Source : http://www.reseau-antispeciste.org

(Et hop, comme un saut d’oiseau,
les plumes bleues de cette biblio
thématique, incomplète et subjective
forment maintenant un schéma si vaste
que le ‘billet’ devient ‘page’,
comme la métamorphose d’un Pokémon-kami.

Je reprends ici ce nid ouvert aux quatre vents,
et promis à bien d’autres mises à jour,
et j’espère pouvoir y translater aussi les commentaires
qui constituent un véritable record sur la Clef :)

Dans les projets fous :
intégrer les images de couvertures.)

Animal mon frère, dans tes yeux je lis ta peine. Ton regard tragique, celui qui changea le cours de ma vie, celui, lucide et terrifié, lors du dernier souffle à l’abattoir, celui qui me dit «  Mais que faites-vous donc de nous « . Ce regard de sujet conscient, ce regard de bête.

Transmission virale, contamination empathique, de sujet objecteur à sujet re-subjectivé. Objecteur de conscience animale.
Boucle rétro-active, feed-back, la bête me contemple et me voilà saisie. Tenant les barreaux de sa cage abominable, triste et doux le singe regarde mon père, mon père regarde le singe et bientôt il ne sait plus, pour me l’avoir relaté, de quel côté il se trouve.
Impression étrange, étrangère.
Vertige de l’humain. Au début de tout.

(Œil, reflet. Miroir rétinien, fovéen, pour la piste silholienne – le fil, filet de sang, courant toujours sous la surface de l’eau de ma conscience. Fo/Véa, donc, de Léa Silhol, ouvrage rare à tous les sens du terme, pour se pencher par un versant fictionnel, déstructuré mais ô combien réel et archi-texturé, sur la question du regard et de son basculement.ça et le Séminaire XI de Lacan, et la boucle est bouclée.)

Justement, avant toute chose : visiter sans faute, je le redis, le beau Psychopompe pour de – déjà – nombreuses pistes bibliographiques sur le sujet, littéraires aussi bien que visuelles, & informations à vous retourner l’âme ; le tout très bien commenté et analysé, et parfaitement humain.
Je résiste donc à la tentation de vous apporter en ping-back, en boucle aller-retour, chaque billet de ce nécessaire phare. :)
Mais que la belle amie sache que je me souviens de la transmission virale, virtuelle, and so real, dans mon oeil sur Basta! comme sur la couverture (Dieux…) de Nicolino, du regard de cette vache.

Et pour la présente ballade bulleuse (mais où on crève la bulle), j’ai pris la Clef des champs et revisité quelques uns de mes pépiages passés.
Attention grande promenade, prenez un goûter !

Le titre est comme de juste dédicacé – encore et toujours – à la revue dénichée par la belle Hélène, ce numéro de Ravages au dossier intitulé douloureusement et si justement « Adieu bel animal« .

Ce billet pour les animaux, « nos frères dans l’évolution », est spécialement dédicacé à ma sœur qui toujours aima les animaux, sans réserve mais avec beaucoup de câlins, ma petite sœur inconsolable le matin de la mort du chat (c’est malin je me fais pleurer moi-même !). Petite soeur devenue grande qui prépare actuellement un vaste travail de recherche, que je pense sans antécédent similaire, axé sur l’abord psychanalytique de ce ‘sujet animal’, justement (je le dis très grossièrement, à rectifier).
Il me suffit donc d’attendre tranquillou la belle et bonne biblio qu’elle ne manquera pas de faire pour cette occasion, et de mitonner ce petit BiblioBulle en léger avant-bouche, veggie bien sûr.

Dites donc, dans cette introduction très familiale je n’allais pas omettre ma chère maman, qui m’a enseigné avec raison que les livres changent le monde ! La dédicace s’adresse donc aussi à elle, pour lui dire que dans ce monde que je vais changer pour elle, avec mon blog et ma fourchette (que *nous allons* changer pour elle, on fait les ‘bêtises’ à deux, dans la fratrie ;) ), que dans ce monde, la peur, voilà, la peur est de tous les côtés. Ainsi, elle est aussi du côté de ces males bestes que nous élevons, exploitons, saignons et mangeons. Terrifiantes oui, mais au fond terrifiées.

Et nous allons donc prendre le problème par les cornes, inverser le regard, et foutre la paix au taureau du proverbe.

Source : maitres-des-arts-graphiques.com

§

…JE LES AI LUS…

PIG 05049 – par Christien Meindertsma – éditions Flock

Je commence par une référence fracassante, avec ce livre de photos (un peu de texte en anglais) qui vient d’arriver, et qui me met si mal que je dois le cacher de ma vue. Pour en savoir plus, voir et commander, suivre le fil : Un esprit sain hors des murs porcins. Fil qui m’a permis la macabre découverte. Livre de photographies oui, mais pas de « jolies photos ». Pour le dire vite fait, je copie la petite présentation Babeliesque que j’en ai fait hier :

PIG 05049 représente une performance visuelle, esthétique, politique, éthique et sémantique. Ainsi qu’un formidable outil universel (au graphisme douloureusement réaliste) pour militer sans paroles, et fissurer les certitudes des plus endurcis ou des plus indifférents à la cause animale, et/ou à la globalisation.
PIG 05049 était un cochon d’usine. Après sa mort, les morceaux de son corps, comme ceux de milliards d’autres animaux le sont quotidiennement, ont été dispersés dans un certain nombre de produits alimentaires et non alimentaires.
D’une façon toute rigoureuse et d’une sobriété qui le dispute au vertige de la vérité crue, très crue, ce livre photographie les 185 produits, choses, objets, aliments contenant chacun un morceau du cochon numéroté 05049. Cent quatre vingt cinq. Un par page.
Du pâté et des chaussures bien sûr, mais aussi du vin, du film photographique, des pneus, des pinceaux, de l’héparine, des bijoux, des valves cardiaques, de la porcelaine de Chine, de la cire, du pain, de l’antigel, du dentifrice, des saucisses, des bougies, du lubrifiant, de l’insuline, du yaourt, des figurines, des moules en aluminium, du papier peint, des puzzles, du plâtre, des balles, des médicaments, du tiramisu et plus de 160 autres objets.
La couverture est ce qui peut également mettre extrêmement mal à l’aise, douce et rose chair, tatouée, un piercing en plastique jaune numéroté sur la tranche. Engendrer un sentiment à l’image du livre entier et du projet, perfomance militante autant qu’artistique : un malaise profond et durable.
S’il en est pour ne pas se poser *au moins une* question après avoir feuilleté cet ouvrage édifiant et sans égal sur le thème, il en sera, je l’espère, infiniment plus pour ressentir ce basculement, ce décalage du regard, ce truc qui taraude, enfin. Enfin.

