Vaste et infinie promenade que celle entre les plantes, qui soignent, qui réparent, qui apaisent. S’en tenir aux plantes médicinales pourrait paraître réducteur, mais le sujet est en lui-même si étendu qu’une petite percée d’apprentie herboriste dans la forêt des livres permettra de débroussailler un peu – et de se faire plaisir beaucoup.

Loin d’être exhaustif, bien sûr, mon rayon « herboristerie » se targue de quelques exemplaires que je suis bien contente de retrouver, et se lit non pas d’une traite mais en étoile, en petits bouts, en consultations épisodiques… Et se trouve être très mélangé avec des sujets proches, sans être spécifiquement médicinaux, tels que les arbres (penser à une B-Bulle arbresque), le jardinage biologique, la cuisine des plantes sauvages, etc.
Je commencerai donc par mes préférés, et me retiendrai d’y adjoindre tout plein d’autres choses sur les jardins, la botanique, et les brins de paille révolutionnaires.

(Note en bas de bulle : je teste ici un nouveau moyen de me vautrer élégamment dans le plaisir indû de parler de bouquins, à savoir de petits billets en forme de bibliographies thématiques de mes rayonnages.
Bulles en fermentation : les jardins japonais, les LS books, la Palestine, les livres-cris…
Alors bien sûr, lesdites Bulles ne vont pas recouvrir l’essentiel d’un sujet mais plutôt servir de repère dans mes books, toujours pas rangés et – très – loin d’être tous lus. Quant aux désirs de livres, la Lettre au Père Pétuel va continuer de faire son office)

A tout seigneur tout honneur :

LE LIVRE DES BONNES HERBES  – Pierre Lieutaghi – éditions Actes Sud

S’il n’en faut qu’un… C’est sans conteste Le Livre des bonnes herbes ! Réactualisé (on en est à la troisième édition), ce gros pavé de 500 pages étale sur un fin papier crème une foultitude de plantes tassées serré, un esprit champêtre et poétique, une belle écriture. L’introduction sur la beauté d’un monde en train de disparaître en est poignante. Et ne rend que plus précieuses les pages des ‘bonnes herbes’, mettant un accent sur les plus faciles à trouver et à utiliser dans nos régions, les indispensables de la pharmacie de famille (disons-le ainsi), l’objectif d’autonomie qui frise un peu partout… Ne manquent que quelques photos, les gravures sont fines mais j’ai besoin d’aller à d’autres sources pour le visuel. Bref, rien de grave, ce livre est bel et bon, agréable, détaillé en diable, farci de culture (de vraie culture), ce livre est juste extraordinaire.
Pour le dire en un mot, si j’étais tombée sur celui-ci en premier, je n’aurais probablement jamais acheté la plupart des suivants. Son complément naturel, j’en parlerai peut-être dans une future Bulle, est Le Livre des arbres, arbustes et arbrisseaux, sur le même principe et d’une qualité aussi haute.
In love :)

Pour une approche générale et toute jolie :

L’HERBIER OUBLIE, SECRETS DE PLANTES RETROUVES – Bernard Bertrand – éditions Plume de carotte

Visuellement superbe, et cadeau idéal, ce grand format parcheminé reprend et commente 70 planches d’un herbier ancien, en remarquable état de conservation. Un petit ‘point’ sur chaque plante, un peu d’historique, de magie, de botanique et de recettes, et surtout, son principal atout, une présentation extrêmement agréable, aux parfums de grimoire, mais sans trop. Seul représentant de la collection pour l’instant, celui-ci attend patiemment dans la wishlist ses successeurs tout aussi classieux, L’herbier boisé (mmmh celui-là !), L’herbier voyageur, voire les plus anecdotiques L’herbier toxique et L’herbier érotique (à y être ^_^). Par contre, j’ai repéré chez les mêmes un Herbier des parfums ou quelque chose comme ça, qui m’infuse comme un vieux doute – ai eu l’impression qu’on s’éloignait à grands pas de la fameuse Autonomie pour se rapprocher tout aussi rapidement de Guerlain, Chanel & consorts. Hmmmff.

