Billet germinatif sous un épais manteau neigeux. Je vous propose, entre deux phases de blanche contemplation, d’écouter les leçons de Dame Nature et d’imiter les increvables perce-neige, petites clochettes de fin d’hiver, premières à éclore, à résister. A vivre. Sortez les pouces verts ;)

Il se trouve donc qu’approche la Lune des Tempêtes, paraît-il, ce qui fait écho à la fois avec ses promesses de fertilité et de purifications internes comme externes, et avec ce froid saisissant qui surprend tout le monde – et pas seulement les trois boulets habituels qui s’empressent de beugler « hébé il est où le réchauffement climatique, là, alors, hin hin ! », oubliant même la notion élémentaire de moyenne annuelle (bref). Curieux comme on semble s’être à ce point déconnectés d’un phénomène parfaitement naturel, et qu’on se sente bloqués et tout perdus, même ici – c’est d’un joli, si vous saviez -, de ce qui n’est après tout que « de la neige en janvier ! » comme dirait le vieux Bilbo.
Lors, cette Lune Tempétueuse a cette année comme des airs de message, massif et coupant, comme des sons d’alerte grandeur nature, en mode « hé ho, arrêtez de déconner avec le climat, là, parce qu’il y a des conséquences, lourdes, très lourdes… »

De mon côté, je suis en même temps plutôt rassurée que l’hiver reste encore un peu l’hiver, tant il a mis de temps à venir, et tant je guettais les signes de blancheur sur mon paysage quotidien… Bien sûr, je n’enlève pas la chance d’être au chaud, parce qu’en congé et parce qu’ayant un domicile, fixe et plein de bûches, c’est vrai.
(Et que la joie odorante de se chauffer au bois est redoublée par l’assurance de continuer à pouvoir se chauffer même si coupure électrique, ce qui vient d’arriver trois fois, là de suite, et par la triste satisfaction de se dire que pour ça au moins, on n’aura pas utilisé d’énergie nucléaire, pas fait trimer les manutentionnaires clandos de chez Bouygues, pas volé et guerroyé contre les Touareg du Niger, etc. Au moins pour ça… en attendant plus d’autonomie, style panneaux solaires ou éolienne).

Bon, je voulais vous parler de continuer à germer et pousser malgré les glaciations ambiantes. Et l’image se prête bien à l’état où nous laissons la Terre Mère, non ? Résistance écologique autant que sociale (il est encore d’autres boulets, ou les mêmes, pour distinguer les deux, mais il est si évident que c’est la même chose qu’à force, je considère que je n’ai plus besoin de détailler), continuer, donc, à planter des graines dans les cœurs et des arbres dans les sols.

Et là tout le monde peut jouer. :)

* * * Les acolytes du V-gang ainsi que certains lecteurs à l’âme agrandie du roman « La Glace & la Nuit, opus 1, Nigredo » de Léa Silhol (ne me dites pas que, etc ;) ) se souviennent bien de cette impulsion qui leur fut donnée, de participer à la restauration de la forêt calédonienne, dans la belle Ecosse, réduite à 1% de sa surface originelle, via le projet Trees for Life. J’apprends tout récemment que des années plus tard, ça continue de pousser, diffuser, partager puisqu’ils viennent de parvenir au million d’arbres, ce qui est une splendide nouvelle. :)))

Alors, de temps en temps, j’en rajoute un ou deux, pas souvent, mais j’essaie de ne pas oublier. Parce qu’il ne s’agit pas uniquement de reconstituer des forêts muséales mais réellement de faire pencher la balance du côté de la vie, de la régénération, de la seule voie possible pour les humains et les non-humains. Et, je répète et je cantonade, tout le monde peut jouer. ;)

Et puis cela résonne avec d’autres projets similaires, bien sûr. Alors voici, pour tous les continents.

* * * Il y a Cathedral Grove, en Colombie Britannique, découvert via Hélène (je crois) en plein giant redwood mood ;). Tout y est en anglais mais je vais tenter de creuser un peu quand même.