BIDOCHE – par Fabrice Nicolino – éditions Les Liens qui Libèrent

Je ne le présente déjà plus ! Un an et toutes ses dents (et un tchat avec des questions de gens ici), ce pavé de rumsteack dans la mare n’est pas seulement un gros succès (mérité) de librairie mais une véritable enquête, un vrai travail de journaliste (le mot est dévoyé) sur l’industrie de la viande, la chaîne agro-alimentaire ou plutôt agro-industrielle, l’histoire de la consommation de viande, les ficelles, les lois, les noms, les aberrations, et par dessus-tout la souffrance en chiffres et en actes. Un pamphlet costaud et qui a les moyens de son énervement, un livre qui, aux dires de l’auteur, est arrivé « au bon moment » (il était temps qu’on se bouge la couenne). Il est déjà sorti en poche. Et je ne sais pas qui peut le lire sans pleurer. Mais ce n’est pas l’objectif premier, plutôt une nécessaire étape d’ouverture de regard et d’esprit, une violente réalité comme un néon de cinq mille watts. L’objectif, il est dit, est de voir enfin « les moutons se lever ». Ne pas oublier d’aller traîner sur Planète sans visa, je ne vous le dirai pas à chaque fois, une énorme quantité d’infos et d’actions à mener s’y trouve !
Mon mot sur Babelio :

Pour un pamphlet, il est plus qu’argumenté. Le principal danger (au sens de modification radicale du regard) de ce livre est que, loin de se limiter à un cri du coeur ou à un manifeste pro-animalier, il constitue une enquête journalistique sérieuse, documentée, fouillée, et passablement édifiante. Avis aux lecteurs ‘sensibles’, il contient des réalités douloureuses à la lecture.
Un ouvrage nécessaire, où s’effondrent un nombre non négligeable d’idées reçues et de conditionnements.
J’avais relié une interview de l’auteur ici :
https://laclefdefa.wordpress.com/2009/10/24/bidoche-par-fabrice-nicolino/
Une autre interview concernant Bidoche est lisible sur l’Ecologithèque :
http://www.ecologitheque.com/itwnicolino.html

(Cette lecture ne rend pas automatiquement végétarien ! J’ai ajouté cette étiquette car les thèmes alimentation industrielle et végétarisme peuvent se recouvrir.)


L’AGE DE L’EMPATHIE – par Frans de Waal – éditions Les Liens qui Libèrent

Quand j’étais petite, on tripait en famille sur les expériences éthologiques rapportées par Cyrulnik dans ses livres de psychologie. On aimait bien, il y avait des scènes marquantes. J’ai retrouvé cette même impression, agréable et déconcertante, avec L’âge de l’empathie, en plus sérieux, plus comportementaliste aussi (ça sent la mentalité américaine à pleins gaz), on n’est pas vraiment dans le questionnement philosophique du ‘sujet animal’ mais plutôt dans une approche quasi neurologique, l’observation, l’expérimentation (sans douleur, ça nous change). Les éléphants qui se reconnaissent dans le miroir, et tout. Un abord vraiment intéressant, à poursuivre pour les scientifiques hardcore par Les neurones miroirs, sur l’étude neurologique des capacités d’imitation et donc d’empathie, qui offrent un pont intéressant avec la théorie de l’esprit (ainsi que Comment les neurosciences démontrent la psychanalyse, mais là je m’éloigne encore davantage).
Un avis plus fourni chez L’Ecologithèque. Edit : et une interview de Frans de Waal dans Libé (itw retranscrite si jamais le lien bloque).

LA SOLIDARITE CHEZ LES PLANTES, LES ANIMAUX, LES HUMAINS ainsi que LE LANGAGE SECRET DE LA NATURE – par Jean-Marie Pelt – Livre de poche

Deux bouquins jumeaux, petits mais vraiment denses, et indispensables pour appréhender la base biologique de cette solidarité dont les gauchistes et les décroissants vous rebattent les oreilles (même s’ils ne comprennent pas forcément, tous, ce dont il s’agit vraiment. BREF). Ce célèbre biologiste, et confirmé, développe les nombreux exemples concrets qui renversent complètement la vapeur de nos préjugés : en fait, eh bien non, la Nature n’est pas une jungle horrible où tout le monde massacre tout le monde, mais un ensemble de systèmes très organisés où la compétition est présente mais minime, et où les espèces entre elles s’aident et vivent en symbiose (entre différents animaux, entre animaux et végétaux, etc, c’est infini). La symbiose en règle-prime, donc, et non la guéguerre ou si peu, et puis les mille modes de communication. Vraiment bon, j’aime beaucoup !

LA LIBERATION ANIMALE – par Peter Singer – éditions Grasset

Le livre fondateur du mouvement éponyme. Avant il y avait les réformistes (ceux qui militent pour un meilleur traitement des animaux, plus humain, etc, mais pas pour la fin de l’exploitation animale), avec Singer voilà les abolitionnistes. Ceux qui veulent fiche la paix, *intégralement*, aux animaux. Un truc d’alien, en somme. L’homme relate les débuts de son combat, les incompréhensions totales, puis les visites de laboratoires, les vérités hurlantes ; et voilà que non content de militer pour les bêtes, il philosophe, et pas qu’un peu. Singer pose donc, avec ce livre qui est la bible des abolitionnistes, les fondements philosophiques de l’anti-spécisme, qu’il définit en miroir avec l’anti-racisme ou l’anti-sexisme. C’est une position radicale (on sait sur cette Clef l’attachement très positif relié à l’étymologie de ce mot), qui ne peut qu’aller vers le véganisme, qui a le toupet d’être cohérente, logique, et donc qui énerve tout le monde. Parce que, d’une cela remet salement en question la définition de l’humain – et Singer n’élude pas cette question-là – et de deux, cela emmerde à un point inimaginable les tenants de l’économie néolibérale. Au point que Singer est ciblé comme une des personnalités américaines les plus dangereuses pour la patrie. (En dehors de la patrie ils s’en foutent, c’est qu’un grenier vivrier et humain).
Je dois dire que depuis à peu près un an, je tente en vain de terminer cet ouvrage. Non pas que je ne sois convaincue – au contraire, on l’aura compris – mais à cause de l’horreur pure des expériences décrites sur les animaux. Je n’y arrive pas. Après Earthlings, en plus, c’est carrément l’enfer. Tous les bouquins d’épouvante fictionnelle peuvent aller se coucher, tous. (Sauf King parce que c’est un grand psy !)
Mais je continue de parler du livre et de me pencher sur ses aspects théoriques, parce que cela me semble un vrai pilier de la présente question.
Un entretien sur Arte du monsieur (si le lien marche encore, ce qui est rien moins que sûr), et le site officiel de Peter Singer.
Ici, la traduction de notes dans les Cahiers antispécistes à propos de La libération animale. Bon bien sûr, cela date de 93, il faut se replacer un peu.