Pour le gros morceau :

LES REMEDES DE SANTE D’HILDEGARDE DE BINGEN – par Paul Ferris – éditions Marabout

A l’éditeur bien trouvé, ce petit comput assez touffu vaut autant par l’originalité de certaines indications que par la pertinence d’autres entrées. Le travail d’Hildegarde est assez ancien et complet pour être relevé, et si, comme dans les écrits anciens, on a parfois du mal à faire le tri entre savoir empirique & superstition (ou à bien distinguer les espèces aux noms changeants), il s’avère au final que la dame avait raison sur bien des points ; que c’est fascinant ; que l’écriture de l’époque distille assez d’exotisme pour agrémenter la lecture ; que la présente version établit des comparatifs avec ce qui s’est confirmé par la suite, sur le plan scientifique. Et que cela console un peu que toutes les sorcières médiévales n’aient pas fini dans l’horreur des flammes.
En bref, accessible, sympathique, surprenant, parfois folklo, et une envie renouvelée de retrouver des choses de Pline sur les plantes (Pline l’ancien, qui a semble-t-il écrit sur absolument tous les sujets possibles).

LA PHYTOTHERAPIE – TRAITEMENT DES MALADIES PAR LES PLANTES – Dr Jean Valnet – éditions Le livre de poche

Un grand classique, en poche, vraiment complet (jusqu’à l’indigestion parfois) et qui compense l’excès d’histoires de chasse – si je puis dire – par des infos introuvables ailleurs. « Le Valnet » est cité aussi souvent que « Le Leclerc », autre phytothérapeute de renom, et constitue une base solide ainsi qu’une liste d’indications et de modes d’application assez vertigineuse. Le monsieur, médecin, a testé ce dont il parle. Je reproche un petit peu le renvoi régulier, pour certaines entrées, aux deux autres tomes de ce qui forme comme une trilogie, et qui parlent des huiles essentielles (aromathérapie) et du livre ci-dessous.
En clair, je ne peux que constater que j’y ai trouvé des modalités & utilisations de plantes que je n’ai retrouvées nulle part ailleurs…

SE SOIGNER PAR LES LEGUMES, LES FRUITS ET LES CEREALES – Dr Jean Valnet – éditions Le livre de poche

Pendant des deux autres volets (sur la phytothérapie et sur l’aromathérapie), il a les mêmes qualités et les mêmes défauts : très complet, assez aride, vraiment à prendre comme un dictionnaire, il offre de très nombreuses possibilités thérapeutiques, ce qui est bien mais peu repérant au début. Et puis, ici aussi les indications et symptômes ont des appellations parfois vieillottes, il faut donc être un peu d’entraînement pour relier les anciens termes et les actuels. Bon, après ça, et à l’instar de son acolyte phytoesque, c’est un livre révolutionnaire qui apprend, si l’on veut, à se passer pour un prix dérisoire de nos amis les labos !

PHYTOTHERAPIE VIDAL – Sélection Readers Digest

L’origine aurait dû me mettre la puce à l’oreille : sous des dehors très scientifiques et officiels, ce gros dico ne vaut pas tripette. C’est-à-dire qu’il y a bien les principales plantes médicinales, certes, des photos léchées et un classement par indications, mais le fait est qu’en réalité c’est une bonne grosse pub pour acheter des gélules de labos. Dont on sait bien qu’elles vont être moins efficaces, car beaucoup plus transformées, que des plantes le plus proche possible de leur état frais, ou de leur état complet (le totum). Comme par hasard, aucun moyen là-dedans de vraiment pouvoir faire sa petite mixture, par contre à chaque page, on trouve la référence des gélules correspondantes. L’intérêt, tout de même (faible), est de pouvoir recouper les infos d’autres sources en vérifiant leur pertinence scientifique… Mais, même là, j’ai un énorme doute, du fait de la partialité de l’info. (Pourquoi, après tout, parler d’autres études ou d’autres façons de faire qui ne feraient rien vendre ? Franchement ?). Pour l’heure, tout ce que j’ai appris c’est que la bourrache allait être bientôt interdite de commerce pour cause d’effets indésirables hépatiques – ce qu’on savait déjà, et que j’aurais pu trouver sur la Toile.
En résumé, si on recherchait un équivalent ‘phyto’ du gros Vidal rouge des médecins, c’est loupé.
(Les RCP, ou résumés des caractéristiques du produit, sont en revanche présents dans le Vidal, le vrai l’unique, sous leur forme officielle, y compris pour les gélules de phyto. En se rappelant, bien sûr, que ne figurent dans cette médicale bible que les médicaments des labos qui ont payé pour y figurer, eh oui…)

