Raison de naître de ce blog, le mini-stage d’herboristerie familiale que j’ai pu faire au bien nommé Jardin des Sortilèges, petit lieu caché dans les hauteurs de Sengouagnet (31), au pied des Pyrénées.

Un petit stage trop court mais très agréable, pluvieux mais instructif !
Et gratitude envers les animatrices jeunes et motivées, et bonne continuation à elles, l’initiative est à poursuivre malgré les critiques et les petits flottements dans les préparatifs et les indications.
Le passage à l’identification des plantes en direct et à la pratique concernant les transformations, est vraiment ce qui m’a le plus… ensorcelée.
Complément très utile aux livres et aux recherches personnelles… Et la joie de découvrir un beau jardin en prime.

Deux parties : les transformations et la galerie. Je commence par les transformations (sans photos… il faudra imaginer les étapes), puis dans le post suivant quelques photos de plantes.

L’on trouvera toutes informations utiles dans de bels et bons ouvrages faits exprès pour, là je remets juste mes notes au propre, rien d’exhaustif donc.

14 - osier

CUEILLETTE

La cueillette se fait par temps sec, pour éviter la fermentation de plantes trop humides. Excepté pour les alcoolatures et vinaigres, qui peuvent utiliser une cueillette par temps humide.

Les fleurs se cueillent à peine écloses.

Les feuilles se cueillent juste avant la floraison.
Les racines se cueillent à l’automne ou en hiver, à la fin du cycle végétatif, quand les forces de la plante plongent vers les racines (c’est l’inverse pour les parties aériennes).

Il faut des mains propres, un sécateur propre également, un panier avec un linge (peut éventuellement servir à faire des compartiments en cas de plusieurs plantes récoltées).

Se promener avec une flore portable, pour aider à identifier les plantes. Ne pas cueillir trop d’éléments à la fois pour permettre le renouvellement de la plante, ne pas cueillir les espèces protégées, ne pas cueillir en montagne, ni dans les lieux protégés, ni au bord des routes et des lieux pollués, ni dans les champs trop verts pour être honnêtes (traités aux pesticides)… Il ne reste que peu de lieux se prêtant à la cueillette ! On peut aussi cultiver dans son jardin, ou en pots sur un balcon.

Liste des plantes protégées au niveau national, régional, départemental : voir la liste rouge de l’UICN (Union Internationale pour la Conservation de la Nature)

voir aussi ANA (Association des Naturalistes de l’Ariège)

SECHAGE

Le séchage dure entre 2 et 5 jours, dans un endroit chaud, sec et à l’ombre. Le grenier est l’idéal. Sur des claies ou sur un linge punaisé sur un cageot (l’air doit passer dessous) et recouvert d’un autre linge, le tout propre et surtout sec. On peut fabriquer des claies superposables avec des cadres en bois sur lesquels on agrafe de la mousseline.

Attention à ne pas superposer les plantes. Réserver une plante par claie. Bien nettoyer les claies entre chaque séchage pour éviter les mélanges.

Eviter les réhumidifications durant le temps de séchage. Rentrer les plantes si nécessaire. Ne pas attendre que les plantes tombent en poussière pour les stocker.

Toujours éviter le plastique pour le séchage et le stockage des plantes.

STOCKAGE

Les grandes quantités de plantes peuvent se conserver dans des cartons, en faisant attention à l’humidité !
Si les plantes sont parfaitement sèches on peut les conserver dans des bocaux en verre coloré (ou peint ou recouvert de papier, en tout cas opaque à la lumière qui dégrade les composants) ou en métal. On peut dans ces cas laisser le couvercle ouvert 1 ou 2 jours, pour que l’humidité s’échappe complètement avant fermeture.
L’idéal est le sac en papier, qui laisse respirer la plante tout en protégeant de la poussière.

Quel que soit le contenant, garder à l’abri de la lumière, de la chaleur et de l’humidité.

TRANSFORMATIONS

Il faut une balance de précision, des mains et des ustensiles propres.

INFUSION

se fait avec les parties aériennes de la plante.

On plonge la plante dans l’eau froide (et non dans l’eau bouillante ou frémissante comme un thé classique), porter à ébullition, couper le feu et laisser infuser 7 à 8 mn. Cette technique est moins stressante pour la plante, car le plongeon direct dans l’eau bouillante,  technique classique et encore conseillée par tous, constitue un « choc » selon les recherches en cours…

DECOCTION

se fait avec les parties souterraines de la plante et les graines, c’est-à-dire toutes les parties dures et coriaces de la plante qui nécessitent de bouillir suffisamment pour libérer leurs principes actifs.

Mettre la plante dans l’eau froide, porter à ébullition et laisser cuire 10 mn environ.

Remarque : pour les plantes contenant de l’acide salicylique (saule = salix, reine des prés), ne pas dépasser 40°.

MACERATION A L’EAU FROIDE

Plonger la plante dans l’eau froide, ne pas chauffer, laisser macérer toute la nuit, puis filtrer.
(cette succession de procédés me rappelle tout à fait « Le parfum » de Süskind, et ses histoires d’enfleurage à froid ! ^^)

MACERATION HUILEUSE

Laisser faner la plante 1 ou 2 jours avant de la recouvrir d’huile, pour la déshydrater et éviter la fermentation. Les plantes doivent être bien sèches.

Laisser en plein soleil pendant 3 à 4 semaines, en remuant un peu tous les jours. L’huile de millepertuis se colore ainsi en rouge au bout de quelques jours.

Il faut éviter que les plantes viennent à l’air en haut du bocal. Pour cela on peut placer un filtre à café (non traité) sur le dessus.