LES VEGETARIENS : RAISONS ET SENTIMENTS – par André Méry

Parlons un instant de ces animaux-humains qui prennent habituellement toute la place dans les biblios, et toute la place tout court. Un book lu avant emballage cadeau, il était planqué dans les Feuilles sous le sapin. Qu’en disais-je alors : Un vrai petit bon moment ! Ecrit par un qui s’y connaît, en tant que président d’une grosse asso VG, voilà un panoramique qualitatif et quantitatif. Au menu donc : un regard sociologique, des enquêtes assez surprenantes, et des foultitudes de courants, éthiques, économiques, religieux, écologiques, sanitaires… Là où il est bien montré qu’il y a autant de végétariens que de raisons de le devenir… Et une bonne biblio.
J’en parle ici parce qu’entre temps, j’ai fini par intégrer la véracité d’une statistique incluse dans l’enquête : seulement 6% des végétariens le sont devenus suite à une discussion avec un ami ou une connaissance. Ce qui veut dire : ne pas chercher à en parler pour convertir, le prosélytisme est totalement inefficace. Il est vrai que j’en parlais beaucoup au début de la démarche, mais je pense que j’étais dans la découverte, l’hallucination totale aussi, le syndrome de la caverne (un truc que j’ai inventé, ou plus exactement redécouvert, je vous expliquerai, un jour). Donc ça ne marche pas comme ça, et je ne me fais aucune illusion sur les effets de ce billet bibliobullesque, quant aux conversions VG éventuelles. Aucune illusion. Mais je ne vais pas me taire, non plus. On ne va pas se taire. Oh non.

LA FERME DES ANIMAUX – par George Orwell – éditions Folio

Je disais ça il y a quelques temps : Fini il y a peu, didactique (limite relou) mais à la logique implacable, pour qui sait lire entre les lignes et les sabots. La critique de la domination et le pouvoir montant à la tête, en font une brève et cinglante épopée funèbre du communisme –et de son idéal bien vite transformé en nouvelle dictature semblable aux précédentes. Et dire que j’étais passée toutes ces années à côté de ce parfait classique !
Ce jour, j’ajouterais que ce très nécessaire grand petit roman pose quand même une question cruciale, celle de l’anthropomorphisme. Au point que je me demande s’il n’y a pas, dessous la critique du fonctionnement humain, terré comme un trauma refoulé, la grande absente, la question sous la question, à savoir : la question de l’animal pour lui-même, et non pas de l’animal juste comme équivalent humain, ou autre. Je crois me souvenir que cette question est un peu abordée dans les débuts de l’histoire (la réunion dans la grange). Mais ensuite ? Vaste débat.

A propos, dans le même billet je disais/lisais aussi cela – s’il ne faut lire qu’un livre c’est peut-être bien celui de cet immense poète :

LES METAMORPHOSES – par Ovide – éditions Folio, 1992 (complet, un seul tome)

Encore et toujours, cette bête-là ne se croque pas en un soir, et pour une raison étrange, me suit depuis des années, commencée, recommencée, poursuivie, laissée, reprise… Sa finesse de ton, sa précision de jugement, son empathie contrastant incroyablement avec la cruauté de certaines histoires, ne laissent de me transporter…
Bon. il faudrait un blog entier sur Ovide. Et le mieux est de le lire. De fait, contrairement à mon précepte d’il y a cinq minutes, je vais me taire. ;)

UNE SEMAINE CHEZ LES OURS – par Armand Farrachi – éditions Les Liens qui Libèrent

Ah tout de même, ces chers ursidés manquaient un peu. Armand Farrachi, militant aguerri, déboule dans les forêts de Slovénie et revient avec un récit, que j’ai hâte de découvrir. Outre le fait que cette maison d’édition, LLL, me plaît décidément beaucoup, je suis tombée en amour devant le bleuté de la couverture…
(EDIT : avant de finir d’être alléchée par cette critique, j’ai craqué et commandé la chose, actuellement en cours de dégustation.)
Voir également la critique de Folfaerie, qui a beaucoup aimé.

MAIS JE SUIS UN OURS ! – par Frank Tashlin – éditions L’école des Loisirs, collection Mouche

Ah, voilà un génial exemple d’anthropomorphisme réussi, parce que pas si anthropomorphe que ça, justement. Intermède hilarant, percutant, décolleur d’oreilles, dans ce grand champ d’études souvent très – trop – glauque, pour tous les âges et toutes les humeurs surtout les plus amères, Mais je suis un ours ! est un petit bouquin illustré, célèbre en terres anglosaxonnes, une histoire au dessin savoureux et plein de détails qui tuent, une critique tranquille et définitive de l’absurde monde humain, aux absurdes usines & hiérachies qui se comptent en nombres de téléphones sur le bureau et de poubelles sous la table. Avec, il est vraiment parfait, le petit pic de tristesse solitaire mais bonhomme dont les ours ont le secret. Gé-ni-al.
Mon mot sur Babelio :

Simple et génial, ce bouquin illustré pour petits-et-grands est un grand pot de miel animalier et libertaire !
Grand classique de la littérature jeunesse (mais que j’ai découvert il n’y a pas huit jours), paraît-il, l’histoire de l’ours qu’il n’était pas, traduction approximative du titre original, The bear that wasn’t, fait du bien là où ça fait mal.
Productivisme, temps modernes, absurdité foncière du fordisme et de la hiérarchisation artificielle, manichéisme apparent (jolie Nature bien accordée aux saisons et aux cycles vitaux versus stupide usine moche polluante et pleine d’administratifs crétins et vénères) désamorcé par l’évidence -poilue- en marche, et de grands éclats de rire, rires pas jaunes mais ravis, ravigotés, optimistes même.
Un enchantement et un pamphlet cool et salutaire pour tout le monde !
(Bien sûr, cela marche encore mieux quand on est amoureuse des ours)
Il va me falloir une autre lecture très vite pour savourer les détails savoureux nichés dans les illustrations, dépotantes.

(Et vive les ours, au passage !)

LE COCHON QUI CHANTAIT A LA LUNE, le monde émotionnel des animaux de ferme – par Jeffrey Moussaïev Masson – éditions One Voice – 2011

Envoi spécial via Shambalah, avec un beau titre, ce qui en soi mérite déjà de se pencher sur n’importe quel ouvrage. Signé du même à qui l’on doit  « Quand les éléphants pleurent, la vie émotionnelle des animaux » évoqué plus haut. Un peu dans le même esprit que ci-dessus mais concernant les animaux de ferme, édité par One Voice ,avec une présentation complète + achat ici, de quoi nourrir l’âme pour les abolitionnistes (dont je crois bien que je suis, en fait).
Voici la présentation donnée par AVF :

