Un an pile ! Un an que je suis tombée sur cette interview qui nous a conduits, à peine quelques jours plus tard, vers le végétalisme le plus obstiné – et cela a donc fait ce Samhain un an sans produits animaux, yep :)

Ce n’était pourtant pas le propos du bouquin (bien que Nicolino rende hommage aux végétariens, il n’est ni VG lui-même ni prosélyte) mais si je reprends le fil vers notre basculement, c’est précisément *cette* photo dans *cette* interview parlant de *ce* bouquin qui m’a amené à le lire très vite et dans la foulée à (re)voir Fast Food Nation et surtout à regarder le très éprouvant Earthlings, dont certaines images sont parties pour nous hanter longtemps, à vrai dire.

Bon ! Un an plus tard, bilan des coursessi je puis dire !. Attention, cette tartine est estampillée extra-longue et sans sucres ajoutés – un peu amère parfois, même. ;)

=> Bidoche : ai prêté le livre mais a été juste feuilleté (et il faudrait que je le récupère pour continuer de le faire tourner),

=> Bidoche bis : a simultanément été acheté deux fois par deux personnes de ma connaissance,

=> ai continué à lire des choses, beaucoup au début, un peu d’autres sujets ensuite ; les premiers bouquins, puisque les jalons sont souvent livresques par chez moi ^_^, ont été de recettes, d’une part, et de choses sur le sujet animal, d’autre part. De Peter Singer à Franz de Waal… Une petite piste bibliographique est d’ailleurs toujours en partance depuis des mois sur le sujet. Puis des choses, déjà entamées auparavant, sur les racines du mouvement et de la pensée écologistes. Où l’on retrouve de sympathiques éditeurs tels que WildProject (aaah :D), Finitude ou Les Liens qui Libèrent.
Et puis quelques incursions escarpées vers des temples zen, de Sutra sacrés en chant de l’immédiat Satori, lectures aussi agréables que souvent opaques, dont je sens bien que je n’effleure que la surface, comme si je canotais sur un lac, et que je ne ridais que la surface de l’eau miroitante en ne pouvant qu’en imaginer la profondeur. Ces incursions ou plutôt excursions-là, favorisées il est vrai par la fréquentation quotidienne d’un nippomane hardcore et redoublées par mon sujet de mémoire, qui a aussi son petit billet bibliographique en souffrance, recoupent partiellement le sentier du végétarisme. Ce n’est pas la voie la plus inintéressante, à l’heure actuelle, pour moi. Ah, et voie recoupée (quand même !) aussi par l’exploration danslavraievie d’un monastère zen par une amie qui traîne ses guêtres par ici ;), et qui en est revenue sur un petit nuage les yeux étoilés. :)
Mais bref, je poursuis mon petit bilan légumier.

=> Rapport ou non, ou un peu ou pas trop, dans les suites deux amis ont basculé, l’un plutôt aléatoirement et l’autre est comme qui dirait une habituée des lieux :P, du côté obscur de la Salade Power. Beaucoup de proches ou collègues posent des questions, chacun leur rythme – au tout début les premiers positionnements ont été brutaux, à la serpe, tranchants parfois (mais comme je m’y reconnais, il est difficile de ne pas y voir un miroir comportemental :) ), puis les mois passants, d’autres personnes qui n’avaient rien dit apportent des remarques et des questions beaucoup plus douces, mentalisées. J’y reviens plus bas :)

=> Le changement de regard, on va y revenir, celui des autres sur nous et celui de nous sur les autres ou de nous sur nous (etc). Il y a avant toute chose le changement massif de regard sur l’animal. Sur les dizaines de chats ou de hérissons éclatés croisés sur la route (bordel). Sur les vaches qui paissent tranquillement à deux pas du Nid, et sur, moins tranquille, le son persistant de leur cloche au cou d’esclave qui doit leur écorcher les oreilles, et que je ne trouve plus si bucolique que ça. Les poissons dans les aquariums bleu vif plein de petites algues en plastique. Nos chats (ah les chats ! Il leur faudrait un blog dédié à ces deux-là :P). Les chevaux qui passent, et qui font si peur aux chats d’ailleurs ! Les hérons tournoyants, les corbeaux noir bleutés, les merles dans le jardin. Les bruits dans la forêt, bruissements très proches et coups de feu beaucoup trop proches (enfoirés de chasseurs qui tirent à deux pas des maisons alors que c’est illégal à moins de 300 mètres !). La poule faisane lâchée (chasse again) dans le jardin il y a deux jours, complètement perdue d’être là, pas pour longtemps la pauvre. Les slogans anti-ours tagués sur ces jolies routes, un peu moins jolies, de fait. Les clebs errants.
Il y a plein de situations comme ça, où mon, notre, regard s’est modifié, violemment et durablement.

