Les mains dans les tripes et le sang toute la nuit (sombre onirisme) comme le furent celles de mon aïeule, en vrai, jadis, se levant à trois heures du matin pour laver des tripes, les pattes dans l’eau froide. Ce fut, d’après ma mère –sa fille donc– son dernier boulot.
C’est ce cauchemar glauque et ce souvenir triste qui m’ont décidée à poster ces quelques liens.
Pas d’images sanglantes, ni de cris déchirants, par là. Mais la violence, feutrée par le voile du langage (ou du foin), y est pourtant bien présente.

Mon premier est 100% pur texte, sous forme de TEMOIGNAGE ET PARCOURS PERSONNEL D’UN VISITEUR D’ABATTOIRS, où ledit visiteur, après être passé par la SPA, relate enquêtes et choses vues. Lien point trop récent mais juste découvert pour moi.

Mon second est 100% pure paille, sous forme de trois minutes de vidéo où les visiteurs d’usine à cochons sont cette fois d’anonymes Pères Noël. Transmis via la page Earthlings, et visible ici : SANTA STOPS AT A FACTORY PIG FARM.

Mon troisième nécessite de scroller (rouler bouler) jusqu’à mi-page pour trouver le témoignage très détaillé, par une étudiante vétérinaire, de son stage en abattoir. Il se lit dans le chapitre « L’abattoir » du site AVIS, dont j’ai déjà parlé, vers là : L’ABATTOIR – TEMOIGNAGE D’UNE ETUDIANTE EN MEDECINE VETERINAIRE.

On pourrait reprocher qu’il manque à tout cela la voix d’un de-dedans, d’un employé d’abattoir, et pas seulement d’observateurs extérieurs plus ou moins révulsés.
Mon dernier est donc 100% pur travailleur, sans concession sur soi-même, sous forme d’un texte à la première personne datant de 2003 : DANS LE CRANE D’UN TUEUR. Il faudrait en citer chaque mot ; en voici la conclusion :

Toutes ces choses, concentrées dans chaque bouchée.

Beaucoup de gens qui font ce métier commettent des actes violents. Des crimes. Les gens avec un passé criminel tendent à se retrouver dans ce métier. On ne peut pas être doué d’un solide sens moral et tuer des êtres vivants nuit après nuit.

Vous vous sentez à part de la société, vous n’avez pas l’impression d’en faire partie. Vous êtes seul. Vous vous savez différent des autres gens. Ils n’ont pas dans leur tête ces visions de mort horrible. Ils n’ont pas vu ce que vous avez vu. Et ils ne veulent pas le voir. Ni même en entendre parler.

Sinon, comment feraient-ils, après, pour avaler leur bout de poulet ?

Bienvenue dans le cauchemar dont je me suis échappé. Je vais mieux maintenant. Je m’adapte avec les autres, au moins la plupart du temps…

Virgil Butler

Attention, il n’y a absolument aucune image dans ces textes (je ne parle évidemment pas de la vidéo) mais ils peuvent vous hanter, comme ils me hantent.
Je sais bien que la « contamination amicale de l’empathie » n’est pas quelque chose d’efficace, pas statistiquement en tout cas ; si je poste ces liens, c’est que je me sens incapable de ne pas les partager… Désolée si c’est brutal. ça l’est encore davantage pour les bêtes.

What else ? (…m’agace, cette formule, en fait)

Du plaisir de (re)voir la famille, parler à ceux qui sont loin, tout ça. :)
Un contrecoup ORL, décompensation somatique habituelle des premiers jours de vacances.
Des livres sous le sapin, du Gandhi dans la tête.
Des choses qui s’éclaircissent, d’autres qui s’opacifient.
Des pensées pour les voyages sans retour.
Des espérances de graines.

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