Jeffrey Moussaïeff Masson et One Voice ont décidé de s’associer pour l’édition de la traduction française du « Cochon qui chantait à la lune ». Pour cet auteur de best-sellers, spécialiste de la vie mentale des animaux, comme pour l’association, un seul objectif : contribuer à ce que les animaux soient mieux connus du grand public, pour mettre un terme à leur exploitation. Avec ce livre, l’accent est mis sur les animaux élevés dans les fermes : cochons, vaches, moutons, chèvres, poules et canards. Dans son nouveau livre, Masson fait définitivement tomber les idées reçues concernant les cochons. Leur personnalité, autant que leurs comportements sociaux et leurs préférences alimentaires les font étrangement ressembler à nos semblables. Il décrit des animaux intelligents et attachants, qui remuent la queue comme les chiens lorsqu’ils sont contents et sont capables d’aimer les humains, sans doute bien plus que de raison… Masson raconte aussi comment se comportent les poules lorsqu’elles ne craignent pas l’humain, rapportant notamment le cas de certaines aimant beaucoup se faire câliner… Il relate aussi l’histoire de l’une d’entre elles, particulièrement taquine, qui prend un malin plaisir à faire sursauter un chat. Les poules acquièrent grâce à lui une identité, et s’avèrent, bien plus que des volatiles stupides, des oiseaux sensibles capables de choses surprenantes lorsqu’on leur permet seulement d’exister et de nous faire confiance ! À travers une multitude d’anecdotes, de rencontres et d’observations, Masson lève le voile sur les animaux les plus intensément exploités. Il nous livre ainsi de fascinants témoignages sur les facéties des chèvres et leur grande intelligence, mais aussi de belles histoires d’amitiés entre des moutons ou des veaux et, plus surprenant encore, celles de canards pacifiques et altruistes… Au fil des pages, on comprend que si nous ignorons tant de choses à propos de ces animaux, c’est sans doute parce que nous ne voulons pas les connaître, pour pouvoir continuer à les exploiter – impunément. Car une fois que l’on a ouvert les yeux sur le trésor de leur existence, on ne peut plus les considérer comme d’insensibles machines à produire…

Edit : lu les yeux écarquillés, il est fascinant. A la réflexion il mérite amplement de figurer parmi les piliers des livres sur le sujet, puisque justement il s’attaque aux animaux qui finissent dans l’assiette. Un long article de la version originale sur le forum Arnelae’s Place. Dans lequel je me prends ma petite gifle synchronique du jour (quelques heures après être tombée sur un autre endroit nommé « Synchronicité et sérendipité », décidément)  :

Psychanalyste de formation, Jeffrey Masson a, de son propre aveu, raté sa vocation. « Ce fut une grave erreur de devenir psychanalyste. » Car si la psyché humaine l’intéresse, sa grande passion depuis l’enfance reste le monde animal. Et pour cause. Ce Néo-zélandais croit fermement que le cerveau des animaux leur permet d’éprouver les mêmes émotions que les humains, qu’ils possèdent les mêmes aptitudes à l’amour, la compassion, le pardon, la loyauté, la solitude, l’ennui, et qu’il n’en tient qu’à nous d’établir avec eux des rapports de confiance et d’amitié… et de cesser de les trahir.

THEOLOGIE ANIMALE – par Andrew Linzey – éditions One Voice, 2009 (246 pages – 20€)

Déniché sur un très bon site biblio (voir en bas). Il est dit sur Vegetari1.net qu’il est capital et qu’il va être commenté bientôt. Lecture en cours, ardue mais passionnante et très érudite.
EDIT : Ah, et voici un long article sur les Cahiers (pas du cinéma ;) ).

ANIMAUX ET Cie – par Cécile & Nicolas Guilbert – éditions Grasset

Un autre livre de photographies, noir et blanc celui-ci, au coeur du sujet. Et le parfait revers de la médaille de Wild Wonders of Europe – voir plus bas -, qui exploitait les animaux dans la Nature (et sans l’homme), ici ce sont tous les rapports de l’homme à l’animal qui sont explorés au terme de 25 ans de reportage photographique. Esthétique, cru, émouvant, brutal et sophistiqué, humain et inhumain. Ce qui représente le point exact où nous en sommes. Le terme approprié est non plus animal, mais animalité.
Le reproche que je pourrais faire est celui de certains éléments du texte d’accompagnement, qui après tout ce que j’ai lu par ailleurs, ne va pas bien loin, à mon sens.

LE LION – par Joseph Kessel – éditions Folio

Parce qu’au primaire je lisais ça et je pleurais plus de larmes qu’aucun adulte ne peut en verser. Parce que j’étais (je le suis encore) fan de l’Afrique, et de l’image que j’en avais à huit ans. Parce que c’est un excellent livre. Parce que les romans et la poésie gagneront à eux seuls les combats que tous les essais de sociologie du monde ne peuvent remporter.
Parce que.

(Ah, et aussi, dans la même veine je pourrais caler des Jack London qui eux aussi ont méchamment bercé mes rêves d’aventurière :) )

§

…PAS LUS MAIS PILIERS…

… Les deux livres suivants ont des points communs, et des différences : un peu le même sujet / des têtes de futurs piliers / un qui vient de sortir et un qui va paraître / un qui vient de l’étranger et un qui vient de Toulouse / un que j’ai pas trop envie de lire, et un que ben oui.

FAUT-IL MANGER LES ANIMAUX ? – par Jonathan Safran Foer – éditions de l’Olivier, 2010

Pilier, je ne sais, encore. Mais le bon gros succès du moment, faut croire. Ayant entendu un peu de tout sur l’ouvrage, mais globalement contente – tout de même  – que le message puisse passer en version grand public (c’est hyper péjoratif ce que je viens de taper… pardon), je le cite parce que c’est peut-être comme ça que de nouveaux lecteurs ou surfeurs de passage atterrissent ici. Celles ou ceux qui l’ont lu pourront me dire ce qu’ils en ont pensé ! Personnellement, j’ai comme on le voit beaucoup, beaucoup de pain sur la planche, donc je ne vais pas commencer par celui-ci, d’après ce que j’en ai lu ça me semble un peu mou du genou (en fait j’en sais rien). La question est de savoir si l’auteur surfe sur la vague actuelle (je crois que non, que c’est sincère) ou si c’est son succès du moment qui pousse les commentateurs de tout poil à se gargariser de découvrir le sujet de la condition animale, alors qu’ils s’en foutent vaillamment (je crois bien que oui…). Pour cette raison, et sans perdre trop de temps à compter jusqu’au dernier crétin fallacieux qui pondra sa petite interview bien creuse tout en mordant dans son nécrosandwich, je passe directement au suivant.
(Et sur un plan strictement intra-psychique, mon inconscient me susurre au mégaphone que la question-titre, ben, on y a déjà répondu à Samhain 2009, lui et moi. Ouaip. Donc bon.)
Edit de Edit : eh bien, depuis quelques semaines, il y a peut-être dix personnes qui m’en ont parlé, et toutes en bien ! J’attends toujours de me faire un avis propre, mais à la réflexion il pourrait constituer, s’il ne constitue déjà, un excellent outil d’approche grand public, et sans intention péjorative cette fois.

