Ourse et oursons, photo @Chandres (Wikimedia)

…Et la France de ceux qui l’aiment vs ceux qui décident… Suite à ses manquements dans la protection des espèces sauvages (connue sous le nom de Directive Habitats), la France se voit mise en procédure d’infraction par l’Europe. Et c’est tant mieux. Ce communiqué de Cap Ours est relayé par l’Association Pays de l’Ours-ADET :

Ours : l’Europe a lancé une procédure d’infraction
contre la France

La Commission Européenne a déclenché une  » procédure d’infraction  » contre la France pour « manquement à ses obligations de protection de l’ours brun des Pyrénées », obligations contenues dans la directive Habitats.

Précisément, l’Europe reproche à la France le manque de protection de l’espèce et son état de conservation défavorable, car le noyau occidental, qui représente près de la moitié de l’aire de répartition, est voué à une disparition inéluctable sans renforcement.

La France a donc reçu une lettre de mise en demeure, première étape du contentieux qui conduira si rien n’est fait à la saisine de la cours de justice.

La France a désormais deux mois pour éviter la poursuite de la procédure.

Les associations n’avaient pourtant pas manqué de prévenir l’Etat français.
Mais, voyant que le plan de restauration et de conservation de l’ours (2006- 2009) arrivait à échéance, qu’il était sans suite, les associations de protection de la nature regroupées au sein de CAP-Ours, ont déposé plainte auprès de la commission européenne voilà plus de deux ans, pour défaut de protection de l’espèce.

A l’époque, les cinq individus réintroduits en Pyrénées centrales offraient une bouffée d’oxygène aux quelques plantigrades installés dans ce secteur des Pyrénées, mais rien n’était entrepris pour éviter la disparition définitive des derniers ours du noyau occidental.

Après avoir renoncé au renforcement prévu au printemps 2011 en Béarn et alors qu’aucun plan de conservation de l’espèce n’est en cours d’élaboration, la France est désormais sous la menace d’une saisine de la cour de justice européenne.

Evoquant ce risque en juillet 2010, la ministre de l’Ecologie de l’époque avait averti des conséquences possibles : « Si nous ne respectons pas nos obligations européennes, ce n’est pas simplement une amende que l’Etat aura à payer. Ce sont l’ensemble des crédits européens pour les Pyrénées qui sont menacés. »

Voila donc la France au pied du mur ! Elle doit désormais se doter d’une politique de restauration et de conservation de la population d’ours des Pyrénées digne de ce nom.

Les associations membres de CAP – Ours :

Altaïr-Nature, Animal Cross, Association Pyrénéenne des Accompagnateurs en Montagne 66 (APAM 66), Apatura, Association Nature Comminges (ANC), Comité Ecologique Ariégeois (CEA), Conseil International Associatif pour la Protection des Pyrénées (CIAPP), Ferus (Groupe Loup France/ARTUS), France Nature Environnement Hautes Pyrénées (FNE 65), France Nature Environnement Midi Pyrénées (FNE Midi-Pyrénées), Fonds d’Intervention Eco-Pastoral – Groupe Ours Pyrénées (FIEP), Mille Traces, Nature Midi-Pyrénées, Nature Midi-Pyrénées comité local Hautes-Pyrénées, L’œil aux aguets, Pays de l’Ours-ADET (Association pour le Développement Durable des Pyrénées), Société d’Etude de Protection et d’Aménagement de la Nature dans le Sud Ouest section Pyrénées-Atlantiques (SEPANSO Pyrénées-Atlantiques), Société Française pour l’Etude et la Protection des Mammifères (SFEPM), Sours, WWF France.

En gros, d’après ce que j’en ai compris depuis que j’adhère à cette association, l’état français est tenu, via la Directive Habitats, de protéger ses espèces sauvages, et pourtant n’applique pas du tout ce que préconise l’Europe en la matière. Du coup, ça va finir par tomber, et je trouve ça bien, pour une fois qu’une ‘instance’ plus haute que la France peut faire quelque chose…
Je dis ‘pour une fois’ mais il est vrai que les actions de L214 par exemple pour améliorer, euphémisme, les conditions de vie des animaux d’élevage, s’appuient aussi sur des réglementations plus haut placées que celles de l’état. (Il me faudrait y mettre une majuscule mais là j’ai pas trop envie ^^)

Il existe bien sûr une polémique sur la réintroduction des ours sur la chaîne pyrénéenne, polémique qui prend souvent de la place dans les médias locaux. Pour être située en plein milieu, géographiquement, de la chose, et pour me farcir d’énormes inscriptions « NON AUX OURS » sur les routes et les ponts de notre riante contrée, je crois pouvoir dire que le débat est bien pourri par des personnes pas très nombreuses, mais très bruyantes et agressives (avec vandalisation d’Arbas, le village où est sise l’association), alors que 3/4 des français sont favorables à cette réintroduction…
Et d’ailleurs que, même sans citer l’opinion publique humaine, il se pourrait que les ours eux-mêmes, qui habitent les Pyrénées depuis quelques 200 000 ans – contre 3 000 pour le mouton importé d’Asie, si l’on veut vraiment confronter des chiffres – s’y trouvent très bien…
(Schéma similaire à celui de la corrida, si vous voulez, en sens inverse, et toutes proportions gardées).

