madame tout le monde – même s’il songeait déjà au végétarisme avant.
D’ailleurs c’est le seul truc que j’aurai à reprocher, c’est qu’il est entièrement consacré au système américain – seuls quelques passages soulignent que des firmes US de viande sont aussi basées en Europe, et que le “modèle” (sic) américain influence les puissances qui montent (Chine, Inde). Dommage, car ça pourrait laisser croire aux lecteurs français que ça ne les concerne pas, ou peu… Alors qu’en fait si. Tout-est-lié – plus ça va, plus je le réalise !
Sachant tout cela, je ne peux plus manger de chair animale sans songer à toute la chaîne de douleur qui a précédé son arrivée dans mon assiette et toute la chaîne de conséquences terribles que sa production provoque. Cela fait plusieurs mois que j’ai drastiquement diminué ma consommation de chair animale – de toute façon, vu que ma conscience est désormais au fait de tout cela, je n’en ai plus vraiment envie… Je compte bien poursuivre. Et peut-être, progressivement, supprimer complètement la viande de ma consommation. Quant au reste, je fais plus que jamais attention aux étiquettes et tâche au mieux d’être consomm’actrice. Et non consommatrice.
En tout cas, chapeau à l’auteur pour son enquête approfondie et pour en avoir partagé les résultats! Même si certains passages sont très durs, ils sont nécessaires. car c’est la réalité. Hélas…..
‘Lo :)
Merci pour ta review ! J’ai vu ta critique sur Babelio, elle est super. Je comprends ta frustration mais en même temps, ça paraît tellement plus efficace de s’en tenir grosso modo au bouquin et de ne pas trop insister sur les conséquences personnelles de sa lecture – je m’en suis mordue les doigts plusieurs fois, pour avoir trop clamé dans des discussions ou autre le fond de ma pensée, et avoir reçu en retour “ah bah tu dis ça passque t’es végétarienneuh”, ce qui constituait une forme d’impasse de dialogue…
Donc bon, la manière dont tu as tourné la chose sur ta critique, où l’on sent que ça t’a fait un gros effet mais où tu n’es prosélyte non plus, je trouve ça très pertinent ! Et tu évites avec brio la médaille en toc qui est un peu souvent distribuée ces temps-ci, la fameuse formule “écolo illuminé” et ses variantes “écolo radical”, “écolo intégriste”, bref, toutes ces joyeusetés, bien fausses et semi-vexantes ^_^
(Sans rire, j’ai encore lu la semaine dernière une critique bloguesque sur je ne sais plus quel ouvrage sur le sujet, et bien évidemment l’auteure de la chose tombe dans le panneau et dégaine dès la première ligne que “sans être écolo illuminé, le livre ceci celà…”, ce qui a le chic de décrédibiliser à mes yeux l’ensemble de la critique… (et puis j’aimerais bien qu’on me les montre, moi, les illuminés, et avec un oeil froid, rigoureux et parfaitement clinique, il n’y aurait pas grand mal à démontrer psychiatriquement où ils se trouvent réellement…) Bref ! Opération réussie dans cet exercice très délicat, de parler d’un livre sur un sujet polémique sans tomber dans les ornières et les pièges :)
Dis donc, il y a comme un grand vent dans ton assiette, à lire ce que tu décris ! ;)
Je comprends tout à fait la modalité progressive dont tu parles, et qui semble plutôt bien fonctionner. Cela me conforte un peu dans l’idée qu’il n’y a non pas un mais une infinité de végétarismes, autant que d’individus (voire plus, on n’est pas à l’abri de nos contradictions internes), et qu’après tout ce choix, et la façon d’y arriver, est sans doute assez révélateur de nos personnalités propres, plus peut-être, même, que de la démarche en soi.
(par ex. moi j’ai basculé du jour au lendemain, de l’omnivorisme au végétalisme voire au quasi véganisme (hors miel, dont je ferai un blabla séparé, pour m’aider à éclaircir un peu le truc). Mais je crois que c’est parce que je suis comme ça, un peu frontale :D. Je pensais à ça en te lisant et j’ai réalisé que c’est comme ça aussi que j’ai arrêté de fumer, intégralement, et après plus de quinze ans de tabagisme intensif, accro complet. Comme quoi, hein ^_^)
je reviens un peu au Sfaer. Je ne l’ai pas encore lu, mais tes descriptions me rappellent sacrément Bidoche, où j’ai bien failli dégueuler plusieurs fois aussi, donc je crois deviner un peu le genre de paragraphes de tortures et de sévices à vif qui y sont développés. Ce truc-là, ressentir même très très virtuellement, toucher un peu du doigt la souffrance, dans son intensité, dans son inventivité, dans sa… quantité inimaginable, voir enfin les animaux comme des êtres utilisés comme des produits d’exploitation, et non pas justement comme les êtres vivants qu’ils sont, c’est un truc… je ne sais pas si on peut s’en défaire, ensuite. Je ne crois pas. (bon je n’en sais rien, hein !). Mais pour moi c’est vissé, et je ne peux l’oublier.