MEMOIRES DE LA JUNGLE – par Tristan Garcia – éditions Gallimard, 2010

Voilà donc un roman, fantastique, simiesque et porté par un bon bouche-à-oreille ! Voyons plutôt le 4ème :

Le narrateur de ce roman, Doogie, est un jeune chimpanzé (Pan troglodytes troglodytes). Le sol du continent africain, dévasté par des guerres, des famines et une vague de pollution chimique, a été laissé expérimentalement en jachère. Partout ailleurs, l’espèce humaine s’est retranchée dans les villes et à l’intérieur de vastes stations orbitales. Un immense zoo près du lacVictoria accueille scientifiques et étudiants afin d’observer la faune préservée… C’est là que Doogie a été élevé, dans une famille de chercheurs, en compagnie de deux enfants : Donald et sa soeur, la bien-aimée Janet. Tout autour, à perte de vue, la jungle de jadis a repris ses droits. Singe génial et attachant, Doogie a appris à parler-à l’aide du langage des signes, d’écrans tactiles et de lexigrammes – un dialecte baroque et rapiécé. Son récit commence alors que Doogie revient d’un long voyage en orbite. Après le naufrage de son vaisseau sur un rivage désertique de la côte africaine, le singe civilisé se retrouve seul, perdu dans la jungle. Pour rejoindre Janet et son foyer d’enfance, il devra affronter le monde sauvage, et se dépouiller peu à peu de sa  » fidélité à l’humain « , quitte à redevenir un animal…

Né en 1981, Tristan Garcia enseigne la philosophie. Il est l’auteur de La meilleure part des hommes, roman très remarqué à sa sortie en 2008.
Jeune-auteur-prometteur, oui, moi c’est le résumé qui me fait saliver. J’attends de voir mais ça me plaît et ça résonne violemment avec à peu près tous les thèmes que j’aborde sur la Clef de Fa… Miam miam.

… Les « piliers suivants » sont suivis de près personnellement, croisés et recroisés et/ou confirmés par Madame Soeur :

L’ANIMAL QUE DONC JE SUIS – par Jacques Derrida – éditions Galilée, 2006

Celui-ci je l’ai offert (devinez à qui ^_^) mais je ne le connais pas encore. Et je me disais comme ça que : Fourni et ventru, le bel ouvrage de philo (et l’un des seuls…) sur la cause animale. Celui, peut-être aussi, se rapprochant le plus d’un abord psychanalytique. J’attends le verdict de la lectrice :P

UN ETERNEL TREBLINKA – par Charles Patterson – éditions Casterman, 2008

Pour un titre provoc, c’en est un. Et pourtant. Assumé et posé sur une hypothèse à étudier très sérieusement : la considération du traitement des animaux, exploités par milliards dans l’indifférence quasi générale, parqués, torturés, massacrés en chaîne et usinés, le traitement des animaux en regard (…au vu des polémiques, j’appuie sur le « en regard » et non sur le « juste comme ») de l’histoire des camps nazis. Parce qu’il y a réellement matière à s’interroger, sur le fait d’avoir traité des humains, des millions d’humains, comme des animaux. Et donc, dans l’antériorité de cette idée, s’interroger sur une de ses causalités : sur le fait de traiter des animaux ainsi. Ceci ne remet pas l’homme au rang de l’animal, il importe de le préciser sempiternellement pour ceux qui font exprès de ne pas comprendre, mais par contre ceci remet en question la violence fondamentale. Ai lu quelques extraits, c’est complexe et on marche sur des oeufs. Mais au final, je pense pour ma part que cette question de la violence fondamentale l’est, elle, fondamentale, pour comprendre et prendre un *certain* recul sur le fonctionnement du néolibéralisme. Je ne pourrai jamais laisser de côté l’histoire des abattoirs de Chicago, les fameux, les premiers abattoirs industriels, dont le dispositif en chaîne de démontage des carcasses (sic), totalement novateur à l’époque, a inspiré deux personnes : Henri Ford (pour la chaîne de montage des voitures)… et Hitler, ou un de ses sbires. Bon. Je ne poursuis pas plus sur ce sujet qui mériterait bien un billet séparé. Et je finis sur l’idée qu’Un éternel Treblinka passe pour un des livres les plus incontournables de la cause animale, et que son influence est majeure.

LE SILENCE DES BÊTES ainsi que SANS OFFENSER LE GENRE HUMAIN, REFLEXIONS SUR LA CONDITION ANIMALE – par Elizabeth de Fontenay – éditions Albin Michel, 2008 (le premier est plus ancien)

…Plus ancien mais un des titres les plus célèbres sur ce thème. Alors, il est posé d’usage que Mme de Fontenay aurait une position bien à elle, ni celle du paradigme dominant, ni celle de l’anti-spécisme. Ce qui fait qu’elle se met tout le monde à dos, selon ses dires. Il y a de bonnes interviews en ligne, je vais tenter de les retrouver. Le Silence des Bêtes est réputé être un des plus solides, sur le plan philosophique. Et cette dame-là a eu le mérite peu partagé de porter au grand jour la cause animale, jusque là d’abord assez confidentiel, d’après mon ressenti du moins. Un gage de sérieux universitaire, quoi, qui manque un peu dans le milieu des bêtes, dans l’image que le commun s’en fait, en tout cas.

ETHIQUE ANIMALE – par Jean-Baptiste Jeangène Vilmer – éditions Presses Universitaires de France

Au gorille de couverture aussi éloquent que celui (qui fait très fort) de la photo de tête, l’on se penche ici sur la question très sérieuse et complètement pertinente du droit de l’animal. Droit d’être, droit de vivre, droits de l’asservissement et de la fétichisation (la transformation en objet, si l’on veut), statut moral, question éthique, oui. (Comment ai-je pu l’oublier dans un premier temps, c’est un des plus anciens à me faire de l’oeil, encore lui, depuis que je me sensibilise au sujet !)

… L’on m’a aussi parlé de :

LIBERTE ET INQUIETUDE DE LA VIE ANIMALE – par Florence Burgat – éditions Kimé, 2006

La dame est professeure de fac ; on lui doit un certain nombre d’ouvrages sur le sujet animal, sur le végétarisme etc. Une voie prometteuse :)
La critique des Cahiers (décidément j’aime bien dire ça), dont voici la conclusion (ça a l’air trop chouette) :

En dégageant ces lignes de force, Florence Burgat restitue aux animaux l’épaisseur de leur existence, oeuvrant à les délivrer de cette indigence ontologique dont on s’acharne à les marquer, et qui banalise tous les abus commis envers eux. Pour y parvenir, l’auteure défriche au fil des pages une forêt d’écrits souvent obscurs, parsemés de propositions hasardeuses ou contestables. C’est parce qu’elle nous guide à travers eux qu’on parvient à en retenir les moments d’inspiration, et à saisir que ces étincelles, une fois rassemblées et ordonnées, forment une lumière. C’est pourquoi ce livre qui parcourt tant d’auteurs de façon érudite est aussi une construction profondément personnelle. Florence Burgat est l’architecte qui travaille des matériaux épars jusqu’à révéler qu’ils sont porteurs d’une autre vision des bêtes, une vision qui en finit « avec cette image d’une vie animale tranquille, qui se confond avec la toujours bonne nature et la certitude de l’issue immanquablement favorable que procure l’instinct » (p. 265).

