…Yamadori en V.O. japonaise. Terme bien connu des bonsaïka, yamadori se réfère à de petits arbres prélevés en milieu naturel, choisis pour leur forme, étrangeté, allure particulière, rempotés puis travaillés en bonsaï. A l’origine ‘oiseau de montagne’ correspond aux hommes chasseurs de beauté, si l’on veut, qui s’en allaient dénicher, et déterrer, ces spécimens très recherchés pour leur originalité voire leurs défauts, modelés par des conditions difficiles, de vent, d’exposition, de situation, donnant des formes impossibles à retrouver sur de classiques sujets semés en pépinière.

Et alors ? Alors j’adore ce mot, voilà tout, pour sa sonorité, son sens, ce qu’il représente, et sa capacité à déployer ses ailes sur mon obsession japonisante qui n’est pas prête de se calmer ^_^

Je viens de clamer précédemment que je papoterais ici moins souvent et donnerais moins de liens – avouons que la grosse charrette précédente fait déjà office d’archives, pour une raison que personne ne peut m’expliquer, il y a toujours une disproportion étonnante entre nombre de visites et nombre de clics sur lesdits liens… bref, cf. papotage antérieur -, et je m’emploie donc ce soir à tapoter/papoter juste de ma pomme, pour le plaisir et les petites et poussantes joies du moment :)

La chose grise, plate et fortement addictive nommée l’ordi, donc, est passée au bloc et devrait revenir avec une nouvelle carte mère, et les données bien conservées dans le disque dur (si j’ai bien retenu). J’attends encore de voir pour y croire, et pour profiter des vacances pour me rattraper sur des big sauvegardes (la faute à une foi aveugle dans la religion du Mac, je crois bien, avant sous PC je sauvegardais tout précieusement, et au passage au Mcbook je me suis complètement lâchée… error !). Mais globalement c’est un gros ouf qui s’annonce ^_^

Sur ce, avant-hier me tombe dans les bras, peu après un bouquin de menuiserie ancienne, un trop joli beau livre bonsaïesque, repéré en mai-juin lors de mon plongeon initial, et intense, dans le monde un peu dingue des arbres en pot. « Bonsaï, la Nature et le Temps« , de l’espagnol Luis Vallejo. Avec des arbres de sa collection, du musée dont il s’occupe, des présents, et tout, et surtout quelque chose qui manque très souvent aux photos de bonsaï, une réelle qualité, une vraie place pour l’ombre, et un fond noir rare mais très pertinent. Bref un super coup de coeur, non pour les aspects techniques, vraiment effleurés et tant détaillés partout ailleurs, mais pour la beauté de la chose et le soin amoureux apporté à chacun. ça se sent et ça ne va pas arranger mes penchants du moment… ;)
(Bonsaï : la nature et le temps – Luis Vallejo – Mengès, 2001)

Cette rupture de jeûne livresque – jeûne partiel, j’en conviens ! – associant bois vivant et bois mort ayant été initiée par un autre livre, d’un autre arbre, qui m’a tapé dans l’oeil sur l’étalage du bouquiniste, un haut format très étroit, illustré de peintures plutôt modernes et tournant autour de contes sur… Yggdrasill, l’arbre des arbres. Pas de hasard, comme on le voit.

Un jour plus tard, hier donc, je vais livrer ma petite commande mijotée depuis un moment à ma dealeuse de papier officielle. Beaucoup d’Asie là encore…
un recueil, « Trois pierres cinq fleurs, petit traité sur le jardin japonais » ;
un roman, « Le jardin Yamata« , l’histoire d’un Français qui va bricoler du jardin nippon en pleine seconde Guerre mondiale (Le jardin Yamata – Isabelle Jarry – Stock) ;
un manga politique, oui ! « Le Capital » de monsieur Marx himself, vu comme c’est dur à lire, l’original, je me suis dit que ce pourrait être didactique – merci le Monde Diplo (Le Capital, 2 tomes – Karl Marx – Soleil Manga);
un beau livre plein de miel, je n’en dis pas plus, c’est pour offrir – à quelqu’un que vous connaissez et qui ne lira sans doute pas mon billet d’ailleurs :D ;
un manuel, « Le manuel du Bonsaï« , étant moyennement satisfaite par ce que j’ai en papier jusqu’à présent – le ouèbe est plus riche mais même trop riche en infos (Le manuel du Bonsaï – David Prescott) ;
des nouvelles, « Six récits au fil inconstant des jours« , Chine encore, où l’on voit que dès le titre on est embarqué (Six récits au fil inconstant des jours – Fu Shen – JC Lattès, 2009) ;
et encore d’autres…