Ce matin j’ai conduit derrière un fourgon à bestiaux, un petit, avec un autocollant jaune vif “animaux vivants”. Je cogitais sur le message. Et puis après deux-trois virages, une belle tête de vache est apparue en haut du fourgon, elle mettait son museau à la fenêtre si tu veux, elle prenait l’air, voulait voir la route, me regardait juste derrière. Et je suivais. Et j’ai été mal à l’aise, mais incroyable. Je voulais avoir une image positive de cette bête, me dire que, oui, comme le disait l’autocollant elle était parfaitement vivante, et tentait de comprendre ce qui se passait, ou peut-être de voir où on l’amenait, et puis j’ai pensé à l’abattoir, et c’était horrible. Je me suis dit, ils vont mettre quoi, comme autocollant, s’ils l’amènent se faire tuer ? Pourquoi n’y a-t-il jamais d’autocollants jaune vif “Animaux morts” sur les milliers de camions frigorifiques qui sillonnent les routes de France et d’Europe ? Jusqu’à quel point délirant avons-nous mené l’aveuglement, les oeillères, le déni de l’animal vivant, regardant, humant peut-être le dernier de ses airs ? Tout ça… bref, pour dire que les questions continuent…
Heureuse en tout cas de lire ton rendu de lecture et ton parcours actuel, miss. Très bien vu le coup du titre, ça m’a permis de capter ce qui m’avait gênée là-dedans ! Et, pour le toutélié… je plussoie, ô combien, de tout mon coeur. :)))
Je te laisse mais je reviens d’ici quelques jours je pense, pour poursuivre la discussion. A toute ! ;)
Merci beaucoup de ton retour pour la critique de Babelio ! :) Je suis soulagée de savoir que j’ai réussi à la tourner comme je le voulais (je ne voulais pas, justement, trop en dire sur les effets sur moi personnellement, mais vraiment mettre en avant le livre lui-même).
Et oui, y a du changement dans l’assiette ! ^^ Certes la graine était arrivée dans ma p’tite tête il y a des mois de ça, mais j’ignorais encore si elle allait germer ou pas. Et en fait là, ça germe tout doucement. Dont acte ;) Même s’il se fera en douceur, en lenteur.
Oui, tout à fait d’accord avec le fait que le végétarisme peut varier en fonction des individus, et leurs chemins vers ce végétarisme aussi. C’était mentionné d’ailleurs dans “Végétarisme, raison et sentiment” (la petite graine d’idée était là, à ce moment, et j’avoue que lire un paragraphe indiquant qu’on peut très bien arriver à se passer de chair animal soit par un arrêt brutal soit par un arrêt progressif (qui me convenait mieux), entre autres, a sans aucun doute eu son petit effet sur l’idée qui germinait ;) D’ailleurs je me souviens qu’il était bien précisé de faire en fonction de soi, de la façon dont on fonctionne – ce qui en soi est plutôt en accord avec le fait de ne plus contribuer à la violence faite aux animaux, on ne va pas se faire violence non plus pour atteindre ce but, aussi tenir compte de sa personnalité pour effectuer la transition me semble logique. ‘fin bref, cette grande parenthèse pour dire que je te plussoie tout à fait ! :))
Concernant ce que tu dis au sujet des oeillères et de l’aveuglement, ça me fait penser à quelque chose qui m’avait frappée (tant à ma lecture de “Végétariens raisons et sentiments” que du Sfoer), à savoir que notre attitude envers les animaux est en lien direct avec notre attitude envers les autres. Et qu’on l’occulte trop souvent. Je n’en ai pas parlé dans ma critique, mais Sfoer met aussi en avant le traitement des salariés par les industries agro-alimentaires – turn over important, accidents, maladies professionnelles, salariés précaires voire clandestins donc soumis à pression avec témoignage notamment d’une femme qui a voulu garder l’anonymat pour ne pas perdre son travail et qui doit plonger ses bras dans de l’eau froide des heures pour soulager un peu sa douleur… et sans parler des gens qui avouent que l’acte d’abattre, dans une usine qui traite animaux comme gens comme des machines, finit par les transformer en sadiques alors qu’au départ ce n’est pas leur caractère…. bref, tout ça m’a fait penser à la façon dont, dans le monde du travail, les gens deviennent de plus en plus des sources de profit (le terme ressources humaines, qui me débecte de plus en plus, en est la preuve flagrante), avec son cortège de dépressions, suicides et autres maladies dues au stress. Le traitement des animaux, utilisés comme des machines à faire du profit, niés dans leur statut même d’êtres vivants, m’a fait faire un parallèle avec ce traitement des gens. Je ne sais pas si ça se vaut, c’est à creuser, mais je me dis que ça peut être lié, en un sens. bref, une piste à creuser… et qui me conforte encore davantage dans le changement que je fais dans mon assiette !