LA CAUSE ANIMALE, ESSAI DE SOCIOLOGIE HISTORIQUE, 1820 – 1980 – par Christophe Traïni – éditions Presses Universitaires de France

En fait celui-ci m’a trouvé tout seul comme un grand. Pas encore dans l’acquisition, mais j’ai vraiment envie de lire des choses historiques sur le sujet. Et puis de bons échos !

SANS L’ORANG OUTAN – par Eric Chevillard – éditions de Minuit

Un roman en zoo, conseillé, mais encore inconnu de ouam, apparaîtrait à la fois drôle et apocalyptique. Je n’en dis pas plus, j’attends les retours !

QUAND LES ELEPHANTS PLEURENT, LA VIE EMOTIONNELLE DES ANIMAUX – par Jeffrey Moussaieff Masson & Susan McCarthy – éditions J’ai Lu, 1991

Trouvé tout seul son chemin aussi, ce qui est logique concernant les éléphants, parmi une très longue biblio déjà égarée, j’avais noté celui-ci. D’autres sont sortis depuis, sur un sujet très similaire, je crois bien. Mais c’est celui-là qui me fait envie et voilà.
Et puis, il faut avouer qu’un article qui commence ainsi pour parler d’un bouquin… Faut pas me dire ça à moi :

Cet ouvrage ne parle pas uniquement d’éléphants.

Cet ouvrage ne parle pas uniquement de tristesse.

Cet ouvrage n’est pas un roman.

CES BETES QU’ON ABAT : JOURNAL D’UN ENQUETEUR DANS LES ABATTOIRS FRANCAIS, 1993-2008 – éditions L’Harmattan, 2009

Celui-ci, je le trouve aussi incontournable que probablement quasi impossible à lire pour moi. (Un peu comme le Dictionnaire horrifié de la souffrance animale, que nous évoquerons tout à la fin). Comment dire, tout est dans l’intitulé. Et pour vraiment se dessiller les yeux, et tenter cet autre impossible qui est d’imaginer la vie réelle dans les abattoirs, il faut aller chercher du côté des témoignages de vétérinaires, notamment dans les Cahiers antispécistes (voir aussi en bas). Une enquête clinique, voilà tout ce qu’il faut pour asseoir la réalité.

§

…JE VOUDRAIS LES LIRE…

L’ANIMAL SINGULIER – par Dominique Lestel – éditions du Seuil

Un de ceux qui m’appellent le plus, et il y en a. Posant la question précise, foncière, après laquelle je cours depuis le début de cette biblio et pour longtemps : qui est sujet. Cette question est développée par un long du livre dans ce billet : Qui est sujet ? Profond tournant du monde, retour et nouveauté, sur le blog Jadislherbe. En voilà le 4ème de couv, attention l’expérience « Vertige de singe » évoquée en introduction nous pend encore au nez :

Notre conception de la différence entre l’homme et l’animal est en train de changer radicalement, à la lumière des recherches les plus récentes. Des questions nouvelles émergent, iconoclastes autrefois, incontournables aujourd’hui : l’animal est-il un sujet ? Est-il une personne ? Contrairement à ce que croient les tenants de la thèse positive ou ceux de la thèse négative, la réponse ne va pas de soi. Se limiter à étudier les animaux à l’état naturel n’est pas suffisant ; il faut de surcroît se pencher – et c’est ce que fait ici Dominique Lestel – sur les communautés hybrides, qui rassemblent des animaux et des êtres humains unis par des intérêts complémentaires. L’expérience la plus étonnante à cet égard est celle des « singes parlants » Si étonnante qu’il n’est pas facile de l’interpréter correctement, ni d’en mesurer les conséquences qui vont bien au-delà du cadre dans lequel elle a été pensée et pratiquée. Entre ces animaux qui deviennent des personnes et nos machines, sophistiquées, qui demain, à force de complexification, deviendront presque des animaux, c’est notre statut même d’homme qu’il nous faudra redéfinir.

HISTOIRE DE LA CORRIDA EN EUROPE DU XVIIIe AU XXIe SIECLE

J’avais dit un mot de la corrida dans le billet Garder ses cornes. Comme pour d’autres, la lecture de ce livre-ci est aussi espérée que redoutée. Je veux parfois éviter de trop me retourner l’estomac, de plonger trop profond dans les marées noires de la pulsion de mort.
Bref. L’ouvrage est commenté sur le blog très fourni Animal mon prochain, et Décitre nous donne les clefs :

Jusqu’au XXe siècle, le sujet était « interdit à ceux qui n’en ont point de charge et ne sont de la profession ».
En conséquence, les amoureux espagnols et français de la corrida, les aficionados, ont rempli des bibliothèques entières de leurs textes, descriptions à vocation littéraire ou touristique, fictions érotiques ou héroïques, toujours du point de vue de l’homme, jamais de celui du taureau. Cette époque est close. L’Histoire avec un grand H, celle des mentalités, des pratiques ludiques et culturelles, les études picturales, littéraires, juridiques, médiatiques passent au crible de l’ardente curiosité de l’auteur.
Elle exploite tous les documents et références relatifs à la corrida, de Canetti à Coluche, de Goya aux publicités, en passant par M. Leiris, G. Bataille, Hemingway et Montherlant, ainsi que les actuels grands traités sur la violence et la victimologie. L’auteur suit les politiques sur les gradins, les électeurs dans les sondages, les aficionados dans leurs déclarations, les « empêcheurs de torturer en rond » aux arènes et aux conseils municipaux.
Si on les interroge, tout et tous parlent, les taureaux aussi.
  • Pourquoi courir après les taureaux
  • Quatre tercios pour une corrida
  • Voyageurs du XVIIIe siècle à la corrida
  •  » Donne-nous aujourd’hui notre sang quotidien « 
  • Les  » fascinantes atrocités  » romantiques (Théophile Gautier)
  • Au-delà des Pyrénées et des lois, Séverine et Hugo
  • 1928, tout change, en piste et dans les têtes
  •  » Sous la caution du prétexte ethnographique  » (M-Surya)
  • 1945 : Tout croire pour tout oublier
  • La corrida se transforme, la violence se perpétue
  • Le choc des éthiques
  • Protagonistes versus antagonistes

Historienne des arts et des mentalités, Elisabeth Hardouin-Fugier a travaillé sur l’art mystique et religieux, les étoffes les fleurs et les natures mortes.
Sur les rapports de l’homme avec les animaux, elle a notamment publié un précis historique sur la corrida (avec E. Baratay) et une histoire des jardins zoologiques. Elle étudie actuellement l’entrée de l’animal dans le droit, en particulier allemand (colloque du groupe d’études autrichiennes et allemandes, université de Rennes, 2004) et européen (Le droit européen de l’animal, Les animaux dans le droit européen, Limoges, 2005, et Conseil de l’Europe).