Et en préquelle, il me faut confesser quelques craquages toulousains improvisés, très peu avant ça, avec un roman qui promet d’être magnifique, « Les survivants« , Chine du Sud / Thaïlande, chez Actes Sud ; le Lévi-Strauss évoqué chez Hel’, « L’autre face de la Lune« , textes et conférences sur le Japon, par ce grand monsieur (et en moins désabusé que les réflexions parfois amères de Nicolas Bouvier) ; un grand format d’estampes, bouquinerie encore (un bon fournisseur ça aussi) sur le génie Hokusai. Et plein de petits livres posés dans tous les sens au Nid, les travaux en cours font que le bazar est total – mais du coup j’oublie mes découvertes récentes et je les redécouvre tout le temps :D

Il pourrait sembler pratique, et soulageant bien les mille pulsions d’achat immédiat, de tenir une belle et bonne wishlist bien grassouillette comme ma Lettre au Père Pétuel. Oui sauf que… contrepartie très sournoise, au moment de se décider à prendre un ou deux bouquins, je me retrouve à en choisir entre six et dix et faire des choix cruciaux, voire cruels, parmi les centaines de références notées, et ça c’est bien horrible ! Gentiment, mais horrible, un peu. Et cela n’arrange pas, mais pas du tout, le problème grossissant aussi vite des multiples lectures en cours ! (là je bats des records, même si j’arrive à tenir à peu près deux ‘lieux’ assez stables pour avancer : la table du salon (enfin de la zone qui) pour les essais, beaux livres ou trucs techniques ou pratique – là c’est donc le Bonsaï qui est à l’honneur – et le chevet pour les livres que je veux vraiment avancer et terminer – toujours sur Les Barbares, donc, bellement dédicacés par l’auteur et par la procuration de mon ange bibliophile – qui reconnaîtra notre commune addiction plus que sa supposée angélique nature, je le crains ou l’espère ;)

On l’aura compris, le passage à l’heure d’hiver et à la Saison Sombre se fera ici sous le signe des arbres, et de l’Extrême-Orient. Concernant les bonsaï, j’ai très longtemps eu une espèce d’aversion classique, et communément partagée, pour cette pratique que je connaissais ni ne comprenais. Bref je me disais « ils font mal aux arbres et les empêchent de grandir« , je n’avais pas capté, quoi. Même en bossant un moment, et avec une extase, une paix, une curiosité terribles, sur le sujet des jardins japonais pour mon mémoire, je m’arrêtais à la porte de leur complément naturel, les arbres en pot. Alors que pourtant, principes et techniques y sont tellement similaires… Et puis voilà que ce printemps et début d’été, marqué par d’autres semis n’ayant pas pris, il me fallait un truc où me plonger, où me laver complètement de l’ego, où passer au rythme végétal voire minéral, quand le rythme animal n’est plus supportable, à plusieurs titres – le surmenage n’étant pas le moindre. Et c’est ça qui est arrivé, une addiction aussi rapide que prenante, et la vision assez délire d’un microcosme de passionnés intégralement mordus, le genre à bosser des décennies sur un arbre, à faire des croquis architecturaux, à visiter des pépinières de ouf et des jardins mythiques en plein Kyoto, à faire des comparatifs entre des outils plus pointus les uns que les autres, et tout. Et surtout, les arbres, bien sûr, la magie de la représentation, de la perte d’échelle, du vivant à choyer selon son rythme propre, et non selon le nôtre.