=> Sommes entrés dans une phase culinaire expérimentale pas piquée des vers, au point que j’ai failli transformer une partie de cette Clef en reprise de recettes, vu que le Net et ses (j’aurais point cru, mazette !) innombrables blogs, sites, fora cuisiniers est toujours une source d’inspiration inégalable. Ainsi que quelques books (encore) de recettes féeriques et/ou de plantes sauvages, en fait quand on a capté le principe des substitutions, par exemple un œuf = une càs de maïzena, beurre = margarine ou huile végétale, lait = laits végétaux et idem pour la crème, les adaptations de recettes « tradi » (j’écris tradi en pensant très fort à reg :P) sont finalement très simples.
Le plus souvent, je le dis tout net, on se régale. ;)
Bon, en pratique, pour faire cette « partie » si je le décide – et si j’ai vraiment encore une autre case temporelle à trouver pour faire ça -, je voudrais pour ne pas trop mélanger le faire sur une Page séparée de ce blog ; s’il mue, donc, ce sera après la mue. (mais punaise que c’est compliqué, si j’avais su je ne me serais pas lancée là-dedans… tout ça pour une skin qui m’a tapée dans l’œil définitivement :P)

=> Toujours dans cette phase expérimentale, quelques échecs assez rigolos, un affinement clair et net de notre sensibilité gustative, un peu comme quand on arrête la clope mais en plus fin. Disons que le sevrage tabagique correspond au plan gustatif à ôter une énorme pierre charbonneuse et suintant d’essence d’un tapis de mousse, et que la sevrage animalier correspondrait alors à arroser soigneusement ledit tapis moussu en dosant température, ensoleillement, humidité, donc, etc. (Et pour filer la métaphore, manger bio correspondrait tout bêtement à arrêter le Roundup !). C’est assez caricatural mais c’est vraiment ça. Au bout d’un an, je constate qu’on sale moins, qu’on a la main plus légère sur les divins épices & herbes, qu’on ne supporte plus l’incroyable teneur en sucre de certains produits de grande distrib’ dits bio mais quand même assez industriels, type compote ou jus de pommes, qui sont officiellement estampillés « sans sucres ajoutés« , ouaip, sauf qu’on le sent bien, nous, que c’est blindé de sucre cette affaire.

=> Ah. Un point majeur. Dans la même veine, ce qu’on sent excessivement bien, c’est que le plaisir de cuisiner, et de cuisiner beaucoup, est appendu à une certaine quantité de temps dédié à cela. Et ce truc du temps – de gagner du temps comme on en a parlé dans un billet récent – est assez terrible. Parce que jongler entre la quantité temporelle dévolue à deux emplois à temps plein et celle demandée par l’auto-exigence de bien manger, de bons produits préparés à domicile, c’est une putain de gageure. Les biscuits maison, la compote (aux feuilles de verveine) maison, le houmous maison crémeux et aillé à souhait, le pain d’épice maison (testé hier et qui est une réussite !), tout ça je teste le plus souvent possible, je me débrouille pas trop mal pour certains trucs à force, et quand j’ai le temps, c’est un véritable plaisir, j’aime réellement faire la popotte. Sauf qu’en pratique ça ne se passe comme ça qu’en WE (…certains WE), en vacances, à la limite certains soirs, mais que le temps manque tout le temps. Et il ne faut pas compter, sachant qu’on doit préparer tous nos déjeuners en plus (et que monsieur travaille sur les chantiers) en doublant les doses le plus souvent, sur les petits commerces & bistrots près de chez nous pour nous dépanner en sandwiches ou en-cas VG quand on est à l’arrache.