Ils ont l’air bien ses autres livres aussi, hein ?
Je rappelle l’existence de la pétition Non à l’inscription de la corrida à l’Unesco
Que je vous invite à signer, ainsi que l’intégralité des autres pétitions reliées sur la Clef de Fa, d’ailleurs. (Y a du boulot !)

WILD WONDERS OF EUROPE – par l’association éponyme

Un vrai beau livre d’images extraordinaires… Parce que tout ça manque peut-être un peu de visuel, et qu’il n’est que temps de souligner la beauté inhérente à ce monde, quand même. Que nous ne faisons pas tout cela uniquement pour canaliser nos colères et leur donner une direction (celle de la justice, comme a préconisé l’hexagramme que j’écoute sagement). Mais aussi, et peut-être avant tout, pour la beauté.
(…Vraiment, ce qu’il est beau !!!)

LES DROITS DE L’ANIMAL – par JM Coulon et JC Nouët – éditions Dalloz (logique !)

Je renifle la piste tracée par Hel’, qui est revenue plusieurs fois sur ce petit ouvrage qui semble ma foi tout à fait important et central. Je vous laisse vous référer à ce qu’elle en a dit (à éditer – pardon mais je ne retrouve pas ^^ »), et je me le note en haut de la liste. Parce que l’approche juridique, si elle n’est pas une des plus lyriques (encore que, desfois), est un des angles majeurs de la problématique du rapport animal/humain, rapport de sujet puis relation d’objet. (Pour une fois je les fais passer en premier). A étudier, vraiment.

(Remarque à la buvette. Ma Lettre au Père Pétuel va se retrouver considérablement augmentée, à nouveau, damned ! Des mises à jour en perspective, des découvertes ainsi que des découverts et un fort besoin de quatre vies supplémentaires pour lire tout ça…)

KALUCHUA – par Michel de Pracontal – éditions Seuil, 2010, 190 p.

Voici qu’il va être ardu de clôturer un jour cette Bulle ouverte, si l’on me pardonne l’image. Je tombe nez à nez avec ma préoccupation du moment, celle qui me hante entre toutes, l’animal si proche de moi qu’il met mal à l’aise en ma demeure, le singe en couverture, ne me regardant pas dans les yeux – pour une fois – mais apprenant quelque chose à son enfant. Le sous-titre vaut celui des plus pointus bouquins d’anthropologie : « Cultures, techniques et traditions des sociétés animales« . L’ouvrage ne s’en tient pas qu’aux primates (et je m’aperçois avec horreur que j’ai totalement omis de parler de Jane Goodall ! Honte absolue à moi), et sans trop tergiverser je recopie in extenso l’article issu de la revue L’Ecologiste n° 33 (que je vous recommande vivement), pour transmettre le turlupinage et le vertige des consciences, et regarder, définitivement, les canards d’une autre manière, ainsi que ceux qui les regardent :

« Kaluchua

« Seul l’homme a une culture »… Voilà une idée remise en cause dans cet ouvrage explorant l’intelligence animale et la capacité chez certaines espèces à acquérir des techniques nouvelles et à  les transmettre. Car tout le savoir animal n’est pas inné et immuable. La primatologue Jane Goodall avait déjà montré que les singes savaient se servir d’outils, mais la transmission culturelle est une découverte récente. L’ouvrage se divise en plusieurs courts chapitres présentant des études de cas. Par exemple, le lavage des pommes de terre, découvert par un de ses membres, devenu une habitude acquise dans une troupe de macaques observés au Japon ; ou bien la pratique du casse-noix pratiquée dans un groupe de singes de Côte d’Ivoire, transmise à la descendance et méconnue dans le groupe de singes voisin.
Autre exemple : le chant des baleines à bosse, qui est la parade des mâles, est-il uniquement inné ? 2 mâles sur 82 enregistrés sur la côte est de l’Australie faisaient entendre un chant différent des autres. Non seulement ce chant s’est propagé à l’ensemble du groupe de baleines l’année suivante, mais il a été enregistré deux ans auparavant chez un autre groupe sur la côte ouest !
Quant à la question du langage, des expériences montrent que les singes sont capables d’abstraire et de composer des phrases à l’aide d’un système de jetons en plastique renvoyant à une idée, comme ce chimpanzé Sarah recueilli dans la forêt africaine qui dit « oiseau eau » en voyant un canard. Mais les expériences montrent que les catégories syntaxiques restent limitées, par exemple, dans l’état actuel des connaissances, les singes ne posent pas de questions, contrairement aux enfants. En bref, le chimpanzé n’est pas un humain auquel il manque la parole, mais comme d’autres animaux, il peut avoir une culture ! »

…Je passe sur la conclusion de l’auteur de l’article, dont je ne sais pas encore si elle est de son fait ou si elle est issue du bouquin. Cela n’enlève rien à l’intérêt général de la chose. (Et ça donnerait limite envie de se recycler en éthologue les jours de grande fatigue !)
En voici une critique sur L’Ecologithèque.

LE PROJET GRANDS SINGES – par Paola Cavalieri & Peter Singer – éditions One Voice

Découvert et commandé parallèlement à d’autres, toujours sur la pile (poilue) à lire, il comporte un article de Jane Goodall (l’honneur est sauf) est a le bon goût d’être en papier recyclé ; voici le 4ème :

Le Projet Grands Singes est un projet révolutionnaire : étendre les droits fondamentaux de la personne humaine au-delà de notre espèce, pour en faire bénéficier les chimpanzés, les gorilles et les orangs-outans. Pourquoi un tel projet ? De la tribu à la nation et de la « race » à l’espèce humaine tout entière, en passant par l’émancipation des esclaves et par l’émancipation de la femme, la sphère de l’égalité morale s’est élargie au cours de notre Histoire. Selon les auteurs de ce livre, il est temps de franchir une nouvelle étape dans ce processus et de cesser de tracer inconsciemment, selon un critère d’espèce, les mêmes barrières mentales que celles que certains traçaient naguère selon un critère de tribu, de race ou de nation.
Cette édifiante série de 31 essais, rédigés par de célèbres spécialistes de diverses disciplines – éthologues, biologistes, philosophes, etc – remet en question bien des idées reçues. Expériences vécues, observations scientifiques, argumentations juridiques, raisonnements philosophiqueset considérations d’éthique, c’est un tour d’horizon complet de la question des droits des grands singes qui nous est proposé ici.