ça a commencé aussi quand une petite azalée toute spiralée (satsuki) de sept ans déjà pourtant (en fait c’est très jeune mais je ne le savais pas) m’a clairement appelée lors d’un passage dans une jardinerie par ailleurs très standard. Quelques bonsaï étaient là, et surtout elle, et après quinze minutes de tergiversations, rien à faire, il fallait l’embarquer. Depuis je la couve comme je peux, pas encore ça, il me faudrait une serre froide par exemple pour cet hiver qui approche. Et j’ai fait un choix un peu osé car ça semble difficile à garder, rapport à d’autres espèces. Mais elle m’a adopté et est venue nidifier à ce moment précis, donc… Accueil bienvenu et reconnaissant. :)))

Je reprends mon fil en terminant par ce jour même. Un autre passage dans une autre jardinerie, à la recherche de quelque plant tordu ou déficient qu’ils gardent souvent dans les bas-fonds des étagères, histoire de m’entraîner sur des conifères (c’est là que j’avais trouvé mon black bamboo tout renversé par terre, donc j’avais des chances). Et comme les prix étaient vraiment bas, quelques euros le pot moyen, je suis repartie avec un minuscule plant d’érable – ok c’est un feuillu et je crois même que l’étiquette ‘green globe‘ est fausse ! – et tout plein de petites choses aux cheveux en bataille, deux genévriers, un cèdre tout retombant sur lequel je pourrais tenter une cascade, un pin sylvestre, un Golden crest qui ressemble à un if mais vert très vif, et un buis bicolore très prometteur (les deux derniers existent déjà en format plus grand dans le jardin, je soupçonne la jardinière précédente de les avoir pris au même endroit !)… Tout cela ne ressemble à rien pour l’heure mais je préfère me faire la main sur de petits plants tout mal foutus que de risquer de flinguer d’entrée de beaux bonsaï déjà formés.

Un mal fou à me replonger dans des ouvrages de psy ou de médecine, par contre. Je me disais comme ça, avec toutes mes lubies et mes passions, que je pourrais bien plus certainement faire du jardin toute ma vie que de faire de la psy toute ma vie (mais bon, ça me fait bouffer, faut dire). Je ne sais plus depuis quand je n’avais pas ressenti ce bonheur d’apprendre, de découvrir, de parcourir des chemins nouveaux, inconnus, splendides, d’avoir ce rapport au savoir non concurrentiel, non utilitaire, non universitaire (putain, non, alors). Hormis pour l’herboristerie, encore un peu médicale mais domaine dans lequel je prends bien du plaisir quand même. A part ça, je ne sais plus, et pfiou ça fait du bien quand ça revient :)

Une dernière chose, éclairant un peu aussi cette attraction durable et soutenable envers les arts asiatiques en général et le Japon en particulier (qui intéresse énormément de monde, d’ailleurs, mais je ne crois pas que l’air du temps, hélas bien contaminé, là, soit la raison principale de cette attirance). J’ai plongé là-dedans comme on chute en Dorcha, sans diable savoir ce qui pouvait bien m’attendre, et où les rêves sont dépassés par la réelle beauté des choses. Et ce qui me plaît le plus, entre tout, dans tous les arts, c’est de tomber sur les traductions, le puzzle des idéogrammes, en un mot la langue. Parfois j’ai l’impression que je m’intéresse à tout ça, la littérature, le jardin, la céramique, la calligraphie, les haïku, le thé, juste pour avoir une excuse pour lire des mots en japonais, percer des kanji… Ainsi je termine où j’ai commencé, par les Yamadori, les oiseaux de montagne, cette formule qui symbolise à mes oreilles la poésie permanente, omniprésente, obsédante, cachée ou révélée dans la langue japonaise, et donc dans sa pensée profonde.

Alors ? Alors ma raison me dit que je ne vais pas avoir beaucoup de temps par les temps qui s’en viennent, et mon coeur, lui, me murmure que quelques cours par correspondance, ce ne serait pas si mal… (et cela me permettrait, en sus de me faire méchamment plaisir, de persister à me situer dans une perspective de formation continue, mais n’ayant plus rien à voir avec mon boulot officiel – un compromis audacieux, et très plaisant, je dois dire). Ah, ça me travaille…

Petits projets en train de croître, petites boutures en train de pousser… Promesses d’un hiver fertile, d’une hibernation productive. :)

…Et pour la route, un puits de lumière en plein milieu de la maison, qui se met à respirer toute seule (VMC en place), un effet incroyable et des branches pleines de vent au-dessus de la tête !

Portez-vous bien,
Bises boutures :-*

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