Bises germées ! :)
Coucou :)
Pour le passage progressif, oui, je suppose que tu n’es pas la seule à procéder de la sorte. :)
Je te rejoins moins sur l’idée de ‘ne pas se faire violence à soi-même’ pour arriver à ça, parce que j’ai – je présume – une idée de ce qui est violent ou non-violent qui est complètement en train de se transformer, de se modifier, ou de se structurer, peut-être, je ne sais pas.
Il est certain qu’un grand changement d’habitude et de comportement est une vraie secousse pour le corps, l’esprit (surtout), la vie tout entière. Mais de là à qualifier un changement net et massif de violent, je n’irais pas jusque là (ayant pour ma part en tête, en premier lieu, la violence infligée à l’animal pour qu’il finisse dans l’assiette, et en second lieu (ce que je considère comme) la violence “biologique” si l’on veut, infligée au corps et à l’esprit quand on lui impose une nourriture qui ne lui convient pas, qu’il ne digère pas, et – surtout, et toujours dans mon cheminement, tout ça – une nourriture chargée elle-même de souffrance et de violence. Ingurgiter la souffrance, on avait parlé de ça avec Hel’ il y a un moment.
Il reste de tout ça que ce que tu qualifies de violent, et qui est certes un gros changement général, donc, est sans doute à mes yeux la sortie d’un comportement addictif, une forme de sevrage gustatif, sensoriel, mais aussi (comme pour toute addiction) comportemental et culturel. Là effectivement, je suis d’accord avec toi si je ressens correctement ce que tu exprimes, c’est un arrachage, un déchirement, une séparation brutale de ce qu’on était avant, de ce que sont encore les autres (vous me passerez le ‘encore’ que je ne voudrais pas trop prosélyte !), une rupture. Donc bon, je ne sais pas trop où je veux en venir :D, je réalise juste que je vais me décaler sur l’utilisation du terme ‘violent’ ou ‘violence’, et ne pas l’appliquer strictement à la même chose. Faudrait que je fasse un billet exprès pour tenter de clarifier tout ça dans ma tête, ce qui est violent, ce qui ne l’est pas malgré que, ce qui est qualifié de violent par la société, ce qui l’est réellement, etc (putain, et alors j’ai une autoroute, là, avec l’abord sémantique du terme ‘violence’ par la société et les médias, qui nous collent du terroriste et des violences guerrières, Acrimed à l’appui, là où il y a de la révolte, de la révolution et de la saine destruction de produits de consommation addictogènes ! Mais je m’éloigne sur un truc un peu vaste, là.)