Pour creuser une plante en détail :

LE COMPAGNON VEGETAL – Bernard Bertrand – éditions du Terran – 20 volumes (à suivre)

Cette collection a fini par intégrer ma bibliothèque dans son intégralité, malgré son caractère parfois inégal. Car il faut reconnaître qu’il est à peu près impossible de trouver en langue française de monographies aussi précises et de sources historiques si variées. Pour chaque volume (ex. le sureau, le frêne, le bouleau ou l’angélique), une visite complète des espèces botaniques voire des cultivars, un tour dans l’étymologie et la toponymie, des gravures anciennes, herbiers, dessins et aquarelles, un parcours historique parfois édifiant – comme la culture du pissenlit à grande échelle -, et surtout, surtout, une source sans pareille d’éléments pratiques pour les usages non seulement médicinaux mais aussi alimentaires, usages des bois, etc. Son œuvre d’intérêt général : une réhabilitation salutaire des herbes réputées ‘mauvaises’, comme l’ortie, le pissenlit ou la ronce (une de mes préférées, et au goût sublime), et des idées de recettes à faire pâlir un petit lutin ^_^
… L’inconvénient est le prix, 12 euros minimum chaque volume, ce n’est pas rien. Et le gros point noir, qui ne doit pas décourager si on cherche vraiment le savoir populaire, est le style d’écriture, aussi poussif et irritant qu’est souple et légère la plume de Lieutaghi. A ne pas lire pour la graphie, donc, mais pour le pratique, à commencer par les usages alimentaires et médicinaux.

Pour identifier les plantes :

outre les petits guides plastifiés spécial balade, trop nombreux et spécialisés pour les citer, d’autant que je n’en ai que deux que je connais fort mal, Fleurs des Pyrénées et Fruits & plantes sauvages

LA FLORE D’EUROPE OCCIDENTALE – Marjorie Blamey & Christopher Gray-Wilson – éditions Flammarion

Un cadeau en forme de fleur, ou l’inverse. Volumineux dictionnaire, ne recouvre « que » nos contrées (inutile donc d’y chercher des plantes tropicales), mais c’est déjà énorme. Conseillé par une amie naturaliste, je ne sache pas qu’il existe de flore ‘grand public’ plus complète que la présente – il existe bien des choses en X volumes mais ce n’était pas vraiment ma recherche pour l’heure. Il est beau comme tout ! Une vraie somme botanique. Les aquarelles sont splendides, et suffisamment précises – critère essentiel – pour être à peu près sûr de son coup. Un que je devrais potasser…

GUIDE DELACHAUX DES PLANTES PAR LA COULEUR – Thomas Schauer & Claus Caspari – éditions Delachaux – coll. Les guides du naturaliste

Un mode de recherche idéal pour les néophytes totaux dans mon genre : l’identification des plantes en fonction de la couleur. Les blanches, les jaunes, les bleu-vert, les rose-rouge, d’abord ; puis, en second, le nombre de pétales et l’inflorescence, etc ; et surtout, à chaque page, de beaux dessins bien tournés. Petit mais costaud, il complémente efficacement le suivant.

Et pour s’y retrouver dans les noms :

LE LATIN DE MON JARDIN – GUIDE FUTE DE 1500 NOMS DE PLANTES – Diane Adriaenssen – éditions Larousse

Hihi, il est super celui-là ! Malin comme tout, il propose de comprendre les dénominations botaniques en reprenant les racines latines, tout simplement. Par exemple, via la forme (elevatus), la texture des feuilles (ciliarus), la couleur (lutea, purpureus), l’esthétique (belladonna), les animaux (avium), etc etc… Un vrai dico thématique, et avec ça drôle, frais et très bien présenté ! A faire réconcilier avec le latin, synonyme pour moi de tant d’ennui scolaire. Vraiment bien trouvé, et indispensable pour la mémorisation éventuelle.