=> Ce qui m’amène tout droit à la mini révolution sociale qu’il y a à oser manger différemment que toutlemonde (et à 0,2 % de végétaliens en France, nous pouvons vous confirmer que toutlemonde c’est vraiment toutlemonde). J’ai assez vite arrêté de relever les (très) diverses réactions en forme de « Ricochets » que je pointais au début, parce que c’est devenu redondant, et aussi que je me suis apaisée par rapport à ça, au fur et à mesure, il faut du temps, c’est clair, au fur et à mesure que je comprenais le gouffre que l’on crée chez les gens quand on s’attaque à un domaine que l’on croyait tout à fait anodin : la Bouffe. Une vérité qui dérange, comme disait l’autre. Hallucinant. Et cette très humaine et très très instructive expérience intersubjective m’a complètement rapprochée dans l’idée et le sentiment de solidarité, de plein de gens qui, je ne l’avais jamais percuté avant, ont une alimentation particulière et qui ne peuvent pas s’alimenter correctement à l’extérieur ou chez des amis parce que rien n’est adapté.

Deux précisions immédiates :

– concernant le végétarisme, on a constaté chez nos proches (et collègues dans mon cas… Le milieu du bâtiment est beaucoup moins compréhensif en ce qui concerne la Bouffe, et ça ne se passe pas forcément bien) malgré une compréhension variable de la démarche, un grand respect, la très grande majorité du temps, et beaucoup de délicates attentions qui font, mais alors, extrêmement plaisir, quand on sort d’une semaine ou d’un mois où on a galéré un midi sur deux pour bricoler quelque chose vite fait, ou qu’on s’est pris un peu trop de réflexions acerbes, ou qu’on a croisé trop de panneaux géants fluo de promo sur les poulets rôtis, etc. Le petit carré de chocolat noir à côté des gâteaux aux œufs, la poêlée à l’huile et non au beurre (et no comment sur les actes manqués à la graisse de canard), le jus de viande mis à part de la soupe pour pouvoir se servir avant, plein de petites choses comme ça, muettes et toutes simples, qui vont droit au cœur et au ventre. Et quand il y a la petite attention comme ça, alors qu’on squatte chez les gens et que c’est un souci supplémentaire pour eux d’adapter une partie du menu à notre démarche, on est au-delà de la reconnaissance, et on sait qu’il va y avoir une pause dans le défilé des réquisitoires. Et c’est chouette :)

– deuxième précision, peut-être plus théorique, et je ne veux pas trop m’avancer, mais je commence à avoir ma petite idée : quand il s’agit, donc, « d’alimentations particulières », AP je vais dire ainsi, je constate que les réactions et le niveau de tolérance sont totalement divergents par rapport aux causalités : autant ces AP sont acceptées, intégrées socialement, voire suscitent intérêt et compassion, le mot n’est pas trop faible, quand il s’agit de raisons sanitaires (allergies, intolérance au gluten, au lactose, etc), autant la réaction générale est très, mais alors TRES, négative et intolérante quand il s’agit de raisons religieuses. Et je dirais même que c’est encore plus dur pour certaines religions, je ne vous referai pas le pénible historique des Quick halal, et tout. ça je pense que c’est indéniable, et passablement source à matière réflexive…

Alors que paradoxalement, ça se complique, et j’en reviens au végétarisme, la quantité de « questions » posées face à cette AP est inversement proportionnelle ! Je précise : quand on avance des raisons *sanitaires* (ou encore écologiques, économiques, pas tiersmondistes car ça tout le monde s’en fout, mais bon, globalement des raisons rationnelles), arrive un flot de questions, de demandes de justifications, de raisonnements plus ou moins poussés et de morales plus ou moins taillées, ou, plus exactement, de pousse-au-raisonnement et de pousse-à-la-morale, car il est toujours plus fastoche, et maintes fois éprouvé, merci, de demander à l’Autre de revoir son raisonnement et d’appliquer sa morale que de le faire pour soi-même.
Exactement comme les fumeurs qui font la morale aux ex-fumeurs, voyez. Et qui passent un peu leurs nerfs dessus, à y être. Pareil. Là il y a un petit côté sadique qui trouve aisément à se lâcher : « ah non ! ça t’as pas le droit y a des lardons ! Attention ! là y a des œufs, ou du beurre, on va se régaler, mais c’est pas pour toi, hein ! C’est pas dans ta morale ça ! Pense à la vache ! » et tout ce flicage de l’Autre tellement jouissif et tellement grossier qu’on aurait envie de rétorquer que l’autre aussi, là, en face, avec son cadavre saignant sous notre pif et ses ovules cuits dans le cake, il pourrait y penser, à la vache et à la poule, et s’occuper de végétaliser ses fesses avant de se défouler sur nous… Bon, ça c’est du comportement reg de base, on connaît. ^_^
Et sur le « droit », on va y revenir.