ça fait cogiter hein ? moi ça me met les neurones en ébullition, à chaque fois, tout ça ;D
Bon, pour boucler la boucle sur mon idée de sevrage, je reprends le parallèle avec le sevrage tabagique (bien mieux vu socialement il est vrai, maintenant, qu’il y a quelques décennies, et surtout beaucoup mieux perçu que le sevrage bidochesque !). C’est vrai que j’ai arrêté d’un coup, (que d’ailleurs, mais le parallèle est après tout assez imparfait, toute tentative d’arrêt progressif chez moi-même ou chez d’autres proches s’est soldée par un échec), et qu’ainsi, la cigarette étant ce qu’elle est – une incroyable dominatrice -, j’ai pris ma claque. Oui, c’est vrai, ça a été violent. Moins que lors de mon premier sevrage de quelques mois, mais j’étais mieux préparée, et patchée des pieds à la tête. J’ai eu droit au classique passage franchement dépressif de trois-quatre semaines, crises de larmes incompréhensibles et tout. Ainsi qu’au plongeon dans le sucrier, pour faire vite. Mais au final, après trois ans et ce basculement dans le végétalisme, quelle réflexion tout ça m’amène, quelle conclusion : c’est que, oui, le sevrage a été violent même si salvateur. Et que si je ne voulais pas de cette violence-là, je n’aurais jamais dû commencer à fumer. Et donc, en allant au bout du raisonnement, que j’ai subi la violence du sevrage parce que précisément j’avais subi la violence de l’addiction tabagique, et ça, c’en est une, de violence, sans conteste. Donc je pense au final, en essayant de ne pas trop tordre le fil du raisonnement dans le sens qui m’arrange, que la violence du sevrage est contenue en germe, lovée, dans la violence de l’addiction, qu’elle n’en constitue que l’ultime conséquence, en un sens.
Tout ça tout ça, bon pendant ce temps l’homme est aux fourneaux et ça sent bon dis donc, va falloir que j’y aille :D
(c’était la phrase anti-machiste du jour)
// retour à l’antenne //
Concernant le lien entre le traitement des bêtes et le traitement des autres, je ne peux qu’aller dans ton sens, et pas qu’un peu. :)
Il y a deux films en particulier où ce parallèle (sans parler du livre “Un éternel Treblinka” dont parlait Shambalah sur l’autre pile de comm’) est très fort : Notre pain quotidien, sans paroles et glaçant, qui montre des usines, des abattoirs, des travailleurs seuls et sans sourire. Et puis, bien sûr, Fast food nation, que j’ai évoqué avant, film de fiction mais plus que réaliste (avec Avril Lavigne en guest qui remue de la frange pour les bêtes), où tout est viande : les animaux, les gens, les femmes en particulier. Thèse soutenue, brillamment, sur le blog d’Hypathie d’ailleurs ; le point commun étant la négation de l’autre, la chosification, encore et toujours, la consommation des personnes au lieu de leur rencontre… ça m’a vraiment frappée dans Fast food nation, les femmes y travaillent la viande, et elles * deviennent * de la viande aux yeux des hommes. D’ailleurs, ça me fait penser que l’arrivée des travailleurs mexicains passant en douce la frontière se fait à bord d’un gros camion, qui aurait parfaitement pu transporter de la bouffe, en fait.
Brrr, tout cela est assez gore… J’ose espérer que tous les employés d’abattoir ne virent pas sadiques, mais j’ai des doutes – ou alors ils craquent, oui. Certains témoignages sont à cet égard assez terribles ! Mais tu as entièrement raison, la mécanisation de l’acte entraîne la mécanisation de l’humain, c’est bien le problème avec les énormes abattoirs bretons, où des milliers de cochons sont tués jour après jour, et où des gens qui ont besoin de bosser… bossent là, parce qu’on ne leur offre pas d’autre choix. ça n’en fait pas des monstres. Mais ça pose question, comme choix de société… (où l’on constate au passage que les riches ne travaillent pas souvent dans les abattoirs, l’aveuglement est de ce côté-là aussi peut-être ; ou juste un cynisme trop fort, un pouvoir de l’argent trop omniprésent, qui cale dans des usines à tuer la population précaire, tout ça pour préparer la viande que mangeront les plus aisés).
Donc, ton parallèle avec le traitement des travailleurs me parle énormément, tout cela est lié et ficelé, oui, et il est heureux que les tenants les plus sérieux de l’écologie profonde ne s’en tiennent pas à l’environnement ou aux animaux non-humains en oubliant les animaux humains que nous sommes tous, et que les luttes sociales soient, encore et toujours, partie intégrante (et non collatéral plus ou moins nécessaire) de la lutte générale pour la vie. Si non-violence il peut exister, alors elle doit s’appliquer à tous, et à toutes les situations sans exception. :)
(c’est difficile pour moi d’avancer dans cette réflexion-là sans partir dans des choses religieuses, car j’ai l’impression que les religions ont peut-être sur ce sujet une longueur d’avance sur la philosophie (sur la politique, sans conteste), sur le reste, quoi. Hier, dans la conférence de Pierre Rabhi, il parlait d’un grand soufi qui avait fondé une oasis dans le sud de l’Algérie, au XVIIe siècle je crois, et qui se basait sur la non-violence. L’islam mystique, donc. Bien envie d’aller voir un peu par là)
Outch, j’ai fait maxi taille ! Je conclus sur les “ressources humaines” que tu as si bien relevé, oui, je crois profondément qu’on ira vers quelque chose de bien, de mieux en tout cas, quand on pourra considérer non plus l’humain (ainsi que les bêtes, la nature, la Planète…) comme des ressources dont il faut tirer profit, mais comme des êtres * ayant * eux-mêmes des ressources, et sachant les utiliser d’une bonne façon.