Pour cultiver :

DES PLANTES MEDICINALES DANS VOTRE JARDIN – Gertrud Scherf – éditions Chantecler

Moui. L’idée était excellente, et les ouvrages sur la culture des plantes médicinales manquent cruellement (c’est bien pour ça que je l’ai pris), mais le résultat est très bof. Je ne comprends toujours pas le mode de classement, les données ne sont pas très fournies – va encore pour le mode de culture, mais alors le reste, c’est carrément flou et sommaire. Les mini-passages historiques semblent être là pour faire bien. Plein de photos, pourtant. Je ne sais pas, je n’accroche pas avec ce livre, depuis le début.

Pour récolter, préparer, mélanger :

L’HERBORISTERIE AU QUOTIDIEN – Patrice de Bonneval – éditions Recto Verseau – coll. Thérapies naturelles

Très bref (moins de 100 pages) et d’un vert, euh, détonnant, celui-ci regroupe dans une mise en page basique l’essentiel à savoir pour se lancer : conditions de récolte, de séchage, de préparations de décoctions, hydrolats… ; liste à double entrée, par plantes et par indications, comme beaucoup, ici bien résumée ; et surtout, c’est sa caractéristique, formules d’herboristes pour un peu tout (exemple, entrée Migraines : tisane avec fleurs de camomille 40 g, sommités fleuries de romarin 40 g, serpolet 40 g, feuilles de mélisse 40 g, infusion 10 mn, 3 à 6 tasses par jour // H.E. camomille, menthe, lavande : 3×2 gouttes par jour du mélange à parties égales. Simple et net !)

Pour les yeux :

JARDIN DES SIMPLES – J.H. Boussac – éditions Pierre Fabre

Argh, une édition de laboratoire, je n’avais pas percuté en l’achetant chez un bouquiniste… Raison pour laquelle j’ai failli m’en séparer, d’autant que les infos y sont parcellaires, minces, imprécises (vous n’apprendrez pas comment faire une bête tisane), bref ça sent le repompé. Je ne le garde que pour la joliesse des aquarelles, vraiment réussies.

…Ainsi que quelques ouvrages plus généraux sur les jardins, médiévaux notamment, sur lesquels je reviendrai.

Pour les petits :

MON JARDIN DE SORCIERE – Bernard Bertrand & Frédéric Lisak – éditions Plume de carotte

Vraiment pour les petits, il s’agit d’un modeste coffret carton contenant des livrets, des graines à planter, des jeux… L’idée est bonne mais le résultat cheapos. Cela dit, ça, les petits s’en foutent, certes. Je vais profiter des graines…

…Et, après y avoir fait un tour conséquent et instructif, me calmer quelque peu sur les productions du Terran et de Plume de carotte, pour reprendre, encore et encore, Le Livre des bonnes herbes… :)

§

EDIT : je viens de trouver un trésor !! En forme de bibliothèque cachée et précieuse, j’ai nommé la bien nommée Bibliographie Affective sur les Plantes (j’y rajoute les majuscules de l’enthousiasme). La navigation me laisse perplexe, mais le nombre des ouvrages cités ainsi que la qualité (et le nombre aussi pour certains) des commentaires de spécialistes du sujet, valent bien de s’y perdre. Un dédale exhaustif et bien agréable… :)

Et re-EDIT : second trésor, moins pratique que des bouquins papier, mais précieux tout de même, la découverte d’ouvrages numérisés sur Tela Botanica, notamment – pour ce qui m’intéresse – la fameuse Flore de Coste en 3 volumes, ainsi qu’un Dictionnaire étymologique de la flore française, qui complète utilement « Le latin dans mon jardin » déjà évoqué, et à nouveau dégusté.
Ladite flore semblant épuisée ou compliquée à trouver, voilà déjà une bonne source. :)

§

Voili pour cette première BiblioBulle. Elle pourra s’agrandir si acquisitions futures. Mais sur le sujet, le savoir est si vaste et si neuf (et nullement abordé en douze ans de médecine, c’est tout dire) qu’il passera de l’eau dans la rivière de sel avant que j’aie digéré une partie de cette Bulle-là.
Je vais essayer de relier ce billet aux éventuels bouquins correspondants dans Babelio. Mais je ne promets pas d’y parvenir – c’est un peu long.

Ah ! Aux amoureux des plantes et des soins naturels, je me permets de rappeler la pétition pour la liberté, menacée, des plantes médicinales dans ce précédent billet.

En vous souhaitant de brûlantes infusions, je vous laisse avec cette photo de chardons bleus, du Jardin des Sortilèges. :)

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