Hello, je sors un peu de mon silence radio éternisé pour retransmettre une chose lue et à lire, tellement en résonance avec mon feeling actuel et mes bavardages récents sur le sujet, que la voilà toute crue.

(Avant ça, une toute petite précision, je me désole que la Clef soit en jachère, ça devrait sans doute s’arranger dans des délais assez brefs (disons). Et je voudrais surtout pointer que j’ai des dizaines de liens et de choses à faire passer, depuis juin, cendres pour certaines déjà refroidies, d’autres encore brûlantes, et que, promis promis, je vais le faire. Celles & ceux qui me voient via la lucarne FB (et par les interstices souvent squattés dans les espaces de l’amie Hélène) voient grosso modo les sujets que j’y cale par facilité – nucléaire, forêts, animaux, humains, le mix classique – mais voilà donc une petite promesse pour les autres.)

Donc cette nuit, un article papier pour prendre des nouvelles d’Anna, et aussi de Van Gogh.

J’ai commencé par le caler en comm’ de « Mon bel animal », mais le billet est déjà surchargé et ça mérite bien une petite percée à la surface des eaux bleues de blog. Dont acte.
Et alors, ils sont chouettes au Canard (si je puis dire) parce qu’ils parlent quasi chaque semaine de la condition animale dans leur rubrique malbouffe/agro-alimentaire dégueu nommée « Conflit de canard », et ce mercredi 31 août on a droit à deux autres articles, l’un, superbe comme souvent, de Jean-Luc Porquet à la rubrique « Plouf ! » que je vous cale ici pour la beauté de la chose, et l’autre, rubrique « La boîte aux images », sur une émission sur les rats & autres bêtes de laboratoire.

Un des rares sujets où le Volatile, certes prompt (et professionnellement indépassable) à débusquer embrouilles politiques et malfaçons industrielles, s’engage clairement sans avoir besoin de le dire, mais juste en présentant les choses telles qu’elles se passent, ce qui n’arrive à peu près jamais dans les autres zines. Excepté les Puces de Luce Lapin dans Charlie, peut-être.

Merci le Canard, et donc, l’article de Mr Porquet que je vous copie a la mano. A lire jusqu’à la fin, le rapport avec le présent billet n’est pas évident au début :

DES NOUVELLES D’ANNA
Jean-Luc Porquet, Le Canard Enchaîné, 31 08 2011

« Quand son nom revient dans l’actualité, on a comme un choc. On l’avait oubliée. Et en même temps on la savait là, si proche, toujours vivante. Anna Politkovskaïa. L’officier de police qui est soupçonné d’avoir organisé son assassinat vient d’être arrêté. C’est lui qui avait acheté et remis le pistolet aux tueurs. Lui qui leur avait fourni l’adresse de la journaliste. Il avait été chargé de cette affaire par un commanditaire toujours non identifié. Saura-t-on un jour le nom de ce dernier ? Au pays de Poutine, la justice sera-t-elle enfin rendue dans l’affaire Politkovskaïa ? Sa famille et ses amis l’espèrent, mais sans trop y croire. Elle n’avait de cesse de dénoncer « le régime criminel et criminogène » que celui-ci est en train d’édifier sur les décombres du communisme. Elle décrivait les exactions de l’armée russe en Tchétchénie. Elle allait sur place, racontait ce dont elle était témoin, était d’un courage incroyable. Menaces de mort, empoisonnement, arrestations : elle savait qu’un jour elle serait abattue. Elle continuait. C’est donc le 7 octobre 2006, il y a bientôt cinq ans, qu’elle a été assassinée en bas de chez elle.
On feuillette « Qu’ai-je fait ? » (Molio), le recueil d’article publié après sa mort. On tombe à nouveau sur sa prose claire, ce jet d’eau froide qui réveille. Scènes de guerre en Tchétchénie, atrocités, sadisme ordinaire, horreurs sanglantes, complicité criminelle des autorités… Son jugement sur ses pairs journalistes était sévère : tous ou presque des clowns, qui « forment un cirque forain dont l’objectif est de distraire le public ». Tous des propagandistes, qui se plient à la vision de Poutine et répètent « à quel point les nôtres sont bons et à quel point les ennemis sont répugnants ».
Mais c’est vers le texte qui clôt le recueil qu’on revient chaque fois. Il s’intitule « Van Gogh et nous ». Van Gogh, c’est le nom qu’elle avait donné à un chiot trouvé dans un chemin. Il pissait partout. Il avait des calculs urinaires. « Irréversible », avait conclu le vétérinaire. Ir-ré-ver-si-ble. Pourtant, elle l’avait gardé. « Entre-temps, on s’aperçut que Van Gogh s’accrochait à  nous comme à un radeau ». Tout lui faisait peur : à l’approche d’un inconnu, il se cachait derrière elle, ne se sentait en sécurité que dans la voiture. « Nous finîmes par comprendre : il avait peur qu’on le ramasse. Et, dans le passé, c’étaient des hommes qui l’avaient déjà ramassé. Les hommes étaient devenus ses ennemis. De façon ir-ré-ver-si-ble. » Et Anna d’ajouter : « Le monde est devenu cruel à l’égard des invalides (handicapés, orphelins, malades), l’est aussi à l’égard des animaux. C’est naturel, cela ne peut pas être autrement. Lorsque tu as un chien malade au bout de la laisse, tu comprends parfaitement à quel point l’odeur de la laisse nous a rendus féroces. »
Si elle disait aimer plus les gens que les chiens, elle s’avouait incapable d’abandonner Van Gogh : « Je fais avec lui une course d’obstacles pour l’aider à combattre sa peur, je l’entraîne vers d’autres hommes, je prends leur main pour caresser les oreilles de Van Gogh et je le rassure : tu n’as pas à craindre cette main, mon chien… »
Pour Anna Politkovskaïa, rien n’était jamais perdu. »

ça envoie, n’est-ce pas ? Pure émotion à la lecture de ces lignes, dans la droite lignée de la longue conversation dont je parlais en comm’ avec Shambalah, donc (et dont il faut que je te retouche un mot, Hel girl). Et grosse pensée pour notre chat à nous qu’on a, tout vieux et tout flippé (et tout malade des reins en plus de la tête, aussi), notre Flipette égérique à qui ce billet est dédicacé – bon, il est possible qu’elle s’en foute, mais moi j’ai eu un peu l’impression de lire son observation clinique à elle en lisant ça, et une grosse boule au cœur, voilà.

Enfin, et surtout, j’ai je crois rarement vu un exemple si simple et si limpide du concept ici-bas développé du Toutélié. C’est clair, lumineux, et on voit parfaitement, sans forcer, que le respect de l’animal, de l’autre en général, n’est pas l’homogénéisation ni le déni des différences.
Toujours délicat à expliquer, ça, pour moi, mais si bien montré ici que le recopiage en fut tout naturel :)

Ah j’aurais bien aimé le lire un peu plus tôt, cet article, genre hier dans la journée, pour le citer en référence en disant que cela reflétait tellement ma vision des choses actuelle… La férocité. Précisément. On ne pouvait pas être plus précise que ça. Et la persévérance, indestructible, dans le fait de s’occuper d’une pauvre bête, et de soigner les réputés incurables.

Admirative je suis, et j’ai bien envie de lire ce recueil d’articles de mme Politkovskaïa, même si on peut supposer que ça va contenir son lot d’horreurs.

…C’était la lecture de rentrée ! A un rythme indéterminable, de futurs billets en préparation, je vais essayer de vous ficeler.
Prenez soin de vous et un câlin à vos familiers, people :)

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