Je passe, dans la même série, sur l’espèce de réflexe un peu automatisé, souvent relevé dans les blogs, qu’a une partie des gens, toujours sur cette pente sadique, à se sentir systématiquement obligée de nous parler de gigots sanguinolents, de plats saucissesques et d’huîtres frétillantes sous l’acide, d’apporter ainsi leur argument de « plaisir » en couverture de la vraie raison de leur réaction (défense gênée et sadisme sans gêne), dès qu’on tente de répondre rationnellement aux questions inquisitrices qu’elles ont elles-mêmes posées. ça c’est un côté pas beau de l’humanité, « c’est comme ça » l’on pourrait dire, ouais ben n’empêche que là encore c’est pas très joli.
Moi ça me fait pas rire, ça me dégoûte. A tous les niveaux. Et il y en a.

Donc je reprends : autant les raisons sanitaires donnent, on le voit, lieu à un flot de questions voire de pente glissante un peu sadique, et en tout cas ne nous laissent pas en paix, autant le fait d’avancer des raisons religieuses semble être un sésame immédiat et hyper efficace pour l’avoir, cette paix ! Je ne vais pas jusqu’à décréter que je suis bouddhiste alors que je ne le suis pas, mais en parlant un peu dans le vague de raisons religieuses que l’on pourrait donc qualifier d’irrationnelles vs rationnelles, c’est vraiment l’opposé qui se produit : plus aucune question. « Je respecte« . Ce qui n’est pas si certain quand on a le dos tourné (c’est ce que je me dis quand je vois les réactions par derrière aux AP musulmanes ou juives par exemple), mais bon. La paix, quoi. Juste un gentil petit classique « Et même pas de poisson ? » pour la route, qui ne m’énerve plus tellement je l’ai entendu en seulement un an.

C’est bizarre, non ? Au pays du Cartésianisme Scientifique et au pays de la Bonne Bouffe, on a une paix royale que si on avance des raisons dites irrationnelles, et on part dans un truc pénible et sans fin si on avance les raisons rationnelles. ça, je n’ai toujours pas saisi la clef.
Il se trouve, enfin, très peu de gens (hormis ceux qui nous fichent la paix tout court, et qui sont de loin les plus charmants alors même qu’il est fort possible que *nous* nous les soûliions par notre attitude), pour estimer que tout cela n’est pas incompatible ni forcément à cliver. Que l’on peut combiner désir d’être en bonne santé et amour de la Planète, des choses comme ça. Il y a des gens rares, je ne leur dis pas forcément, et ils ne viennent pas forcément lire ce blog ou se fader l’intégralité de ce billet, mais il y en a. :)

=> Pour terminer sur les niveaux variables de tolérance, une dernière constatation : j’ai lu au début de mon périple que si le végétaRisme commençait à être mieux accepté, diffusé, moins ostracisé dans la société française, le végétaLisme lui était encore très mal vu, et ne passait pas du tout socialement. Je pensais que c’était exagéré. ça ne l’est pas. On le constate jour après jour, et c’est à la fois une bonne et une mauvaise nouvelle.
Bonne parce qu’on a « gagné » si je puis dire, un cran, par rapport à la consommation de protéines animales : ce n’est plus l’absence de consommation de viande qui choque, ou bien moins. On trouve des plats végétariens dans de nombreux endroits, on peut demander des salades, se débrouiller à peu près, sauf pour les desserts où c’est plus galère.
Et donc, justement, mauvaise parce que, s’il n’y a plus ou peu de malaise concernant la viande (voire le poisson même si 95% de l’humanité semble ne pas savoir que c’est un animal), ledit malaise réapparaît illico quand il s’agit d’œufs, de laitages, de beurre et du Fromage Sacré. (Ce qui ne veut pas dire que ce n’est pas bon, non non, mais la plupart du temps les fromages de resto ou les râpés infâmes n’appartiennent même pas à la catégorie des bons frometons tant vantés dans notre doulce france)
… C’est à ce moment-là que les gens, surtout dans la restauration collective, se mettent à faire la gueule, à parler un peu plus fort histoire de caler la honte « Même pas de fromage alors ? » ou depuis le milieu de la salle « Et dans le plat X, y a du beurre, ça vous dérange vraiment ?« , le genre de petite phrase assassine qui fait que je n’y remettrai plus les pieds, dans leur resto soi-disant tolérant, voire pour les moins inhibés à balancer le petit argument « intégriste » sous couvert, bien sûûûr, de l’humour pas drôle. Et de souligner que les autres, les fromageux, ils savent vivre, hein, haha, la bonne chère et tout ça – bon, j’avoue, à Barcelone on a bien galéré pour manger végétalien (punaise) mais on a eu droit à une version vraiment comique et marrante de cette scène ^_^