EDIT de février 2012 : enfin lu et très aimé, je recopie ici ce que j’en dis dans les Livres d’Anagantios :

31 articles sur ce très beau projet de charte de ‘communauté des égaux’, communauté qui inclurait tous les grands singes à savoir : l’être humain, les gorilles, les chimpanzés et les orangs-outans. Il n’est point question ici de donner les mêmes droits à tout le monde – ça n’aurait pas de sens, juridiquement – mais d’élargir la frontière spéciste entre l’homme et les autres animaux, en commençant par là, par une charte prônant le droit à la vie, à la liberté individuelle, à la protection, à l’interdiction de privation de liberté sans crime, à l’abolition de la torture. Déjà un bon programme ! Parfois ardu mais très varié, l’ouvrage aborde, avec des spécialistes, le versant philosophique, éthologique, juridique, etc… Je suis restée un peu sur ma faim concernant les exemples cliniques, mais ils restent tout de même bien fournis et comptent parmi les articles les plus percutants, répondant clairement à la question sur l’accès au symbolique, aux représentations mentales, à la théorie de l’esprit, aux cultures animales…
Je rejoins l’avis de plusieurs auteurs qui estiment que cet ‘élargissement des frontières’ n’est certes pas suffisant ou satisfaisant en soi, mais qu’il peut constituer un progrès, une étape dans la reconnaissance et le respect du vivant dans son intégralité. Une lecture passionnante, qui donne des envies d’aller découvrir et observer ces grands singes qui ont beaucoup à nous apprendre !

 

§

…PELAGES : REVUES & LABYRINTHES…

Toutes les personnes qui alimentent et animent les lieux suivants, les tisserands des liens ci-dessous sont à remercier du fond de nos cœurs de bêtes !
Voici :

Cahiers anti-spécistes – adresse obligatoire pour toute recherche sérieuse sur le sujet !

Animal mon prochain – j’aimerais bien m’y abonner, mais je ne trouve pas le bouton qui va bien. (et ne me parlez pas de Darwin)

Bibliothèque d’un végétarien – biblio bloguée et commentée sur le gros blog Journal d’un végétarien. Nombreuses mises à jour, par ex., « Confession d’une mangeuse de viande » qui a son petit succès.

Animalia, des animaux et des livres – au volume impressionnant : très nombreuses références pour biblio très détaillée, sommaires, extraits, critiques, revue de presse etc. Une mine !

One Voice – pour une éthique animale et planétaire – un rayonnage où l’on peut acheter en ligne, et qui édite aussi (notamment Théologie animale, et Le Cochon qui chantait à la lune).

Une biblio sans fin sur Cairn – mais je ne suis pas sûre-sûre de la pertinence du lien – je recherche ledit ‘sujet’ dans les lectures là-bas listées.

Petite bibliographie pour la cause animale (seconde partie ici) – celle-ci semble plus proche du sujet et fort intéressante. Deux ou trois titres m’y font de l’oeil, si je puis dire, je les copie pour mémoire :

LES LARMES DU BODDHISATVA – par Shabkar Tsokdruk Rangdrol – éditions Padmakara, 2005 (192 pages – 15€)

L’EGALITE ANIMALE EXPLIQUEE AUX HUMAIN-E-S – par Peter Singer – éditions Tahin Party, 2007 (75 pages – 3€)

En fait je crois bien que je l’ai déjà ce texte, via ma sister.

Et d’autres pistes sur L’Ecologithèque (attention, on y passe aussi des heures), comme par exemple en tête de rayon :

DICTIONNAIRE HORRIFIE DE LA SOUFFRANCE ANIMALE – par Alexandrine Civard-Racinais, éditions Fayard
…je le cite car il a le grand mérite d’exister, que je n’aurai jamais le courage de le lire, et qu’il a dû falloir avoir un sacré courage pour l’écrire.

EDIT : l’article d’Hypathie sur le livre de Carol Adams « THE SEXUAL POLITICS OF MEATS », au lieu passé par Shambalah dans les commentaires, est *vraiment* à lire, je ne saurais trop vous le conseiller. Je découvre ce site féministe et anti-spéciste ! Moult autres pistes et développements dans une folle succession de plus de 50 comm’, piochez, creusez, et servez-vous !

§

…PLUMAGES : LITTERATURES…

Dans le billet Villes * Bêtes * Orchidées, je parlais d’une interview de Marguerite Yourcenar (« Ce que Marguerite voyait » sur le site Natural Writers).
Alors justement, et pour finir.
Cette BiblioBulle ne serait pas complète sans un lien qui arrive à la fin mais qui est absolument à visiter, un sentier de guerre assez indépassable, la voie royale des livres, bien sûr, la voix mondiale des écrivains antiques ou modernes qui nous parlent encore et encore :

Bibliothèque Virtuelle des droits des animaux

Avec des références de Garcia Lorca, de Plutarque, de Derrida, de Colette, de Sénèque, de Porphyre, de Farrachi et de Lévi-Strauss, et de tant d’autres…
Où il est temps de rappeler, et pas seulement pour les fins de dîner, que des personnes comme Hugo, Zola, Elisée Reclus, ont été farouchement opposés à la corrida. Okay ?


J’achève ce billet inachevable (et interminable) par le grand Ovide, dont la voix résonne jusqu’à nous dans le livre XV des Métamorphoses :

« Comme il se fait d’horribles goûts, comme il se prépare à verser un jour le sang humain, celui qui égorge de sang-froid un agneau, et qui prête une oreille insensible à ses bêlements plaintifs ; celui qui peut sans pitié tuer le jeune chevreau et l’entendre vagir comme un enfant ; celui qui peut manger l’oiseau qu’il a nourri de sa main ! Y a-t-il loin de ce crime au dernier des crimes, l’homicide ? N’en ouvre-t-il pas le chemin ? Laissez le bœuf labourer, et ne mourir que de vieillesse ; laissez les brebis nous munir contre le souffle glacial de Borée, et les chèvres présenter leurs mamelles pleines à la main qui les presse. Plus de rêts et de lacs, plus d’inventions perfides ; n’attirez plus l’oiseau sur la glu, ne poussez plus le cerf épouvanté dans vos toiles, ne cachez plus, sous un appât trompeur, la pointe de l’hameçon. »

(Où l’on remarquera que la critique de la consommation de viande et de la chasse, et la racine de la violence, s’arrête avant la critique de l’exploitation animale complète ; il est vrai que c’étaient d’autres temps, et que la prémonition était déjà fort belle pour qu’on lui pardonne, entièrement, de n’être pas encore-plus radicale.)

§

Je vous souhaite de bien belles lectures.
Je vous souhaite de voir dans le miroir, dans la rétine autre,
de pleurer toutes les larmes de votre corps, et de garder les yeux ouverts.
Je vous/nous souhaite un doute, un changement.
Permanent.

:)

§

Image de tête issue des Cahiers anti-spécistes et croisée par bonheur ici : En un seul regard.

… Bon, je n’ai plus de salive, à vous ! :)

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