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Sinon, l’association Pays de l’Ours, je vous en ai déjà parlé, elle fait un super travail de suivi de la vingtaine d’ours de la chaîne, de prélèvements et d’analyses, de réflexion sur la généalogie et les (forts, là) risques de consanguinité si la réintroduction ne compte pas un nombre bien plus considérable d’individus, d’une part ; et d’autre part tout le travail de communication, de diffusion d’information et des savoirs sur cet animal trop mal connu, et porteur bien malgré lui de trop de rancœurs spécifiquement humaines – mais aussi de beaucoup d’espoir et d’empathie, je peux vous l’assurer :)

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Dans tout ça, moi j’aime intensément les ours.
Alors j’en profite pour conseiller un gros ouvrage qui brosse le panorama des populations ursines en Europe : L’Europe des Ours de Jean-Paul Mercier, aux éditions Hesse, 2010.
La présentation du bouquin :

Pays par pays, de la Scandinavie à l’Italie, des Carpates aux Pyrénées, Jean-Paul Mercier a collecté tout ce qui concerne Fours brun européen : l’évolution historique des ses populations, ses caractéristiques morphologiques et écologiques, son statut légal, les recherches scientifiques entreprises à son sujet, sa gestion et sa protection, les diverses opérations de réintroduction, jusqu’aux implications économiques et pédagogiques. À chaque fois, il précise également les menaces qui pèsent sur l’animal – chasse, braconnage, déforestation, aménagements en montagne, réseaux routiers – et comment celui-ci est perçu par les agriculteurs et les éleveurs locaux. A travers ce parcours, Jean-Paul Mercier raconte aussi de véridiques histoires d’ours, celles, en Autriche, du patriarche Otschi et de Nurmi l’insaisissable, de Bruno, victime en Bavière du principe de précaution, d’El Emigrante, le pionnier des Cantabriques ou de Pyros le super géniteur pyrénéen.
Comme le précise Farid Benhammou dans sa préface, «L’Europe des ours est une mine rare d’informations, fuit d’une collecte patiente et rigoureuse, accessible autant au connaisseur qu’au néophyte… Il se lira pour le plaisir de ses histoires d’ours ou bien pour réfléchir à une politique européenne cohérente de conservation. Il peut s’aborder d’une traite, comme il peut se compulser au coup par coup, selon le pays recherché. On apprendra qu’il n’y pas que les humains qui soient divers, les ours le sont également.»

…Il se balade dans ma Pile A Lire, celui-là, il revient toujours pas loin. Une présentation exhaustive sur la Buvette des Alpages.

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La Buvette des Alpages, j’en ai déjà parlé également, de ce site qui a le rare mérite de faire le point, avec régularité et de façon chiffrée, sur la réalité de la situation économique catastrophique de l’élevage ovin. Je ne dis pas que cela soit catastrophique à mes yeux, en tant que plutôt partisane de l’abolitionnisme pour la question animale (on reviendra sur le ‘plutôt’ bientôt j’espère), mais que pour les éleveurs, il apparaît de plus en plus clairement que cette profession est une impasse complète.
Alors les subventions de plusieurs centaines d’euros, versées pour chaque brebis prétendument tuée par l’ours (quelques unes le sont, mais certainement pas toutes celles qui sont déclarées telles, car cela ferait de l’ours pyrénéen le plus carnivore et le  plus psychopathe de tous les ours mondiaux, alors qu’il est plutôt peureux… et que les chiens de prairie, ou chiens sauvages, en revanche, font des dégâts bien plus conséquents, mais pas subventionnés donc on n’en parle pas…), ces subventions donc, loin d’apaiser le débat sous un compromis plutôt biaisé, enveniment la chose à mon humble avis. Je vous laisse parcourir tranquillement les pâtures de la Buvette des Alpages, où tous les détails sont explicités, chiffrés, argumentés.
C’est d’ailleurs là que j’ai appris que sur les 46 000 euros de revenu annuel d’un éleveur moyen sur les Pyrénées, seulement 10 000 euros ne provenaient pas de subventions, soit régionales soit nationales ou européennes… C’est-à-dire que sans subventions, l’élevage, tout comme la pêche d’ailleurs (90% de subventions, je chercherai la source), sont strictement non viables.

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J’ai aussi lu l’année passée – quand j’avais le temps d’ingurgiter trois bouquins par semaine – Une semaine chez les ours d’Armand Farrachi, militant animaliste bien connu (dont on peut notamment voir la sympathique bobine dans des vidéos de hunt sabotage  – sabotage de chasses à courre – sur le site Droits des Animaux), aux appréciées éditions LLL, 2010 ; lecture agréable et bien documentée, même si évidemment, l’on aurait comme lui aimé voir Le Moussu (Le Monsieur, surnom de l’ours en patois) de plus près… :)

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Pour achever avec d’autres espèces animales en situation pas vraiment folichonne, une nouvelle sympathique, le projet d’introduction en 2013 du bouquetin ibérique dans les Pyrénées (comme un chamois ou un isard avec de magnifiques cornes, voir le Groupe National Bouquetins), et une vraiment moins drôle, l’évolution de la situation autour de la présence du loup, tableau brossé avec efficacité et sans compromis, comme d’habitude, par Fabrice Nicolino dans son billet La seconde mort du loup (remake) sur Planète Sans Visa, que je suis toujours avec assiduité.

A être dans les news, enfin, ne pas manquer l’enquête toute fraîche de Stop Gavage (association L214) sur les conditions de production du foie gras, ou pour le dire plus nettement de torture des canards, à partager en cette belle période de Noël : Foie gras du Sud-Ouest : enquête dans des salles de gavage typiques de production

…J’ai bien envie de l’envoyer à un bon petit tas de contacts…

Il faudrait un billet entier pour le loup, voire même un respect total que notre pays et notre histoire lupophobes ne sont pas près de ressentir, et je devais à la base faire un billet éclair, donc j’achève là, en laissant mes quinze brouillons d’article et mes dix projets de recettes en plan, et je vous souhaite une belle journée animale. :)

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PS. J’ai découvert cette semaine le forum de l’association Animal Amnistie, militants et végé toulousains, suite à la projection (enfin) du film A.L.F. dont il faudra que je dise un mot aussi !

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