Ne pas fermer complètement les bocaux, le processus doit rester aérobie.

(à la différence des huiles essentielles qui sont distillées à l’aide d’un alambic : dans ce cas les parties huileuses sont séparées de l’hydrolat, ce qui donne des huiles très concentrées. Par exemple pour l’essence de rose il faut 400 kg pour 1 litre d’HE, ce qui explique son prix très élevé !)

Les huiles les plus utilisées sont l’huile de tournesol bio (la moins onéreuse) et l’huile d’olive bio (la plus goûteuse, et excellente pour la peau).

Les macérations huileuses sont préférables en externe, les alcoolatures sont préférables en interne.

ALCOOLATURE OU TEINTURE-MERE

Laisser la plante faner 1 ou 2 jours. Tasser un peu dans un bocal, et recouvrir d’alcool à 40° ou 45° (type vodka ou cognac). Fermer hermétiquement pour éviter l’évaporation de l’alcool. Laisser macérer 3 à 4 semaines, à la luminosité mais pas au soleil direct (après les 3 premiers jours au soleil). Remuer régulièrement, tous les 1 ou 2 jours.

Utilisable au bout d’un mois. Le filtrage n’est pas obligatoire tant que les fruits ou feuilles ne surnagent pas (et c’est très joli).

Utilisation pour une cure de 21 jours qui est la durée classique : 10 à 30 gouttes par jour.

Pour ne pas boire l’alcool, possibilité de mettre les gouttes dans une boisson chaude, thé ou tisane, pour l’évaporer. Conseillé aussi pour les enfants.

Exemple d’alcoolature transformée en apéritif : Eau de Jouvence de la Reine de Hongrie

Celle-ci serait passée de 70 à 18 ans grâce à cet élixir… la recette est de 1378.

Dans un bocal, tasser :

  • 2 poignées de sommités fleuries de romain

  • 1 poignée de thym

  • 1 poignée de sauge

  • ½ poignée de marjolaine

Recouvrir avec 2 litres d’eau-de-vie.
Laisser macérer un mois en remuant tous les jours, puis filtrer.

Pour la version apéritive :
récupérer les plantes après le mois écoulé, les recouvrir de 2 litres d’eau. En faire une décoction douce durant 10 mn. Puis laisser macérer 25 mn et ensuite ajouter 800g à 1200g de sucre. Puis mélanger les deux liquides (l’alcoolature et la décoction), faire vieillir en remuant jusqu’à ce que le sucre soit complètement fondu.
J’ai goûté, le verdict est sans appel : c’est très fort, sucré et parfumé, bref délicieux et requinquant !! D’ailleurs j’ai rajeuni au point de faire un blog.

VINAIGRE

On peut remplacer l’alcool par du vinaigre. Utiliser du vinaigre de cidre de bio, le plus facile à trouver en bio. Ou du vinaigre de sureau, goût fin.
A consommer mélangé à de l’eau, comme un sirop.

Exemple du Vinaigre des Quatre Voleurs :

Selon la légende ces quatre voleurs durant la Grande Peste s’en frictionnaient avant d’aller détrousser les cadavres, sans attraper le bacille… Très désinfectant donc. Peut se boire comme un sirop.

Placer dans le bocal :

  • 40g de grande absinthe, ou à défaut d’armoise commune

  • 40g de romarin

  • 40g de sauge

  • 40g de menthe

  • 40g de rue

  • 120g de lavande

  • 5g de cannelle

  • 5g de girofle

  • 5g de muscade râpée

  • 30g d’ail écrasé.

Recouvrir avec 2,5l de bon vinaigre. Laisser macérer un mois en remuant régulièrement.
Posologie : 2 à 3 c. à café, 3 fois par jour, pour les rhumes et les maladies hivernales.

BAUME

Exemple du Baume de Consoude (réalisé sur place) :

La consoude a une racine profonde et pivotante, qui se divise en deux vers le fond. Il faut attendre pour prélever que la plante aie quelques années de vie.

Prendre 1 volume de racine de consoude fraîchement déterrée, pour 2 volumes d’huile.

Gratter, passer sous l’eau, couper en 2 dans la longueur car la racine est creuse et il faut enlever la carotte de terre à l’intérieur.
Sécher la racine au torchon. La hacher en très petits morceaux (ou la passer au mixer mais je ne préfère pas).

Faire frire les morceaux de racine dans l’huile durant 10 mn. Puis laisser macérer 6 h.
Puis seconde friture pendant 10 mn et deuxième macération pendant encore 6h.

Ensuite filtrer avec un linge blanc + un filtre. Presser en tournant pour exprimer toute l’huile.

Peser l’huile obtenue et ajouter 1/10° de ce poids en cire d’abeille bio (de 10% à 20% selon la consistance que l’on veut obtenir, plus ou moins liquide ou épaisse, le pourcentage ne modifie pas le principe actif). Raper pour cela un bloc de cire d’abeille.

Faire chauffer très doucement, sans ébullition, pour obtenir un mélange homogène. (le baume craint la chaleur).

On peut après réchauffage ajouter 60 gouttes d’HE de lavandin par litre d’huile, pour favoriser la conservation.

Couler rapidement dans de petits pots (la cire prend en quelques minutes dès qu’on arrête de chauffer), recouvrir d’un linge + élastique et étiquetter.

S’utilise sur les plaies. Conserver à l’abri de la lumière et de la chaleur.

… et voilà pour les travaux pratiques ! La suite au prochain post.

13 - mûrier sans épines

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