Bises paillées ^_^
Je réponds 15 000 ans plus tard, désolée ^^” (le temps file, file, file à une vitesse, c’en est presque effrayant !)
Je me suis très mal exprimée en fait. Quand je parlais de “ne pas se faire violence”, je signifiais suivre ce qu’il nous semblait bon, juste, de faire comme méthode pour atteindre son but (le végétarisme). Mais j’ai mal utilisé mes mots. Donc merci pour ton long commentaire qui me fait réaliser tout le poids de ce mot, et qui m’a aussi donné matière à réflexion à ce sujet.
Après, c’est vrai que c’est un sacré changement tout ça! Dire que j’étais du genre “difficile” à table et que je me mets à goûter, cuisiner, apprécier des légumes ou fruits qu’il y a quelques années encore j’aurai refusé de manger sans même tenté ! C’est vraiment quelque chose. Un grand tournant culinaire, un changement de vie comme tu le dis, tout à fait !
ah, et autre chose. Figure-toi que j’ai pris du poids alors que ça fait plusieurs mois que je mange nettement moins de viande. Moi, la fille au métabolisme bizarre qui désespérait de grossir ! Comme quoi manger moins de viande mais plus de fruits et légumes, céréales peut avoir des effets surprenants ;) Pour moi en tout cas c’est un signe de plus (comme s’il m’en fallait encore…) que ce n’est ni bon pour la santé humaine, ni bon pour la santé de la planète tout court de manger de la chair animale.
Bon c’était un petit aparté personnel, mais en tout cas merci pour tes éclaircissement – et loin de moi était l’idée de qualifier de “violent” la décision de passer au végétarisme, bien au contraire ! C’est un gros changement de vie, c’est vrai, mais comme tu le soulignes, le terme n’était pas approprié.
Bises estivales
(en retard aussi, c’est vraiment systématique ces temps-ci, je ne parviens pas à écoper !)
Pas de problème, tu n’as pas à t’excuser :) Oui je comprends mieux ce que tu veux dire, et je plussoie vaillamment pour la profondeur et l’intensité du ‘changement de vie’ ! ;)
Pour le poids, ben écoute c’est super ! Je n’avais pas entendu ça avant (mais il faut avouer qu’il y a statistiquement bien plus de femmes qui essaient de perdre du poids que celles qui essaient d’en prendre ^_^), mais voilà une confirmation supplémentaire des bienfaits de l’alimentation végétale. Et puis bon, ça me fait bien plaisir pour toi et ta santé :))
(punaise j’avais vraiment fait une tartine dis donc :D)
J’essaierai de mettre d’autres recettes sur Cuivre & Cumin, c’est ma modeste façon de contribuer à la révolution culinaire ^_^
à bientôt poulette ! Bises aux fourneaux
(enfin quand je dis “peut-être”… la vérité, c’est que la suppression de la viande dans ma consommation est mon objectif. J’y vais progressivement tout simplement parce que, me connaissant, c’est le meilleur moyen pour, une fois arrivée à mon objectif, m’y tenir. Pour longtemps.)
Aye ! Une longue et passionnante itw donnée (eh oui ^_^) par votre serviteuse pour un gros sujet de thèse, me fait réaliser, entre moult autres choses, que ma B-bulle n’est plus du tout à jour.
Il faudra donc, note pour moi-même, que je recale tout ça, à savoir que :
- Kaluchua : lu et adoré,
- Dictionnaire horrifié de la souffrance animale, et celui sur le journal des abattoirs : ça se confirme, je ne pourrai probablement pas les ouvrir,
Des petits nouveaux et un grand ancien :
- Une brève histoire de l’extinction en masse des espèces, de Franz Broswimmer, conseillé par demoiselle Hélène :
pas exclusivement sur la question animale, mais il y en a (les pauvres), et en gros il s’agit d’un essai plutôt très bref (un peu trop, limite) mais très bien et assez secouant sur les diverses catastrophes écologiques survenues par-delà les âges, depuis le paléolithique. Et ça tape fort, très impressionnée par cette lecture.