=> Tout ça pour dire que derrière cela (l’aversion du végétalisme), je constate également que les raisons économiques (encore que… le chômage, l’usine et les conditions de travail à la con, ça marche un peu comme argument) et surtout les raisons « bien-être animal » passent moins bien que les raisons sanitaires individualistes.
Arrêter la viande parce qu’elle bouche les artères, OK le message commence à passer.
Mais arrêter les laitages parce que les vaches laitières souffrent autant sinon plus que les vaches à viande, arrêter les œufs parce que les poules pondeuses vivent un enfer inimaginable, ça non. ça passe pas. Comprennent pas. Ne veulent pas voir. Big Oeillères Défensives. Moi d’abord. Mon bide plein et ma conscience vide. Mon so-called « plaisir » addictif au sel, au gras, à l’habitude, à la malbouffe et à la conformité sociale, ô combien pesante et totalitaire (ah je pourrais rajouter une tite flèche : « se faire traiter d’intégriste totalitaire quand c’est en réalité la société réelle externe qui est totalement totalitaire point de vue protéines animales, négation de la souffrance animale, etc »… et oui dans l’occident néolibéral où on vend de la supposée « liberté de choix » (tu parles), c’est toujours l’Autre, à savoir le différent (nous donc en l’occurrence) qui est totalitaire ! Comme c’est pratique, et comme ça fait bien vendre dites donc).

=> Dans cette optique, notre « AP » à nous est régulièrement perçue, pas par tous heureusement, comme une restriction, comme un régime. (Point du tout. Si ça peut en consoler certaines, je n’ai pas perdu un gramme de grassouillou en étant devenue VG, si j’ai perdu deux-trois kilos récemment c’est plutôt que je me suis calmée sur mon addiction au sucre ^_^). C’est dans ce truc de restriction qu’arrivent inopinément les remarques perfides sur le « t’as pas le droit » non demandées et indésirables, qui n’ont rien à foutre là, quoi, et qui soulignent cette vision restrictive d’avoir le « droit ». Le droit ? Le DROIT ? Le droit de quoi ? De manger du cadavre ? De piquer le lait d’un veau né et tué pour l’occasion ? De pourrir mon organisme avec des protéines et des graisses qu’il est génétiquement incapable de digérer ? Droit de financer l’industrie de la viande ? Droit de flinguer les plages bretonnes avec les algues vertes aux nitrates, droit de rabouler du soja OGM du cerrado brésilien déforesté pour gaver des bêtes en cage, droit d’arracher vif les queues des porcelets et de leur péter les dents ? En quoi est-ce un droit ? Une liberté ? C’est une liberté de torturer des poules, ou de les faire torturer en n’en voulant rien savoir ?

… Là vient le moment, en général, où je commence à capter lentement que quand je parle de libération dans ma démarche, de nettoyage de mon corps et de ma conscience, la personne en face n’entend pas, littéralement. N’entend pas et se met à regarder ailleurs. Trop prise, comme l’intégralité ou presque de la société dite moderne, dans ce mensonge capitaliste de la liberté qui n’en est pas une. Ce faux choix biaisé, cette illusion de choix.
Moi je l’ai fait, le choix, un choix véritable, incorrect, non-béni par la société, si j’osais, un choix qu’on est si peu à faire (et qui je l’espère va se propager, quand même, peut-être dans un siècle…), et s’il y a une chose que je ne regrette pas dans ma vie c’est ce choix-là, ce vrai choix – bon il y a bien sûr bien d’autres choses que je ne regrette pas dans ma tite vie, hein ;)