* * * Il y a l’exemple exceptionnel de Wangari Maathai, « la femme qui plantait des arbres », qui a quitté ce monde après avoir initié la plantation de plus de 30 millions d’arbres en Afrique subsaharienne, un grand personnage aussi marquant, et aussi important que Vandana Shiva pour le sous-continent indien, par exemple – en fait, pour le monde entier. « L’Ecologiste » lui a consacré plusieurs articles. Il existe une bio de Wangari Maathai que je crois avoir croisée, je regrette de ne pas l’avoir prise sur le moment (avant mon serrage de ceinture bouquinesque !).

* * * Il y a aussi la possibilité de « planter des arbres pour la planète », pour la biodiversité et contre la déforestation, dans des zones qui en ont bien besoin, Niger, Madagascar, Colombie et Nicaragua, via le projet Tree Nation. Celui-ci je l’ai découvert en commandant des semences rares chez Alsagardence qui n’est point raisonnable, mais moi non plus -, et c’est un peu le même principe que Trees for Life. Après les bouleaux, voilà que j’ai donc planté un acacia. ^_^

* * * Côté Europe de l’Ouest, Il y a encore, j’y repense en tapant ce billet, une actualité forestière (et sanitaire…) très proche de nous, en plein coeur de la légendaire forêt de Brocéliande, que nous rappelle amèrement le collectif Danse avec les Sorcières. Ladite mythique forêt bretonne est toujours menacée d’être blindée de déchets, et je vous laisse découvrir le sale contexte.

* * * Côté Europe de l’Est, il y a bien sûr toujours le combat pour protéger la forêt de Khimki, menacée d’être sabrée par une vilaine autoroute, dont Fabrice Nicolino nous entretenait l’année passée ici : Sauver la forêt russe de Khimki (contre Vinci), et dont je vous avais dit un très bref mot dans Forêts russes & blancs passereaux. Combat toujours d’actualité aussi, comme on peut le voir avec cette présentation dans Courrier International d’une sacrée activiste, bien impressionnante elle aussi, Evguenia Tchirikova.

* * * Ah, et un beau jour j’avais trouvé un autre projet également intitulé Trees for Life : planting peace for Palestine, axé sur les oliviers de Palestine, en bien mauvaise posture. Là aussi il faut que je creuse à nouveau, je ne sais pas si c’est toujours en cours, mais je compte bien regarder ça, oui, depuis le temps que je ne donne plus de la voix pour eux.

* * * (Côté films à venir, il y a entre autres deux docus que j’attends vraiment-vraiment, celui de Francis Hallé et puis « If a tree falls : a history of Earth liberation front » dont on avait touché un mot suite au reportage Arte sur les « éco-terroristes » (ahem) évoqué dans Les insurgés de la Terre. Alors j’ai un billet-brouillon prévu pour tout ça et d’autres ; même si je sais que bientôt l’ordi et moi allons nous éloigner nettement, je tente quand même le coup d’en parler dans un billet séparé.)

* * * Et il y a, pour les chemins de traverse, la redécouverte de ce génial site, le Krapo arboricole, amoureux fou des beaux arbres, foisonnant et bruissant, et ne cédant pas la nécessité de l’appel à les sauver à leur pure poésie intrinsèque. (Je crois que je me répète avec ce lien, mais il le mérite !) Beauté de la forme, nécessité du fond. Et l’inverse aussi, finalement.

Là, je relis « La Tisseuse, contes de fée, contes de faille« , une nouvelle fois, et ce malgré mes xx livres en cours. Et là aussi, me revient à l’esprit la même idée, toujours, que l’art de faire germer les plantes, les œuvres, les êtres, tout cela est pareil et tout cela est indispensable. Résister c’est créer, créer c’est résister.

So, dear people, je vous invite par la présente à créer… de la façon que vous voudrez. Mais il n’y aura jamais trop de petits pouces verts pour semer les graines de notre survie à tous (* vraiment * tous). Et je vous laisse avec les mots russes et verts d’espoir d’Evguenia Tchirikova, l’article sus-cité se concluant ainsi :

Elle avoue que parfois, son mari et elle en ont assez. Il leur semble alors que leurs têtes ne seront pas assez dures pour briser le mur de béton qui leur fait face. “Mais à chaque fois, un miracle se produit !” Evguenia Tchirikova croit au changement, aux miracles, et à la capacité des gens à accomplir eux-mêmes des miracles.

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