- L’Europe des ours :
dernière acquisition (du jour !), sur la situation actuelle des ours en Europe, essentiellement Roumanie, Finlande, et surtout Russie avec ses plus de 30000 têtes (on peut aller se coucher avec nos trois oursons pyrénéens, nous). J’en dis plus dès que.
- L’ours, histoire d’un roi déchu, de Michel Pastoureau :
mais comment j’ai pu omettre de le caler dans la liste, celui-ci, il est super et mr Pastoureau ben c’est un grand historien et sans doute un grand monsieur (il a fait des choses aussi sur la symbolique animale, me semble, et sur la symbolique des couleurs au moyen Age, bref un médiéviste confirmé). Attention, on y trouvera – encore – des raisons de s’énerver contre un certain monothéisme dominant en Europe occidentale ces deux derniers millénaires…
- (et flûte j’ai oublié de le citer, bon ben je me rattrape ici au cas où) : Le monde des êtres vivants, de Kinji Imanishi, chez nos chéris Wildproject – dont j’ai absolument rien rattrapé sur mon retard de lecture en ligne, dites donc -.
Toujours en cours de lecture, et tout aussi génial que Kaluchua, bref ça me plaît beaucoup :)
Voilà pour l’heure. J’irai approprir le billet un de ces quatre *espoir*. Et cette itw m’a donné une furieuse envie de plonger ou replonger dans tout un tas de choses !!
§
(Pour la petite histoire, et sans vouloir trop faire trépigner les innombrables lecteurs de Clef qui doivent se demander à quoi est dû ce silence de plusieurs… mois, en préparation et ne désespérant pas de le concrétiser un jour, de futures BiblioBulles, de mes petits bouquins toujours, les thèmes à venir sont dans l’idéal pour les prochains mois : jardins japonais / arbres et forêts – botanique éventuellement / écologie plus générale / livres boules de feu / livres Palestiniens / Silhol books, juste par pur amour :))) )
Voui, ça fait réaliser tout plein de trucs ! C’est chouette de rendre service tout en faisant un petit bilan avec soi-même.
Merci pour la mise à jour.
Il y a aussi une anthologie qui m’a l’air fort appétissante, à paraître le 7 septembre :
http://www.lechoixdeslibraires.com/livre-108286-anthologie-d-ethique-animale.htm#310440
Bises b-bulle ;-)
Miam ! (si je puis dire ^_^)
Oui c’est donc bien le même qui avait écrit Ethique animale, que j’ai mis en wishlist mais point encore acquis. Appétissant, oui c’est clair ! Tu avais déjà pris l’autre ou pas encore ?
(et au fait, juste comme ça, ne prends pas de book arbresque d’ici samedi ;) )
(ayé je viens de capter B-bulle :P)
// end of private
Non, pas encore. Mais je pense que je vais me procurer le Que sais-je qui s’appelle aussi l’éthique animale et qui présente tous les courants et positions philosophiques. Ca va me servir pour le mémoire.
J’ai fini l’entretien pour la thèse ce matin. Punaise que c’est passionnant tout ça !
Et j’ai reçu les cahiers, ça y est !!! Me manque plus qu’une grotte et une semaine hors du temps pour potasser tout ça ;-)
L’anthologie a l’air vraiment bien, elle reprend tous les textes fondamentaux, avec des inédits en plus.
Et merci pour les arbres…
Oui c’est ce que je me disais, le QSJ, ça semble une bonne réf pour le travail de mémoire :)
Et cool pour les Cahiers !! Aargh, tu dois bien baver devant des centaines de choses à ingurgiter, cogiter, régurgiter…
En plein bomm-storming ici aussi, ça m’a fait repenser à plein de choses neuves et moins neuves, et j’ai retrouvé des sensations (parler vite, beaucoup, faire des liens très vite avant la fin du temps imparti) que je n’avais plus ressenti depuis la fin de l’analyse. ça me manque un peu, parfois… pas le côté psychothérapique, ni l’analyse en elle-même, mais la situation, quoi, la liberté de parler, d’associer, de voguer un peu librement… :)
On se voit samedi midi alors ? Youhouuu !!