=> Donc c’est officiel, le végétalisme c’est très très confidentiel, pas compris et très mal vu, quoi qu’on en dise, et les idées préconçues sur le végétarisme (encore hier : « je vous mets du poisson ? » qui se voulait après tout plutôt attentionné, et dites donc on va croire que je passe ma vie au resto :D) vont plus vite que le nombre de personnes qui se mettent réellement au végétarisme ! Si tous ceux qui en parlent s’y mettaient, purée (de courges), mais ce serait vraiment merveilleux.
Ah, évidemment, on peut considérer, en bons marginaux de l’AP, comme un pur plaisir dandy le fait d’être dans cette AP si particulière justement, de faire pas comme tout le monde, et d’aller, sinon au bout, mais vraiment plus loin dans la logique de la démarche, dans la cohérence du rapport aux animaux, que 99,8% de nos chers compatriotes. ça c’est vraiment réconfortant :) Mais dans l’absolu, honnêtement j’aimerais me sentir un peu moins dandy et avec un peu plus de VG people qui foutent la paix aux bêtes.

=> Tiens, d’ailleurs, avons croisé ici et là plein de, comment dire, « fake VG », de faux végétariens qui se disent « un peu VG », mais qui consomment du poisson, ou « desfois un peu de viande mais vraiment pas souvent », ou qui font une différence considérable entre viande rouge et blanche, on se demande diable pourquoi si ce n’est pour être dans la roue des très molles recommandations officielles, qui se contentent de conseiller de diminuer la viande rouge, comme ça rien ne change et tout le monde est content, sauf les colons sigmoïdes, les artères et les bêtes. Le revers positif de ça,  (pas positif pour la crise mais pour l’insight honnête) c’est que d’autres, pas fake du tout mais honnêtes avec eux-mêmes ou avec les autres, avouent manger moins de viande qu’avant, même très peu, pour des raisons gustatives et bien souvent financières. ça c’est aussi très net. Et ne se disent pas VG pour autant.

=> A ce propos, encore une précision d’ailleurs : il est également, pour les puristes, faux de dire que nous sommes végétaliens, puisque nous consommons du miel et des produits de la ruche (bio s’entend). Sous l’acception « végétalien » je compte le plus souvent, car c’est ce qui pose le plus souvent problème dehors, l’abstention des laitages et des oeufs. On peut gloser sur le miel, c’est vrai. Mais en toute honnêteté on n’arrive pas du tout à s’en passer. Et en plus notre achat de miel est amical mais aussi militant, voir la question de la disparition des abeilles ! On ne peut pas dire non plus que nous sommes « vegan » même si cela reste un idéal assez beau, et difficilement accessible, car même si on essaie de ne plus rien acheter « contenant des animaux », on a toujours, datant d’il y a plus d’un an, des objets en cuir, en laine, éventuellement en soie, une peau de chamois (quand j’y pense…). Et quand on prend des médicaments, cela arrive très rarement mais on sait qu’ils ont en toute probabilité été testés sur des animaux… Alors on n’est pas puristes ni intégristes, non, loin de là, bien loin. Et nos petites ampoules de B12 sont là pour continuer à nous aider à réfléchir, pour ceux qui le demandent ^_^

Voilà le bilan ! Pétard, il était long mais ça valait le coup :P
Sa conclusion en est, on le voit, que la route est encore longue, pour nous lonesome cowboys & cowgirls… Enfin, pas si lonesome que ça, et c’est en définitive la vraie bonne nouvelle de ce petit Tofu stoïque. :)))

(PS. ce chat trop beau et trop stoïcien de la mort, devant ce mur qui n’était point encore végétalisé, a pris, lui, un bon kilo depuis cette photo et c’est désormais un gros mastard)

(PS 2. non pas la console des grandes 90s. Pour pondre à nouveau des tartines si étalées, il faut décidément la conjonction astrale vacances + insomnie !)

(PS 3, dont je crois bien n’y avoir jamais joué… A la réflexion, fera l’objet d’un billet pour lui tout seul. Avec des histoires de Caverne et tout ^_^)

(PS 4 (elle existe ?). Et voilà il fait Jour, il suffisait de patienter, il y a plein de zoziaux qui pépient, il est 7h27, je leur rends l’antenne)

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